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Emmanuel Macron dans les outre-mer et à Mayotte : une mission difficile

Macron Mayotte

Emmanuel Macron dans les outre-mer et à Mayotte : une mission difficile

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

de Mayotte

Emmanuel MACRON est arrivé à Mayotte pour un très court séjour. Il n’y avait pas plus de ferveur que pour l’accueil de Marine Le Pen.

Depuis que Nicolas Sarkozy n’est plus dans la course, les Mahorais semblent en fait complètement indifférents à cette élection. Pour gagner la Présidentielle, il est bon de gagner l’Outre-mer. Or, pour les Ultra-marins l’opération Macron prend mal sous les Tropiques.

C’est à la nuit tombée que Macron est arrivé à Mayotte pour repartir trois petites heure après.

Mais que dit Macron au fait sur l’Outre-mer ?

Au départ, il parlait de « changer de philosophie » (meeting de Fort de France de décembre 2016) mais on ne touche pas à l’Outre-mer et par exemple, on ne remettra pas en question l’indexation des salaires, pierre de touche de l’assistanat et de l’économie artificielle de comptoir.

Alors, Emmanuel Macron a continué, un peu partout, dans la lignée de la loi El Khomri et de l’uberisation du travail: « il faut libérer le travail et les entrepreneurs ». A Mayotte, le Medef l’a très bien compris. Son président a soutenu ouvertement Macron ce week-end. Effectivement voilà un candidat qui enfin respecte les entrepreneurs ! C’est d’ailleurs bien pour cela que les classes populaires ultra-marines ne sont pas dupes du profil du candidat d’En Marche.

Son selfie avec un jeune lycéen guadeloupéen nommé Mathias qui se trouvait par hasard avec lui dans l’avion lors de son voyage vers Pointe-à-Pitre a laissé quelques traces : la photo fut postée sur le compte officiel de l’ancien ministre de l’Économie avec un message plus que maladroit : « Avec Mathias, lycéen à Bourg-en-Bresse. Il rejoint sa mère expatriée en Guadeloupe pour Noël. Décollage imminent pour les Antilles ! ». Quelle platitude et surtout quelle ignorance du terrain, confondre l’Outre-mer avec un pays étranger!

Macron ne touchera pas à la défiscalisation qui sert le patronat local et les grands groupes du BTP. Il souhaite relancer le tourisme, marronnier des territoires depuis près de quarante ans alors qu’en Guadeloupe, on rechigne à servir un « blanc » dans les hôtels et qu’en Polynésie, les tarifs aériens et hôteliers ne pourront jamais rivaliser avec Samoa ou Fidji.

Sur la sécurité, l’un des principaux problèmes épineux des territoires ultra-marins, Macron n’a répété jusqu’alors qu’une seule chose en boucle : il donnera plus de visibilité, en prenant des engagements sécuritaires dans la durée.

En Guyane, Macron a tout de même évoqué « une relation perverse entre l’hexagone et l’outremer ». Le soulèvement de Guyane lui donnerait-il alors entièrement raison mais c’est jouer avec le feu. Soutenir le « pacte d’Avenir » guyanais en cours avec la construction de 10 lycées, 13 collèges et 475 classes de primaire, c’est volontariste mais le rectorat ne parvient même pas à recruter des enseignants sur place.

Aussi, ce qu’il faut retenir de ce déplacement de Macron dans l’Océan Indien, c’est une curieuse mise à distance sur les problématiques locales. Il a d’ailleurs répété à la Réunion et à Mayotte ce qu’il avait dit aussi à Fort-de-France et à Pointe-à-Pitre, et c’est exactement la même phrase : « Je n’ai pas la solution à tous les problèmes et je ne suis pas le Père Noël ». A Mayotte, aussi, il n’a donc pas fait de promesses puisque le gouvernement auquel il a appartenu n’a toujours pas tenu celle du plan sécurité et quant au tanker d’eau de La Réunion prévu pour avril, on sait déjà qu’il ne viendra pas.

Concrètement, le projet outre-mer de Macron, ce sont en fait 96 mesures et un document de 30 pages, rassemblé dans un chapitre « les Outre-mer, un potentiel à libérer » de son projet national . Parmi les mesures, on aura relevé le nombre de billets d’avion aidés portés à 200.000 chaque année, pour la mobilité des ultra-marins en France et dans leur environnement régional (sorte de soutien indirect à Air France et aux compagnies aériennes en difficultés contraire d’ailleurs aux principes européens du commerce). Le projet porte aussi un appui d’un milliard d’euros sur 5 ans pour le financement des investissements collectifs des territoires ultra-marins pour un rattrapage des retards dans l’assainissement, la desserte en eau potable, la gestion des déchets et la lutte contre la congestion dans l’accès aux grandes villes. C’est une somme ridicule face aux besoins globaux.

A Mayotte, dimanche soir, Macron aura tenu d’attaquer en priorité Marine Le Pen, sa seule rivale conséquente : « Je suis venu prendre des engagements. Marine Le Pen vous a promis qu’il n’y aurait plus d’immigration, et une sécurité parfaite, Marine Le Pen vous a menti. Qui peut promettre qu’il n’y aura plus de kwassas ? Personne ! Qui peut promettre qu’il n’y aura plus d’immigration clandestine ? Personne ! » Au moins, les choses sont dites mais c’est là que le voyage de Macron à Mayotte a suscité pour nous un intérêt soudain lorsque dans son meeting de Pamandzi, Macron a continué en disant « Je suis venu dire que la sécurité de Mayotte passe par le développement des Comores. Il faut un grand Pacte de d’investissement avec les Comores et avec la participation de l’Europe ».

Enfin, nous y sommes : la crise mahoraise du printemps dernier, les arrivées ininterrompues de barques clandestines, les mineurs isolés dans les rues, un hôpital qui tourne actuellement pour les gynécologues à des gardes de 24h un jour sur deux, 7 fois de suite, avec 10 césariennes, une à cinq réquisitions pour agressions sexuelles, dont des petites filles de 6 ans.

Les gynécos ne travaillent que dans l’urgence, opérant des patientes qui viennent tout juste de débarquer des Comores. La situation à l’hôpital est ainsi telle que des urgentistes menacent de quitter l’île.  Alors bien sûr, Macron a redit la « honte » de l’État français, que l’insécurité règne sur un territoire de la République, notamment liée « à la présence d’Anjouanais et de Comoriens » mais il s’est tu sur le droit du sol ou la suppression du visa Balladur.

Il a donc précisé ce qui en fait semble se tramer suite à la mission à Moroni en février,d’un envoyé gouvernemental de très haut niveau, un ancien ministre, Jean-Jacques Queyranne : l’idée d’un pacte commun, d’un Etat associé. Macron en a fait en quelque sorte le rapport indirect. Il s’agirait maintenant de travailler fermement avec une Union des Comores jusqu’alors réticente qui a toujours posé en préalable le retour de Mayotte dans son giron pour poser, à Moroni avec un ami de la France  le nouveau chef de l’Etat comorien, Azali Assoumani, des discussions sur la formation professionnelle avec l’idée d’un IUT ou d’un « service militaire adapté » comme il en existe déjà dans un certain nombre de pays, notamment à Madagascar et en Guinée en relation directe avec l’armée et les militaires français ou de poser dans le domaine de la santé, une énième reconfiguration de l’hôpital El-Maarouf sur un pôle mère-enfant.

S’agirait-il en somme de revisiter les Comores, des Comores toujours françaises dans l’âme et dans l’esprit ?

Illustration : Emmanuel Macron, son arrivée à Mayotte.

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