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Alain de Benoist : Fonctionnaires – pour revenir sur quelques idées reçues…

Alain De Benoist

Alain de Benoist : Fonctionnaires – pour revenir sur quelques idées reçues…

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Alain de Benoist, Intellectuel, philosophe et politologue ♦

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

La doxa dominante veut qu’il y ait « trop de fonctionnaires » en France. Juppé voulait en supprimer 250.000, Fillon veut en supprimer 500.000, sans qu’on sache d’ailleurs très bien comment il compte s’y prendre.
Qu’en pensez-vous ?

Alain de Benoist

Alain de Benoist

Les gens de droite estiment en effet souvent qu’« il y a trop de fonctionnaires ». Ce sont pourtant les mêmes qui souhaitent en général qu’il y ait plus d’enseignants, plus de personnel hospitalier, plus de magistrats, plus de militaires et plus de policiers, ce qui n’est évidemment pas tout à fait cohérent. Pour les libéraux (et le MEDEF), la critique du nombre de fonctionnaires fait partie d’une critique plus générale visant l’État et le secteur public – et, au-delà, l’idée d’un primat du politique sur l’économie. L’argument classique est qu’il faut toujours « moins d’État », et donc tout dénationaliser, tout privatiser, car le secteur marchand fonctionne plus efficacement que le secteur public – ce qui reste encore à démontrer.

Qu’en est-il exactement ?
On compte en France 5,6 millions de fonctionnaires (contractuels inclus), soit 19,7 % de la population active, dont 2,3 millions dans la fonction publique d’État, 1,8 million dans la fonction publique territoriale et 1,1 million dans la fonction publique hospitalière. On peut, certes, dire que c’est trop. Mais trop par rapport à quoi ? Comparer des chiffres bruts n’a de sens que si l’on tient compte à la fois du volume de la population, de l’ampleur des missions confiées aux fonctionnaires et des spécificités de l’aménagement du territoire. Encore la comparaison internationale est-elle malaisée du fait des différences de statut : les dépenses de retraites sont, en France, considérées comme des dépenses publiques, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs, et en Allemagne, les effectifs hospitaliers ne sont pas comptabilisés dans l’emploi public (ce qui explique qu’on n’y compte que 4,9 millions de fonctionnaires).

Le nombre des fonctionnaires peut s’évaluer par rapport à la population générale ou par rapport à la population active. Au total, le nombre d’emplois publics rapporté à la population générale est passé de 7,1 en 1980 à 8,5 en 2014. Le taux d’administration actuel est de 90 emplois publics pour 1.000 habitants, contre 50 en Grèce ou en Allemagne et 160 en Norvège ou au Danemark.

Mais si l’on rapporte le nombre d’emplois cumulés dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’administration au nombre d’habitants, on s’aperçoit que la France se situe tout à fait dans la moyenne par rapport aux autres pays développés : 125 personnes pour 1.000 habitants, contre 126 pour l’Allemagne et l’Angleterre, 131 aux États-Unis et jusqu’à 186 en Norvège. Il en va de même par rapport à la population active. Selon l’OCDE, la part des salariés de la fonction publique dans l’emploi total de pays comme l’Angleterre ou le Canada, souvent donnés en exemple, est supérieure à ce qu’elle est en France : les fonctionnaires représentent, au Canada, 20,4 % de la population active et 23,5 % en Angleterre (cette proportion montant jusqu’à 34,6 % en Norvège et jusqu’à 34,9 au Danemark !).

Depuis Courteline et ses ronds-de-cuir, les fonctionnaires ont souvent eu mauvaise presse en nos contrées. On prétend qu’ils ne « travaillent pas assez » et leurs « privilèges » sont régulièrement pointés du doigt. Est-ce une façon de jeter un voile pudique sur d’autres situations autrement plus scandaleuses ?
Prétendre compenser la baisse du nombre des fonctionnaires par une augmentation de leur temps de travail n’est pas très sérieux : soit cette augmentation ne s’accompagnera d’aucune augmentation de salaire (39 heures payées 35), ce qui équivaudra, dans les faits, à diminuer le salaire horaire, donc le pouvoir d’achat, soit les salaires seront augmentés en conséquence et le surcoût de masse salariale compensera les milliards économisés par les suppressions d’emplois.

Quant à la garantie de l’emploi, qui a fait couler beaucoup d’encre, elle n’est un privilège qu’au regard de la précarité qui règne aujourd’hui de plus en plus dans le secteur privé. En assurant la continuité de l’État, elle empêche surtout les changements de majorité politique de se transformer en plans de licenciements.

Faites-vous la différence entre fonctionnaires relevant des pouvoirs régaliens et ceux dont la fonction pourrait être déléguée au secteur privé ?
Si l’on ne veut pas diminuer les effectifs des écoles, des hôpitaux, des tribunaux, de la police et de l’armée, la seule façon de faire baisser le nombre des fonctionnaires est de tailler dans la fonction publique territoriale, qui a effectivement beaucoup augmenté depuis quinze ans, c’est-à-dire essentiellement dans le personnel administratif des communes. Toute la question est de savoir jusqu’où on peut le faire sans altérer l’offre des services publics locaux. Et, surtout, le problème est que ce n’est pas l’État qui décide des effectifs de la fonction publique territoriale : il peut baisser les dotations des collectivités territoriales mais ne peut pas choisir quels postes de dépenses seront affectés.

La question du nombre des fonctionnaires est en grande partie un faux problème.

La vraie question est celle de la qualité des services publics : administration publique, action sociale, sécurité, défense, éducation, santé. Sur ce plan, il est clair qu’il y a encore beaucoup à faire, mais ce n’est pas en se bornant à diminuer le nombre des fonctionnaires qu’on améliorera la situation. Mieux vaudrait renforcer la complémentarité du public et du privé, réformer la répartition des taux d’administration, recourir à la sous-traitance, etc. Il serait également bon d’harmoniser les retraites, d’en finir avec quelques avantages injustifiés et de mettre un terme à certaines anomalies, telle la disposition qui permet aux fonctionnaires de ne pas avoir à démissionner quand ils se lancent en politique (d’où leur surreprésentation à l’Assemblée nationale et au Sénat).

Alain de Benoist est éditorialiste de la revue Éléments. Son dernier ouvrage : Le moment populiste aux éditions Pierre Guillaume de Roux.

Source

 

  1. Creoff
    Creoff29 mars 2017

    On en arrive à un harcèlement par l’administration, car les règlements se contredisent, changent tout le temps, ils ne sont responsables de rien, des oublis, des fautes, des manquements, ils sont absents la moitié du temps. RIen que e temps de travail des fonctionnaires de l’éducation nationale, pas tous enseignants, est un scandale. Et le privé travaille pour les payer à nous pourrir la vie. Comment voulez vous que cela dure.

  2. Robert41
    Robert4130 mars 2017

    La vraie question est celle de la qualité des services publics : administration publique, action sociale, sécurité, défense, éducation, santé. Sur ce plan, il est clair qu’il y a encore beaucoup à faire, mais ce n’est pas en se bornant à diminuer le nombre des fonctionnaires qu’on améliorera la situation. Mieux vaudrait renforcer la complémentarité du public et du privé, réformer la répartition des taux d’administration, recourir à la sous-traitance, etc. Il serait également bon d’harmoniser les retraites, d’en finir avec quelques avantages injustifiés et de mettre un terme à certaines anomalies, telle la disposition qui permet aux fonctionnaires de ne pas avoir à démissionner quand ils se lancent en politique (d’où leur surreprésentation à l’Assemblée nationale et au Sénat).

    Entièrement d’accord avec votre conclusion. Il est anormal aussi qu’un juge en exercice dans un département, puisse être responsable d’un mouvement politique dans le département voisin.( ce fait est réel ) – Quel esprit d’indépendance peut avoir ce juge-politique avec la chose à juger et les parties mis en cause ? – Il me semble que soit on est juge, est on reste dans le canevas régalien, ou soit on sort de sa fonction publique pour exercer sa politique. On ne mélange pas les genres … Ce qui explique actuellement, le danger récurent pour la démocratie, d’une suprématie politico-syndicale d’un petit monde de juges en fonction, qui sont le plus souvent gagnés par le vedettariat d’un loft politique sur des chaînes télévisuelles bien évidemment de connivence. Ces dindons s’imaginent que leur glouglou de basse-cour va rassembler les pigeons de toiture et les canards de la mare (lol). Mais, ils ne sont pas les seuls les bougres et même dépassés par les journalopes de meute qui augurent de prédictions catastrophiques comme des devins d’entrailles.

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