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Demain, quand la Guadeloupe se réveillera !

Guadeloupe Greve

Demain, quand la Guadeloupe se réveillera !

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Plus de 10.000 manifestants ont battu le pavé ce mardi à Cayenne et à Saint-Laurent-du-Maroni pour une “journée morte” marquant le deuxième jour de la “grève générale illimitée” en Guyane.

Alors que 250.000 personnes vivent en Guyane, la préfecture a comptabilisé respectivement 8.000 et 3.500 participants dans ces deux villes, les deux plus grandes du territoire. La mobilisation a été qualifiée d'”historique” par des marcheurs. “Je n’ai jamais vu autant de monde sortir dans la rue“, a remarqué l’un d’eux, alors qu’un autre confiait n’avoir “jamais vu une mobilisation d’un tel niveau“.

Dans Cayenne, l’avenue de Gaulle, qui mène au centre historique, était noire de monde à 10H00. Les manifestants défilaient en chantant, dans une ambiance bon enfant. Beaucoup de drapeaux guyanais étaient brandis, ainsi que des banderoles reprenant le slogan “nou bon ké sa” – “ça suffit” en créole guyanais – slogan populaire ces derniers jours sur les nombreux barrages installés dans les villes du territoire.

Les “500 frères“, un mouvement de citoyen (en fait les gros bras de UTG, la CGT locale) créé récemment pour lutter contre “l’insécurité en Guyane“, composé d’hommes toujours cagoulés poursuivent leur excellent coup médiatique ouvrant à chaque fois le cortège, suivi de groupes amérindiens.

Le mouvement guyanais, c’est actuellement 37 syndicats réunis et rassemblés qui ont voté à la quasi-unanimité en faveur d’une “grève générale illimitée“. Pour l’instant, il s’agit sans doute pour les leaders de faire durer le mouvement. De fait, le collectif des protestataires “Pou La Gwiyann dékolé” n’est toujours pas disposé à rencontrer la délégation interministérielle qui est venue de Paris pour tenter de dénouer le conflit. Ils veulent et réclament des ministres, pas de haut fonctionnaires.

Ce collectif s’était fait connaître pour la première fois mi-février, quelques jours après le meurtre d’un habitant du quartier Eau Lisette de Cayenne, tué par arme à feu pour une chaîne en or. C’est donc sur le terreau de l’insécurité que le collectif a surgi et que ce mouvement a pris. Il peut effectivement s’enliser et durer face au laxisme sidérant des autorités françaises sur la question. Nous sommes ici exactement dans le même cadre de configuration qu’aux Antilles ou à Mayotte comme aussi dans nos banlieues. Quoi qu’on dise, quoi qu’on s’efforce de taire, c’est bien l’insécurité qui reste et demeure la principale préoccupation.

En Guyane, ce sont 2.338 vols avec violence qui ont été commis en 2016 et 42 homicides. La crise guyanaise est certes une crise sociale mais avant tout sécuritaire comme l’était la crise de Mayotte de l’année dernière et comme risque d’être, dans quelques jours ou quelques semaines une énième crise guadeloupéenne hautement prévisible. Les Guyanais qui devraient obtenir beaucoup à quelques semaines des élections présidentielles vont en effet immanquablement donner des ailes à quelques uns. Il suffit de se promener le soir dans un Pointe-à-Pitre désertée et en proie aux dealers pour comprendre. Sans liberté de circuler et respect de la propriété, il ne saurait y avoir de contrat social tenable. Ainsi, nul besoin ce matin d’être prophète pour annoncer à nos lecteurs que la Guadeloupe aura bientôt, elle aussi, sa crise et qu’elle ne sera pas cette fois-ci un LKP-bis mais une crise sans doute plus violente et plus radicale.

Face à la Guyane ou à la crise de l’insécurité et de l’immigration clandestine à Mayotte , ce qui est tout de même surprenant, c’est la faible réactivité de nos politiques, y compris de l’ensemble des candidats aux Présidentielles et en ce sens leur singulier manque de vision à long terme. L’institut de sondage Qualistat a montré dans sa dernière étude d’opinion que le problème majeur des Guadeloupéens était dans l’ordre, l’insécurité (46%), le chômage et l’emploi (42%) et un peu plus loin, la jeunesse (33%). En Guyane, le mouvement dit des « 500 frères » a d’abord été créé pour lutter contre l’insécurité croissante qui fait de la Guyane le territoire le plus violent de France, le numéro 1 devant la Guadeloupe et la Seine Saint-Denis (93) pour les homicides et les faits de violence.

Or que font les élus et l’État pour lutter efficacement contre cette insécurité qui ne cesse de croître dans tous les Outre-mer, y compris sur un territoire épargné jusqu’alors comme celui de Polynésie française ?

A Pointe-à-Pitre, le préfet a organisé une ou deux réunions à la rentrée 2016-2017. Rien de plus. A Mayotte, on patrouille un peu plus mais on reste en sous-effectifs et sans matériel promis. Les kwassas arrivent tous les jours, surtout maintenant par le Sud, par flots d’une trentaine de personnes. Ary Chalus, le président du conseil régional de Guadeloupe, avait poussé récemment un coup de gueule à notre avis prémonitoire mais c’était avant le soulèvement guyanais : « s’il faut descendre dans la rue, il faudra le faire. Il n’est pas normal qu’on puisse rire de la Guadeloupe, que l’on puisse, moi je le dis, se foutre des Guadeloupéens ! ».

Certes, la réponse policière n’est pas la panacée mais il faut avant toute chose rétablir l’ordre et en passer par là, sans se satisfaire  trop facilement de l’envoi d’escouades de gendarmes français . Le laxisme judiciaire et les manques de moyens sont devenus tels que la peur du gendarme en Outre-mer ne fonctionne plus.

 

  1. pierre colosso
    pierre colosso30 mars 2017

    Le maximum possible est fait et a été fait pour ces territoires…
    Le point de rupture doit être institutionnel : large autonomie donnée a ces territoires avec en vue une independance rationnelle. C’est fou de tenir a bout de bras des populations qui se sentent de moins en moins en accord avec la metropole et qui font du chantage

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