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Chili : fin de la plus grande grève minière et c’est parti pour les élections

Chili

Chili : fin de la plus grande grève minière et c’est parti pour les élections

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Paralysé depuis 43 jours, le site chilien d’Escondida, la plus grande mine de cuivre au monde et propriété du géant anglo-australien BHP Billiton, vient de reprendre le travail après la plus longue grève de son histoire. C’est ce qu’a décidé le syndicat minier.

La mine, qui produit près de 5% du cuivre mondial, est située en plein désert d’Atacama (nord) et sa mise à l’arrêt accaparait l’attention des marchés du métal rouge. Son redémarrage ne signifie pas pour autant que les 2.500 employés et la direction ont trouvé un accord. Au contraire, il y a eu échec des négociations sur les accords collectifs, ce qui a poussé les salariés à invoquer l’article 369 du code du travail pour prolonger pendant 18 mois les accords en vigueur qui étaient arrivés à leur terme.

C’est en effet, la renégociation de ces accords, pour une durée de quatre ans qui avait été l’élément déclencheur de la grève, le 9 février. En faisant appel au nouveau code du travail, issu de la récente réforme chilienne du travail, le syndicat compte donc maintenant gagner du temps en obtenant à tout le moins le maintien temporaire des avantages déjà négociés.

Une nouvelle négociation devra débuter le 1er juin 2018. Il y aura alors aussi un nouveau président chilien et peut-être une nouvelle coalition au pouvoir puisqu’il semble peu probable que les socialistes de Michelle Bachelet puissent se maintenir au pouvoir lors des prochaines élections présidentielles qui auront lieu en novembre. La reprise du travail est donc une décision mitigée où syndicats et patrons n’ont pas perdu officiellement la face même si se profile à l’horizon dix-huit mois de très mauvaises relations voire de tensions sociales à l’intérieur de la mine. En dernier ressort, la direction a proposé une prime de fin de conflit de 11,5 millions de pesos (environ 17.400 dollars) par travailleur, tout en maintenant les conditions des accords collectifs arrivés à expiration le 31 janvier. Les grévistes, qui dans cette mine, sont en fait des travailleurs protégés et plus que privilégiés réclamaient un bonus d’environ 40.000 dollars et une hausse des salaires de 7%.

Pendant cet arrêt forcé, la mine a cessé de produire 85.000 à 95.000 tonnes de cuivre fin par jour, soit 3,6 à 4 millions de tonnes au total. BHP Billiton, qui détient 57,5% d’Escondida, a annoncé suite à ces importantes pertes la suspension de deux projets stratégiques, la construction d’un site de dessalinisation d’eau et d’une centrale solaire à concentration. En février le Chili, pourtant déjà en récession et premier producteur de métal rouge du monde avec près d’un tiers de l’offre globale, a vu sa production chuter de 12%.

Au Chili, les Primaires vont débuter

Pour les Présidentielles chiliennes, c’est actuellement l’incertitude et l’inconnu. Les élections auront lieu le 19 novembre. Comme en France et sur le modèle américain, il y aura des « primaires » le 2 juillet pour départager les candidats des partis. Ces élections présidentielles seront historiques car elles marqueront un changement constitutionnel depuis l’avènement de la démocratie post-Pinochet en renouvelant la Chambre des Députés, la moitié du Sénat mais surtout en changeant de mode de scrutin passant d’un système binominal à un système proportionnel.

Les circonscriptions électorales ont été modifiées et le nombre de députés augmenté, passant de 120 à 150 et les sénateurs de 38 à 50. Pour la première fois sera aussi appliquée dans le scrutin le principe de la parité et suite aux derniers scandales, le financement des campagnes a été régulé et encadré par des lois. Pour l’instant et selon les sondages,car les partis n’ont pas encore choisi officiellement leur candidats, l’ancien président Sebastián Piñera de la coalition de centre droit Chile Vamos et Alejandro Guillier pour le centre gauche Nueva Mayoria, sont les mieux placés. Ce sont dans les deux cas, des candidats de coalition.

La Gauche au pouvoir, contrairement à la gauche française, a manifesté fortement sa volonté de parvenir à présenter un candidat unique même si on peut s’attendre à des primaires difficiles (4 candidats sans doute à gauche) et à ce que les négociations soient difficiles comme toujours avec la Démocratie chrétienne de Carolina Goic, figure montante de la politique chilienne qui doit cohabiter dans cette coalition avec des communistes et l’extrême gauche indigiéniste. Parmi ses meilleurs candidats, nous relevons le sénateur Guiller du Parti Radical, vétéran expérimenté de la politique chilienne. Dans l’opposition, il y aura sans doute moins de débats en raison du charisme politique de l’ancien président Piñera qui a toutes les chances de briguer un prochain mandat, sauf s’il était atteint entre temps par un scandale de corruption, ce qui n’est pas à écarter en Amérique latine d’autant qu’il n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature.

Si en tout cas devait se battre au second tour Piñera contre Guillier, nous aurions alors un vrai duel générationnel, le premier représentant la vieille garde comme membre fondateur de Renovación Nacional, sénateur et ancien président de la République post-Pinochet face à Guillier, un politicien indépendant sans réel passé militant, sénateur depuis seulement quatre ans de la région de Antofagasta au nord du pays et qui se présentera forcément comme le candidat du renouveau, en tant qu’ancien journaliste et homme de télévision très connu au Chili, responsable pendant des années, de 1999 à 2008, du principal programme d’information dominicale.

Guiller ne cesse d’ailleurs de monter dans les sondages, s’avérant de fait comme le meilleur ticket de la coalition de gauche au pouvoir, une gauche pourtant très impopulaire puisque Michelle Bachelet, l’actuelle présidente a obtenu les plus bas indices de popularité qu’ait obtenu un président chilien depuis près de vingt-cinq ans, une sorte de Hollandisme chilien en déshérence en quelque sorte.

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