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Quand la Guyane rejoint les identitaires !

Drapeau Guyane

Quand la Guyane rejoint les identitaires !

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

“500 frères”, activistes guyanais bien formés,  identitaires anti-immigration et de plus en chemises noires” et cagoulés. On croit rêver! En Guyane, avec sa passionaria péroniste, la Gauche rejoindrait-elle le mouvement des Identitaires si décrié à Paris ?

Toute la semaine, la mobilisation s’est organisée en Guyane avec des barrages bloquant des ronds-points stratégiques et l’entrée de Cayenne. Elle s’est développée et ancrée avec l’appel à la grève générale lancé par l’Union des travailleurs guyanais stratégique. Lorsque l’État investit des milliards d’euros pour faire décoller des fusées sur la base de Kourou, il n’y a en effet pas d’argent pour construire des collèges et des lycées, pas d’argent pour recruter correctement des enseignants et les inciter, par des primes conséquentes, à venir ce qui laissent chaque année plus de 2000 enfants déscolarisés.

Alors que la situation sociale et économique du département est désastreuse, la seule chose qui semble inquiéter fortement les autorités françaises est maintenant la sécurité du centre spatial de Kourou et le lancement de la fusée Ariane 5 car la Guyane est , pour la France, un territoire hautement stratégique. Pour tous les états latino-américains, ce n’est rien d’autre par contre qu’un ‘‘pays” surréaliste : une colonie française en pleine vingt-et-unième siècle alors qu’on s’apprête partout à célébrer le bicentenaire des indépendances de l’Amérique latine.

Kwassa sur une plage

Kwassa sur une plage

De fait, cette grève était, pour beaucoup, impérative suite aux actions coordonnées du “Mouvement des 500 frères” et surtout à la tournure que le mouvement prenait, un bon petit air identitaire, quelque peu ethnocentriste et quasi indépendantiste. Même si jamais ouvertement on ne proclame cette indépendance, un peu partout s’agitent de beaux drapeaux guyanais.

“Les 500”  dénoncent ainsi pêle-mêle l’immigration et la casse sociale de la Guyane, l’insécurité et le chômage (taux de 22%), la pauvreté ( 40 % des enfants vivant sous le seuil de pauvreté).  Leur porte-parole avait déclaré la semaine dernière qu’ « un voleur mort, c’est un voleur qui ne vole plus ». Même Marine le Pen en France n’oserait pas ! Seul, un candidat aux élections présidentielles françaises a abordé de front la question en défendant le droit pour les peuples de décider de leur sort, en réclamant le droit à l’autodétermination de la Guyane. Vous imaginez : une Guyane indépendante qui pourrait même avoir une tête couronnée, en tout cas une Présidente en la personne de Christiane Taubira. En 2007, cette dernière avait déjà déclaré : « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre ».

Ainsi, alors que l’immigration est l’un des thèmes  de la campagne électorale en France mais jamais en réalité abordée et discutée frontalement par la plupart des candidats, deux collectivités d’Outre-mer la Guyanne et Mayotte en rajoutent. Toutes les semaines, plusieurs kwassas  débarquent sur les plages de l’île au Parfum  des Brésiliens et des Surinamais. A Mayotte, le responsable de l’immigration à la préfecture a rendu son tablier et a décidé de quitter le territoire. Il a affaire à près de 500 demandes de cartes de séjour pas jour ! La population mahoraise et guyanaise dénonce fortement ce qu’elle considère comme un facteur de chômage et d’insécurité. Or, comme à Mayotte, la xénophobie est croissante en Guyane et l’État peine à rétablir son autorité qui dans ce domaine. Jean Cesto, conseiller municipal de Matoury en Guyane a résumé l’opinion d’une grande partie de la population : « les immigrés clandestins ne sont pas les bienvenus ». Le sentiment est le même à Mayotte. Réunis en congrès en novembre dernier à Chirongui, les maires de Guyane, de Guadeloupe et de Mayotte ont réclamé un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine. « Pour éviter qu’un jour la situation ne devienne incontrôlable et que des violences contre les étrangers ne dégénèrent », s’étaient-ils justifiés à l’époque.

Dans quelques années, les enfants comoriens susceptibles d’acquérir la nationalité française par le droit du sol seront bientôt plus nombreux que les Mahorais tandis que sur l’île voisine d’Anjouan, nous avons vu des villages déserts, entièrement vidés de leurs forces vives . La France serait-elle en train d’opérer une drôle de recolonisation des Comores en la vidant de sa population ? Les Guyanais, multiculturalistes en France deviendraient-il partisans de la fermeture des frontières et du droit du sang quand ils retournent en Guyane ? Curieux volte-face des anti-racistes de Christiane Taubira où les mêmes qui dénoncent en métropole la xénophobie au nom du « vivre ensemble » sont quasiment prêts à construire des murs électrifiés en forêt tropicale pour dissuader les clandestins brésiliens de passer.

Mais  qui sont d’ailleurs les Guyanais de souche ? Les Amérindiens ?

guyane-taubiraNe faudrait-il pas plutôt rembarquer les descendants de marrons, rapatrier en Afrique les descendants d’esclaves venus du Sénégal ou du Mozambique ? Ou les Guyanais ne seraient-ils pas aussi aussi à la recherche d’une sordide revanche raciale et sociale qu’avait d’ailleurs parfaitement illustrée il y a quelques années la loi Taubira sur l’esclavage, votée par la plupart de nos députés complices  d’un processus d’indépendance sous-jacent et des critiques anti-colonialistes de l’État français. «Le barbare c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie » rappelait Claude Levi-Strauss, l’auteur mascotte de Métamag, dans Tristes tropiques. En attendant du haut du balcon de la Préfecture, la ministre des Outre-mer, la réunionnaise Ericka Bareights, en service commandé a lancé au mégaphone : « Au bout de tant d’années, c’est à moi que revient l’honneur de dire, au-delà de ma petite personne, au-delà des fonctions, toutes mes excuses au peuple guyanais ». De nouveau la repentance sauf que la repentance n’a jamais construit et défini une politique d’émancipation réaliste même si elle a permis néanmoins de dégeler soudain l’atmosphère avec les représentants venus de Paris, l’Outre-mer étant il est vrai toujours très sensible aux cérémonies coutumières du pardon.

Ceci étant, la Guyane, c’est un vaste territoire d’Amérique du Sud (83.000 km2), situé à 7.000 km de Paris. N’est-ce pas, au XXIème siècle  une incongruité territoriale du point de vue géopolitique ? Pour qui connaît la Guyane, ce département français n’a vraiment rien de latino et sauf dans les villages amérindiens, on se croirait presque à La Réunion.

A Paris, le secrétaire général du Front National, Nicolas Bay a jugé les excuses de Mme Bareigts “un peu anecdotiques“, jugeant plus nécessaire de “faire les investissements stratégiques“, et insistant pour “que l’État assume enfin ses fonctions régaliennes“. Le porte-parole du mouvement La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui demeure en progression constante dans les sondages, a estimé pour sa part que Mme Bareigts avait “eu raison de s’excuser mais que c’était un peu tard“, tout en faisant valoir que “la Guyane pourrait avoir une économie d’autonomie”. Pourquoi n’ose-t-il pas parler franchement d’indépendance ? C’est quoi exactement une « économie d’autonomie » ? De la survie locale ?

Louer Kourou à une Guyane indépendante et arrimer la Guyane à l’Amérique latine de la débrouille et du travail informel et de tous les trafics, après tout, pourquoi pas ? Constituons au plus vite des cartels !

Illustration : Christiane Taubira, hégérie des indépendantistes guyanais

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