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Pour une stratégie énergétique audacieuse en Algérie : la fée électricité et la vision du futur

Algerie Energies Renouvelable

Pour une stratégie énergétique audacieuse en Algérie : la fée électricité et la vision du futur

Professeur Chems Eddine Chitour*,  École Polytechnique d’Alger 

«Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.»
Guillaume d’Orange

Au moment où l’Algérie traverse une situation délicate eu égard à son addiction au tout-pétrole, il est salutaire d’écrire qu’il y a un autre destin pour le pays que celui d’être à la remorque d’un ordre mondial formaté à la taille des puissants technologiquement et financièrement. Le monde qui se prépare n’est pas celui du baril de pétrole dont on surveille les errements en regardant dans une boule de cristal s’il va se stabiliser, augmenter ou au contraire chuter.

Malgré des efforts que l’Algérie fait, en ce sens, il est important de comprendre que la décision ne lui appartient pas! Elle n’appartient pas non plus aux rentiers du Golfe, ni même à ce qu’on appelle les fondamentaux, l’offre, la demande, l’humeur du président américain, mais aussi l’agressivité scientifique et technologique des compagnies américaines qui arrivent à produire du pétrole de schiste à 50 $ le baril alors qu’on avait fixé la barre à 80 dollars comme seuil de rentabilité! En clair il n’y a rien à attendre des rentiers de l’Opep et notamment de ceux du Golfe qui vendraient père et mère au plus offrant qui leur garantit de continuer à profiter d’une rente imméritée au lieu de faire de cette rente un instrument de développement pour sortir de la rente.

En fait, un nouveau monde est en train de se dessiner

Le pétrole n’est plus au centre et de plus en plus les pays industrialisés et technologiquement avancés se tournent vers tout ce qui peut diminuer le recours au pétrole du fait d’une mutation et d’une transition vers les énergies vertes: la diminution de l’intensité énergétique et le développement d’une technologie basée sur l’informatique, l’Internet, de l’énergie, ce que l’économiste Jeremy Ritkins appelle la 3ème révolution. Dans ce cadre, la révolution basée sur le tout-électrique vert paraît être le nouveau Graal. L’Algérie devrait prendre le train de cette mutation et adapter son développement industriel à la révolution de l’électricité.

La voiture électrique détrône les voitures à essence et enterre les véhicules diesel

La voiture électrique n’est pas le seul secteur à connaître un succès croissant. Depuis quelques mois déjà, le marché du bus électrique est en pleine effervescence et les constructeurs multiplient les nouveautés pour tenter de répondre aux attentes des collectivités, de plus en plus attentives aux solutions alternatives pour les transports en commun. Bien décidé à conquérir l’Europe, le groupe chinois BYD annonce un investissement de 10 millions d’euros pour la construction d’une usine de bus électriques en France. Les spécialistes affirment que les voitures électriques et thermiques pourraient faire jeu égal d’ici 2024. Posséder et gérer une voiture économe en carburant devrait devenir beaucoup plus abordable entre 2020 et 2030 par rapport à aujourd’hui l’ambition de la Chine de vendre 15% de véhicules hybrides et électriques d’ici 2020. La Chine encourage les nouveaux véhicules de l’énergie. Les constructeurs automobiles étrangers opérant en Chine vendront en 2018 huit pour cent de toutes les voitures produites en NEV, à partir de 2019, dix pour cent et à partir de 2020 douze pour cent. Ainsi, le transfert de technologie est garanti. La production de voitures électriques passera de 500.000 véhicules en 2016 à 5.000.000 en 2020 faisant de la Chine le leader.

À titre d’exemple, Volkswagen ne fera plus de moteur diesel à partir de 2025, donc il ne faut plus acheter des véhicules diesel, car il n’y aura plus en parallèle de pièces détachées.» Pour l’expert, il y a une révolution de l’électricité renouvelable dans la voiture, le bus et le camion. L’année dernière il y a eu 2 millions de voitures électriques dans le monde En France, un record : 100.000 voitures roulent à l’électricité !
En 2030, on prévoit que 35% des voitures seront électriques. Soit plus de 400 millions de voitures. Selon Matthias Müller, le nouveau patron du groupe, le «dieselgate» constitue «un catalyseur». Plus crédible plus performante en termes d’autonomie, l’automobile électrique progresse aussi sur un autre plan: elle est en train de devenir plus désirable. Des utilisateurs qui rechargent leur véhicule à la maison ou sur leur lieu de travail et sur les bornes publiques. Ce qui devrait inciter à mettre davantage aussi l’accent sur l’installation de bornes dans les logements collectifs.

Patrick Pouyanné, le président du groupe Total, a laissé entendre que son groupe pourrait désormais s’engager dans le secteur de !a mobilité électrique. Le géant pétrolier souhaiterait en effet proposer à court terme, un nouveau service de recharge pour véhicules électriques dans une grande partie des stations-service composant son réseau national. La locomotion électrique c’est aussi le camion et le bus électrique. Tesla se lance aussi dans la fabrication de camions, de bus et de véhicules utilitaires. Pour Elon Musk, «il faut accélérer l’avènement de l’énergie durable. Par définition, nous devons à un moment donné parvenir à une économie de l’énergie durable ou nous allons manquer de fossiles à brûler et la civilisation s’effondrera

Une transition écologique vers le Développement humain durable

C’est un fait, l’Algérie ne peut pas continuer à consommer de cette façon qui fait que dans vingt ans, s’il n’y a pas de découvertes majeures, nous ne pourrions plus exporter ni du gaz ni du pétrole. Ce sera tout juste si nous pourrons nous satisfaire des faibles quantités qui restent et pis encore, si la diversification ne se fait pas rapidement il n’y aura plus de recettes de la rente. Certes, un plan de développement de 22.000 MW de solaire et d’éolien est prévu. Le retard est important et de plus il me semble qu’il ne repose pas sur une dynamique profonde, mobilisatrice qui fait que la transition écologique est l’affaire de tous, en premier lieu des citoyens qui eux auront à traduire par leur comportement d’éco-citoyens cette vision de la sobriété énergétique.

La consommation dans le tertiaire (résidentiel)

Une étude préliminaire faite à l’École polytechnique par des élèves ingénieurs montre que l’on peut mettre en place un modèle énergétique qui aboutira en 2030 à une consommation d’énergie renouvelable à 50%. Cela veut dire que graduellement la mise en place d’un Plan énergie renouvelable multidimensionnel (solaire, éolien, géothermie, hydraulique bois) adossé à une politique drastique de chasse au gaspillage, à l’augmentation de l’efficacité énergétique – consommer moins en consommant mieux -, mais aussi à une vérité graduelle sur le coût de l’énergie, de l’eau permettra de ne pas consommer du gaz nature, du pétrole qui doit être laissé en partie aux générations futures. Le principe est que chaque m3 de gaz ou tonnes de pétrole exportés devrait correspondre à l’acquisition d’un savoir-faire pour mettre en place un kWh renouvelable.

Quelles sont les priorités du pays?

Nous sommes devant un paradigme. Est-ce que le développement pour un pays en développement c’est la voiture particulière ? Est-ce le transport en commun qui intéresse 80% de la population? Il n’y a pas de doute que les transports en commun sont de loin plus importants que les véhicules particuliers.

Dans ce cadre il serait utile de mettre en place un réseau de transport en commun en rails, en métro, en tramway, en bus, tous ces modes de transport pouvant fonctionner avec une motorisation électrique provenant de l’électricité renouvelable principalement solaire Pendant près de dix ans le transport se réduisait chez nous à ouvrir toutes grandes les portes pour l’achat des véhicules, Nous devrions nous tourner vers la révolution du mode de transport car la première chose que demande l’Algérien est la disponibilité du transport, le bus électrique, le tramway et le métro.

Notre parc est de 6 millions de véhicules, dont 70% du carburant est du diesel et 30% essence et pas moins de 1% au GPL». «Le diesel est un danger public et cancérigène, et de plus en plus interdit dans les pays développés.» Appuyant ses dires, le professeur a cité à titre d’exemple les USA où la État devrait sans tarder aligner les prix et graduellement le rendre moins attractif par des taxes, mais aussi par un prix de vente plus cher que l’essence. Les transports en Algérie, c’est 40% de la consommation d’énergie. L’Algérie est le pays des paradoxes. L’Algérien est prêt à se saigner aux quatre veines pour avoir une voiture. De plus l’Algérie c’est le deuxième pays au monde (après le Venezuela) où les carburants sont bradés.

Cependant, il est hors de doute que ce qui intéresse l’Algérien, notamment dans les grandes villes, c’est le besoin de transport en commun. Pour lui, l’idéal, c’est de ne pas utiliser sa voiture, mais circuler grâce aux transports en commun. C’est tout le challenge du futur. Les gains sont de 1 à 10 en termes de carburants de pollution en moins, d’usure du moteur, de fatigue, du chauffeur. Si on veut réellement impulser rapidement la mise en place de la locomotion électrique, l’utilisation du sirghaz (GPL), les actions suivantes de bon sens énoncées et expliquées à travers les médias lourds et légers emporteront l’adhésion: limiter l’achat à ceux des véhicules ne consommant pas plus de 100g de CO2 au km (actuellement nous perdons près de 20% de la consommation). L’installation de dispositif de sirghaz pourra être prise en charge dans le cadre de start-up avec obligation graduelle État doit donner l’exemple à travers sa flotte captive des administrations, de la police des douanes de l’armée. Il en est de même des chauffeurs de taxis et des entreprises de transports publics (Etusa, bus, cars…).

On le voit, l’Algérie devra plus que jamais compter sur elle

La panoplie des possibilités est féconde, l’essentiel est d’expliquer pédagogiquement aux citoyens cette transition énergétique vers le développement durable. Tous les secteurs sont concernés par la sobriété et l’appel à l’intelligence. Le Développement humain durable serait la solution au problème, dont le commencement doit se faire à l’école. J’en appelle à la mise en place d’ un système éducatif qui soit face à la réalité au lieu de le soumettre à des changements erratiques.

Nous ne pouvons pas tenir à l’écart l’université. Les filières technologiques devraient être réhabilitées car les formations de master ne correspondent à ce qui est attendu d’un métier d’ingénieur ou de technicien a été fermée.

D’ici 2030, l’homme et les technologies auront fait un bond fulgurant. Dans 20 ans, le pétrole ne sera pas structurant dans les bilans énergétiques des grandes nations . Le monde de demain sera aussi celui du Web 3.0. De grâce, sortons du schéma du toujours dernier, faisons preuve d’imagination. C’est aussi cela le développement durable: laisser aux générations futures un pays en ordre de marche.

* Le professeur Chems Eddine Chitour est directeur du laboratoire de valorisation des hydrocarbures à l’École polytechnique d’Alger.

Illustration : énergies Renouvelables : L’Algérie porte ses objectifs à 25 GW
  1. jipebe29
    jipebe295 avril 2017

    Il est utopique de penser que les EnR intermittentes et onéreuses soient une solution adaptée à une production pilotable et compétitive d’énergie électrique.

    Voir, dans l’ordre :
    https://www.contrepoints.org/2017/01/16/277913-energies-renouvelables-plus-cheres-inadaptees
    https://metamag.fr/2017/03/03/quelques-remarques-sur-les-politiques-climat-energie/

    Avec d’absurdes politiques climat-énergie, les pays de l’UE sont en train de se tirer une balle dans le pied pour satisfaire aux oukases du dogme du réchauffement climatique anthropique, dogme qui repose sur de la fausse science : http://dropcanvas.com/oh6nt

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