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Les chantiers de la présidentielles [7] : Barkhane au Mali

Mali Mosquée De Diafarabe

Les chantiers de la présidentielles [7] : Barkhane au Mali

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Un militaire français a été enterré cette semaine dans l’indifférence générale.

Mali-carteJulien Barbé était caporal-chef du 6ème régiment du génie d’Angers. son décès a porté à dix-neuf le nombre de soldats français décédés au Mali, dans son cas particulier à la suite d’un accrochage avec des terroristes lors d’une opération dans le sud-est, près de la frontière du Burkina Faso. Les faits se sont produits lors d’une opération militaire tripartite avec des unités maliennes et burkinabées de la force française Barkhane dans la zone frontalière située au sud de Hombori, à 200 km au sud-ouest de Gao.

L’armée française, ce sont aujourd’hui deux opérations d’envergure et une opération secrète : l’Opex Barkhane au Mali, Sentinelle en France et nos forces spéciales en Syrie. A l’opération Serval lancée le 11 janvier 2013 contre l’offensive djihadiste au Mali a succédé en effet l’opération Barkhane depuis 2014, une opération couvrant un territoire aussi vaste que l’Europe, incluant la Mauritanie, le Mali, le Burkina-Faso, le Niger et le Tchad. Elle implique la coopération entre cinq pays et leurs partenaires formalisée sous l’appellation G5 Sahel (Mauritanie, Burkina Faso, Mali, Niger, Tchad). Peu évoquée pendant la campagne présidentielle, l’opération Barkhane représente tout de même plus de 50 % du budget des opérations extérieures (Opex) françaises.

Mali et l’opération Barkhane

Les militaires français patrouillent régulièrement Kidal au Nord du Mali pour assurer la sécurité des populations mais ils n’y sont pas forcément accueillis, loin s’en faut, à bras ouverts puisque les Touaregs accusent les Français de jouer le jeu de Bamako. En mars , nous avions relevé que les hommes bleus du désert avaient pris un poste hautement symbolique de l’armée nationale malienne à Tombouctou. Le lendemain, c’était d’ailleurs au tour des islamistes de passer à l’attaque. Trois ans après la fin de l’opération Serval au Mali, l’armée française sert toujours de bouclier entre les rebelles touareg, les terroristes islamistes et le régime de Bamako.

Depuis des décennies,  les Touaregs du Nord, les « blancs » refusent d’être rattachés au Mali et se rebellent contre le pouvoir de Bamako. En 2011, la crise libyenne avait amené des combattants touareg dans le nord du pays, où ils avaient fondé un mouvement de libération, le MNLA. Figure de l’insurrection, Iyad Ag Ghali signa un accord avec les islamistes d’Aqmi et fonda Ansar Dine, un grouper salafiste djihadiste.

C’est ainsi que plusieurs groupes touaregs extrémistes, en partie manipulés par les services secrets algériens, mirent la main sur l’Azawad, le mouvement autonomiste touareg malien en en modifiant quelque peu la nature puisque les Touaregs ”fanatisés” prônaient maintenant dans le désert un califat façon Daesh. Les autonomistes touaregs originels se sentirent alors débordés par leur frange radicale et les principaux chefs du MNLA fuyaient le terrain, terrain dont ils avaient en réalité aussi perdu le contrôle en raison des pétros (financements des monarchies du Golfe et de l’Arabie Saoudite) et surtout des narcodollars des nouveaux trafiquants des dunes.

Dans un tel imbroglio sur fond de religion et de passage des «caravanes» illicites, la France décida d’intervenir en 2013. Le conflit semblait alors pouvoir trouver une issue rationnelle et les rebelles touaregs acceptèrent de s’asseoir autour de la table des négociations avec les autorités de Bamako. Ce sera le fameux traité d’Alger, signé en juin 2015, vrais accords de paix, qui prévoyaient pour l’Azawad un statut d’autonomie et l’instauration au Mali de Forces de défense et de sécurité multiethniques. Or, depuis, rien n’a vraiment évolué et tout traîne parce que l’Algérie n’a  pas joué le jeu. On est donc encore bien loin d’une paix durable au Mali.

Les groupes rivaux, issus parfois des mêmes familles, se disputent sur fond de querelles religieuses le contrôle du trafic. Ils réactivent en fait dans le contexte idéologique du début du vingt-et-unième siècle les vieilles luttes ancestrales qui durent depuis des siècles, sur fond d’empire bambara en déclin.

Quels sont alors nos objectifs précis au Mali ? Sont-ils bien clairs ?

Le seul objectif officiel est la lutte contre le terrorisme. La mission Barkhane entend convaincre les populations de tourner le dos aux islamistes. Or, la liaison avec les terroristes semblent avoir repris ces derniers temps de la vigueur, suite à la lenteur de la mise en application du traité d’Alger par l’armée malienne et les retards de la Minusma, la mission de l’ONU.

Pendant tout ce temps perdu, les djihadistes ne chôment pas et savent habilement convaincre la population par les répétitions ferventes des sourates et l’idéologie anti-mécréants, tout en la séduisant aussi par des œuvres de charité mais surtout la distribution de narcodollars ou de nouvelles technologies (ordinateurs, tablettes et portables), tout un petit trafic pseudo-religieux faisant le bonheur du Sud de l’Algérie appauvri par la corruption d’un régime finissant incapable de nourrir son peuple.

Pour l’armée française, l’opération Barkhane reste une grande première car, en passant de Serval à Barkhane, elle est passée d’une lutte locale à un combat régional contre le terrorisme, les forces françaises interceptant quasiment tous les mois près de deux tonnes de munitions et d’armements . Ainsi, contrairement à ce que pourraient affirmer certains candidats antimilitaristes, Barkhane n’est pas une force d’occupation mais une force de coopération au service de l’Afrique, de la sécurité des pays de la zone mais aussi de la nôtre, jusqu’à la protection des jeunes Maliens de Montreuil. Le contrôle de toute la bande sahélo-saharienne nous revient de plein droit et continuera, à n’en pas douter d’être l’un des points les plus chauds de notre future politique de défense à la veille d’une déstabilisation probable dans les mois qui viennent de l’Algérie. Elle exige bien que l’on consacre 2 % du PIB aux dépenses de défense comme Emmanuel Macron d’En Marche l’a confirmé.

Politiquement, le Mali a depuis deux mois un nouveau président en la personne de Ibrahim Boubacar Keita mais son gouvernement d’union semble s’installer difficilement en ce début d’avril sur fond d’une grave crise sociale dans le milieu de la santé et des enseignants. Le Mali a à sa tête un nouveau premier ministre, Abdoulaye Idrissa Maiga qui hérite d’un pays totalement endetté par son prédécesseur. Sans l’aide de la France, le pays ne peut  faire face à son problème de sécurité intérieure. Il faut  se poser la question d’un dialogue possible avec les islamistes mais peut-on et doit-on dialoguer avec les extrémistes musulmans ?

En attendant de résoudre ce dilemme, la présence militaire de la France est plus que nécessaire et devra prendre le temps qu’il faut pour résoudre le problème touareg qui doit bien être, par contre, pour nous l’objectif final de notre politique malienne.

Rappelons au passage que Marine Le Pen comme François Fillon se sont déplacés au Tchad. La Présidente du Front national y avait effectué un voyage de deux jours où elle avait été reçue par le président Idriss Déby, ainsi que par le président de l’Assemblée nationale tchadienne Haroun Kabadi. La présidente du Front national était également allée à la rencontre des militaires français engagés dans l’opération Barkhane. Une visite qu’elle avait placée sous le signe de la francophonie et de la lutte contre le « fondamentalisme islamique ».

Enfin, en ce week-end pascal, n’oublions pas qu’au Mali, cela fait aussi plus de deux mois que sœur Gloria, une religieuse colombienne a été enlevée dans le sud du pays, le 7 février dernier, près de Karangasso. La Colombienne n’est pas la seule otage en ce moment au Sahel puisque huit autres personnes sont actuellement détenues dans la région sans qu’on sache précisément où : deux Français enlevés au Tchad ainsi q’une Suisse, un Américain, un Roumain, un Australien, un Sud-Africain et un Suédois.

Illustration : Mosquée de Diafarabe au Mali.
  1. Robert41
    Robert4119 avril 2017

    C’est vrai qu’on a plus parlé de Théo que de Julien, Barbé. Comme quoi la politique est sans morale, surtout par ces politiciens qui vivent du sang des Autres pour être un récit d’histoire. L’important c’est d’être le souvenir de ses frères de combat ; car eux, se souviendront de lui toute leur vie. Mourir un jour c’est notre destin mais mourir au combat avec sa jeunesse c’est grandir d’une légende.

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