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Le vote : geste d’adhésion à la religion républicaine ?

Urne

Le vote : geste d’adhésion à la religion républicaine ?

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Demain dimanche, l’obsession de la journée, avant le grand résultat de 20 heures, ce sera le taux de participation et d’abstention à la mi-journée.

Oui, l’immense majorité de nos compatriotes se déplacera dans l’isoloir et légitimera ainsi de nouveau le système présidentialiste au suffrage universel direct de la Cinquième République qui détruit depuis 1958 la démocratie française. On n’ira pas comme hier en masse à la messe mais tous déféreront à ce rituel dont ils sont imprégnés depuis leur dix-huit ans : urner. Rappelons, à cet égard, les propos de Gambetta en 1878 : « Surtout et avant tout, il faut inspirer à l’enfant un respect quasi religieux pour ce grand acte du vote […], si bien que lorsque ce jeune citoyen s’approchera de la simple boîte en bois blanc déposée sur la table de vote, il éprouvera quelque chose de cette émotion que ressentent les croyants lorsqu’ils s’approchent de l’autel » après s’être recueilli comme à confesse derrière les rideaux tirés de l’isoloir.

Au dix-neuvième siècle, dans ce haut lieu d’intégration de la mystique républicaine que constitue désormais l’école, les « hussards noirs » que sont les instituteurs eurent pour mission première d’inculquer aux enfants les principes du culte. Qu’importe pour qui ils votent, l’essentiel étant ce geste, ce geste magique immanent mais aussi sacré de la volonté du peuple qui affirme leur adhésion à la religion républicaine. Depuis 138 ans que cela dure, l’acte de vote est devenu une habitude sociale, un réflexe conditionné, et l’habitude au fil des générations devient une vérité, aujourd’hui une post-vérité.

Le catéchisme républicain inculque — assène  — le devoir de vote dès la plus tendre enfance (le seul devoir politique qui nous reste d’ailleurs parmi une foultitude de droits mis à part le paiement des impôts). Cette exigence est instillée, comme une vérité de foi laïque, par le maître c’est-à-dire aujourd’hui le journaliste, le fanfaron des plateaux de télévision, celui qui sait tout et qui détient l’autorité sur les esprits. Cette certitude du vote reste ainsi ancrée dans l’esprit vulnérable de nos grands enfants de la République parvenus à l’âge adulte en obtenant le droit de vote, en gros lorsqu’ils sont en classe de Terminale.

Disons-le franchement pour parvenir à ce résultat de l’urnage naturel, il a fallu un vrai forceps, un vrai bourrage de crâne, opérer un ancrage qui a bien fonctionné car contrairement à l’antienne qui prétend que « nos ancêtres se sont battus pour cela », la première tentative de suffrage généralisé s’est soldée par 10 % à peine des intéressés qui se sont déplacés. S’agissant, par ailleurs, des catholiques ou qui se donnent pour tels, faut-il ici rappeler qu’un certain clergé — et c’était longtemps avant Vatican II — affirmait aux paroissiens dans des catéchismes que ne pas voter constituait un péché grave : « Les jours d’élection, tu voteras dévotement ». Aujourd’hui, les évêques vont plus loin puisqu’ils vont même jusqu’à dire ce qu’il ne faut pas voter !

Nous l’aurons compris même avec l’esprit critique chevillé au corps et surtout à l’âme, il est difficile de ne pas tomber dans la marmite de l’électoralisme. Il nous est bien difficile de ne pas urner. Nous osons pourtant à peine vous souhaiter bon vote.Le Livre de la Jungle – Aie confiance

 

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