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Guyane : et un, et deux, et trois milliards !

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Guyane : et un, et deux, et trois milliards !

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le mouvement social qui paralysait la Guyane depuis plus d’un mois s’est achevé  avec la signature d’un accord entre l’État, les élus et le collectif qui pilotait la mobilisation

Ce conflit a donc pris fin la veille du premier tour puisque la Guyane votait le samedi 22 avril. Superbe maîtrise du calendrier. Devant la préfecture de Cayenne, 500 personnes étaient rassemblées sans aucun drapeau français. Beaucoup arboraient le tee-shirt «nou gon ké sa» (ça suffit) phrase symbole du blocage.

Dans cet «Accord de Guyane», le gouvernement a notamment pris «acte» de la demande de 2,1 milliards d’euros supplémentaires que formulait le collectif «Pou la Gwiyann dékolé» (pour que la Guyane décolle). Cette somme s’ajoute au plan d’urgence d’un montant de 1,1 milliard d’euros déjà validé début avril par le gouvernement (le collectif de mobilisation avait alors jugé cette somme insuffisante). Au total, l’accord s’élève donc bien à plus de 3 milliards d’euros. Du jamais vu comme résultat de négociation. Mayotte peut réclamer sans hésiter ces 4 milliards ! Dans un communiqué , la ministre des Outre-mer, Éricka Bareigts a salué cet accord, évoquant «une journée déterminante pour l’avenir de la Guyane».

Dès vendredi matin, les barrages ont donc commencé à être démontés à Cayenne et dans sa périphérie. À Kourou, le giratoire à l’entrée du centre spatial guyanais est toutefois resté bloqué par des militants réclamant «un courrier de la ministre de la Santé» pour acter par écrit «le passage en secteur public du Centre médico-chirurgical de Kourou». Les vols vers Cayenne vont également reprendre ces prochains jours.  L’État s’est engagé à ce que la somme des 2,1 milliards d’euros supplémentaires fasse l’objet d’un «examen prioritaire» en vue de sa mise en œuvre, mais sans calendrier précis. En clair, il repasse la patate chaude pour ne pas dire bouillante au prochain gouvernement. Nonobstant, le protocole paraîtra au Journal officiel. Il engage donc juridiquement l’État. « Une fois que le prochain gouvernement sera en place, dès le premier jour, on va entrer en action. L’État nous doit sept milliards et pas deux», a asséné Olivier Goudet, le chef du collectif cagoulé.

Le dossier guyanais sera donc l’un des premiers dossiers de l’Outre-mer à gérer pour le prochain gouvernement. Fait exceptionnel, au total, le conflit social guyanais aura duré plus d’un mois.  Le prochain gouvernement devra donc payer les frasques guyanaises des règlements de compte socialistes (Taubira, Valls).

Cette ultime concession de veille du premier tour ne correspond-elle pas à un achat de votes de république bananière, une ultime politique de la terre brûlée ? N’oublions pas qu’il y a 15 jours, M. Cazeneuve, premier ministre à titre tout à fait temporaire, avait prétendu et affirmé ouvertement que 2 milliards pour la Guyane étaient complètement irréalistes.

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