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Éléments 166 est paru : “Des insoumises contre la pensée unique”

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Éléments 166 est paru : “Des insoumises contre la pensée unique”

Alain de Benoist, éditorialiste d’Éléments ♦ 

L’élection présidentielle de 2017 s’est déroulée dans un climat lamentable de part en part et s’est achevée sur un face-à-face calamiteux. Au second tour, un candidat et une candidate s’affrontaient. Le premier a été élu par défaut, par des gens qui ne voulaient pas de lui, mais voulaient encore moins de son adversaire (le « barragisme », nouvelle dénomination du « vote utile »). Aucun enjeu civilisationnel n’a été abordé. Et pourtant, ce scrutin revêt un caractère historique.

Aucun des deux grands partis qui ont en alternance gouverné la France depuis près d’un demi-siècle n’a pu accéder au second tour. En France comme ailleurs, la vieille classe politique est discréditée, ce qui laisse prévoir une recomposition générale du paysage politique dans un climat plus ou moins convulsif qui débouchera sans doute sur des regroupements inédits.

Les anciens grands partis éliminés au premier tour étaient aussi ceux qui étaient porteurs du clivage gauche-droite – ce qui leur permettait de mener alternativement la même politique – et aussi ceux qui étaient identifiés comme ses représentants. À l’inverse, les deux finalistes avaient comme point commun de ne pas se définir par rapport à lui et de ne pas voir dans le couple gauche-droite l’alpha et l’oméga de la politique. Ils étaient en ce sens le miroir l’un de l’autre. L’un opposait les « conservateurs » aux « progressistes », l’autre les « patriotes » aux « mondialistes », mais c’était la même chose. Conçu à l’intention des classes moyennes, qui sont en train de s’effacer, le clivage gauche-droite constituait un axe horizontal qui est aujourd’hui remplacé par un axe vertical. Il réapparaîtra peut-être à l’avenir, mais ce sera avec un autre contenu.

Cette élection a également fait réapparaître un clivage de classe que certains croyaient disparu. « Le clivage de classes aura rarement été aussi net », observe Régis Debray. D’un côté, les hauts et très hauts revenus, les élites appartenant à la Caste, les cadres supérieurs et la grande bourgeoisie, les « auto-entrepreneurs » et les bobos, de l’autre les revenus bas ou modestes, les chômeurs, les ouvriers et les agriculteurs, les couches inférieures des classes moyennes, tous ceux qui ne vivent plus là où se créent les emplois et s’accumule la richesse. D’un côté, les habitants des grandes métropoles, de l’autre la « France périphérique » des villes moyennes, des zones péri-urbaines désindustrialisées et des communes rurales. D’un côté, les « planétaires », tenants d’une France open space « ouverte sur le monde », la main sur le portefeuille quand ils chantent l’hymne national, de l’autre un peuple désireux de perpétuer son patrimoine immatériel, de conserver sa sociabilité propre et de rester souverain sur les conditions de sa reproduction sociale. Les gagnants et les perdants de la mondialisation. Le « parti de demain » et le parti de toujours. Les « people » et le peuple.

Grâce à cette élection, la classe dominante reconstitue son unité politique contre « ceux d’en bas », derrière les marcheurs du marché, followers et majorettes, menés par un enfant-roi télévangéliste dépourvu d’affects, mais impatient d’instaurer définitivement la société liquide dont rêve la communauté financière qui l’a adoubé.

La France n’est pas seulement divisée, fragmentée, coupée en deux. Elle se compose d’individus et de groupes sociaux qui ne vivent pas la même réalité, qui ne voient pas les mêmes choses, qui ne respirent pas le même air et ne parlent pas le même langage. La France d’en haut et la France d’en bas sont devenues également étrangères au « vivre ensemble ». Elles ne vivent même plus côte-à-côte. Elles vivent face à face. Le rôle normal du politique est de produire du commun, d’organiser un espace commun. Mais le politique a oublié sa vocation naturelle. Plus on parle de « société inclusive », plus la fragmentation progresse.

Le seul mérite de cette situation est d’éclaircir les fronts. On sait mieux désormais qui se fait face : les libéraux et les antilibéraux. On sait aussi que la misère sociale, la frustration, la défiance et la colère sont là et qu’elles vont encore s’étendre. Un feu s’est allumé, prêt à enflammer la plaine. Quelque chose bout dans la marmite. Toute la question est de savoir quand elle explosera. Et qui profitera de l’explosion.

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  1. Robert41
    Robert4119 mai 2017

    C’est toujours un vif plaisir de lire Alain de Benoît ainsi que sa revue Éléments ; omettre l’exercice de lire l’auteur et sa revue, c’est se priver de ses humanités non pas grecque et latine mais philosophique et politique. A contrario, d’une campagne lamentable et d’un débat raté, le positif c’est quand-même, l’élimination du PS et des Républicains. La gueule des battus au soir du choix binaire final, c’était savoureux ; dégager ces providences, ces prétentions, ces cupidités et ces carriéristes, éjectés de leur certitude et de leur petite histoire. Pour être juste, il faut convenir que Marine, Lepen, n’a pas été à la hauteur du débat attendu et cette fragilité est inquiétante car il y a de l’urgence à la maison France. Le sentiment qu’un brave capitaine de bataillon ne fera pas forcément un général d’armée compétent questionne l’électeur ? Cette présidentielle 2017 a été un exorcisme à tout point de vue. Revirement politique, emballement des vaincus, déshonneur de sa fonction, stupidité au point de voter contre celui que l’on combattait, incroyable crasse politique mue par l’orgueil, le narcissisme et la cupidité. On devrait écrire une pièce de théâtre sur ce monde de tartufes. Les français ont été conscients de cette pitoyable manipulation médiatico-judiciaire et qui d’un seul coup s’est arrêtée immédiatement après l’élection de Macron. C’était bien une combine de voyous, salir celui ou celle qui prétend alors que ce monde politique français est indéniablement immoral et faisandé d’escrocs. Il n’y a pas que Fillon en nécessité de l’enquête judiciaire, il y en a plein d’autres … ; d’où l’urgence de virer et de juger ces crapules qui portent un mandat républicain. Les français veulent une politique digne et exemplaire, sinon une tête pourrie, pourrit le corps social. C’est ce que nous vivons ! Comment ne pas souligner l’insulte d’un Hollande, qui estime sa politique bonne lors de ce quinquennat ? Énième humiliation vers le Peuple des sans-dent qui dans le silence leur misère sait garder sa dignité. Il y a eu du sang d’innocents qui a été versé lors de sa présidence, à cause d’une politique de servitude provoquant des conséquences criminelles ; comment peut-il dire que son mandat a été bon ?

  2. Gérard Henri
    Gérard Henri25 juillet 2017

    A de B parle bien , mais c’est du verbiage blablatif …..Les Français ne veulent faire aucun ” efforts ” pour ” redresser ” la situation , comme l’ont fait les autres pays , et nous repoussons continuellement les échéances : Beaucoup trop de fonctionnaires , c ça qui nous plombe : 1 million tout de suite en moins(sur 1 an ) cf : CAMERON en GB en 2010 ET libéralisation immédiate du CODE du TRAVAIL pour facilité l’embauche ….Mais ceci est interprété comme favorisant le patronat par la gauche archaïque !! La SNCF a des soucis avec le TGV … Mais les ” syndicats ” ne veulent rien savoir sur la masse salariale …..!! C’est pour ça que FILLON a fait peur et obtenu quand même 20,4% malgré les attaques ….! Mais le potentiel demeure !! Hollande a été piteux , Macron a l’air mieux en contraste , mais ne finira pas son mandat à cause de son boulet gauchiste …..Il y a TROP de choses à modifier pour se remettre au niveau , mais on y arrivera ……

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