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Les chantiers de la législature : Macron président tiendra-t-il sa promesse sur le service national ?

Garde Nationale

Les chantiers de la législature : Macron président tiendra-t-il sa promesse sur le service national ?

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Deux fois par an, la DICOD (Délégation à l’information et à la Communication de la Défense) et l’IFOP réalisent une enquête pour mesurer et comprendre la perception par les Français de l’action des forces armées sur le territoire national et dans le monde.

Les résultats de cette enquête, réalisée mi-mars, confirment le fort taux d’adhésion des Français pour les opérations, tant sur le territoire national qu’à l’extérieur. La lutte contre Daesh en Syrie et en Irak  recueille respectivement 86 et 85 % d’adhésion, soit près de 10 points de plus qu’en octobre 2016. Pour le Ministère de la Défense, c’est un soutien sans faille à l’opération Chamal.

Pour l’autre opération extérieure en cours (Barkhane au Sahel et plus particulièrement au Mali), l’approbation est moindre (59 %) mais progresse de 3 points. Reste Sentinelle sur le territoire national. L’opération recueille 77 % d’adhésion (+ 2 points).

L’opération Sentinelle, ce sont à l’heure qu’il est 7 000 militaires mobilisés sur le terrain pour protéger la population. Depuis janvier 2015 et les attentats de Charlie Hebdo, Sentinelle a mobilisé jusqu’à 10.000 soldats. Il y a deux mois, c’est un militaire de l’opération Sentinelle qui le samedi matin 18 mars avait été victime d’une attaque à l’aéroport parisien d’Orly de la part d’un homme qui avait tenté de lui dérober son arme. Début février, un autre militaire de cette opération avait également été attaqué sur le site du musée du Louvre, à Paris.

L’opération Sentinelle est chargée d’appuyer le travail des policiers et des gendarmes dans un contexte de menace terroriste. En fait, l’opération a évolué au fil des mois. Elle a notamment été sérieusement réorganisée en septembre 2016 suite  à de fortes critiques internes de la Grande Muette. Sollicités, au départ, pour rester en faction devant des bâtiments et les lieux sensibles, en particulier touristiques, les soldats ont par la suite effectué davantage de rondes et de patrouilles dans les rues de Paris, notamment après les attentats du 13 novembre 2015. Puis, les soldats ont été amenés à patrouiller de façon aléatoire autour de sites culturels, de centres commerciaux et d’écoles, en particulier de confession juive.

Après l’attentat de Nice, en juillet 2016, les forces militaires ont ensuite été « orientées davantage vers les grands rassemblements et les flux importants».  Une question a été maintes fois posée : est-ce à des soldats formés pour l’action et l’attaque de se transformer en vigiles de supermarchés ou en opération de surveillance et de  police ? L’opération Sentinelle est coûteuse, mobilisatrice, peu reluisante et peu formatrice pour le soldat et même démoralisatrice alors que la DGSE semble ne pas parvenir à recruter sérieusement.

Autre chantier de la défense de ces législatives 2017 :  le fameux rétablissement du service militaire

Emmanuel Macron avait annoncé lors du premier tour de la campagne qu’il rétablirait un « service national » obligatoire d’une durée d’un mois, reprenant une idée qui agite la classe politique depuis les attentats de 2015. « Un service national de durée courte, obligatoire et universel sera instauré », avait indiqué le candidat d’En Marche! lors d’un discours de plus d’une heure consacré aux questions de défense.  « Chaque jeune Français ira ainsi à la rencontre de ses concitoyens, fera l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine durant un mois ».

Le service militaire obligatoire avait été supprimé en 1997 par Jacques Chirac et remplacé par une armée de métier, jugée effectivement plus adaptée aux conflits et menaces de l’après Guerre froide. Or, selon Macron, un projet de loi sur le service militaire d’un mois serait présenté dès la fin de l’année 2017. Les jeunes devront effectuer ce service de quatre semaines dans les trois ans suivant leur majorité. Ce seraient alors quelques 600.000 jeunes, hommes et femmes, encadrés par des militaires ou des gendarmes, qui acquerront alors chaque année « une expérience directe de la vie militaire, de ses savoir-faire et de ses exigences ».

Cette mesure ne figurait pas dans le programme initial d’En Marche. Cette idée  a pourtant toujours une forte portée symbolique dans l’électorat et elle a été un marqueur des programmes de campagne. Le chiffrage d’un tel projet est considérable. « Ce projet a bien sûr un coût significatif et je l’assumerai » avait alors martelé le candidat d’En Marche.

Sur les problèmes de défense, l’idée déjà esquissée de développer une Garde nationale, constituée de réservistes pour participer à la défense du territoire national, va dans le bon sens

On pourrait effectivement y adjoindre celle d’une garde nationale de jeunes volontaires entre dix-sept et vingt-ans qui seraient largement sollicités et « recrutés » parmi les jeunes désœuvrés ou en difficultés scolaires, notamment illettrés, en généralisant en quelque sorte le système des BSMA (les Brigades de service militaire adapté), en partenariat avec l’Éducation nationale, pour des jeunes qui pourraient alors recevoir une remise à niveau scolaire. On rejoindrait là mais de manière plus systématique le service militaire volontaire (SMV), instauré à petite échelle après les attentats de 2015 et qui propose déjà à des jeunes en situation de décrochage une expérience militaire d’un mois suivie d’un volet de formation professionnelle de plusieurs mois.

En fait,  l’idée de service national d’un mois tranchait avec le reste du programme défense d’Emmanuel Macron qui est dans la droite ligne de l’action initiée par Le Drian, Ministre de la Défense depuis cinq ans , qui a conseillé le candidat d’En Marche sur les sujets stratégiques et militaires et n’a jamais été favorable au rétablissement du service national. Le ministre prônait jusqu’alors plutôt un renforcement du service civique, qui permet à des jeunes de 16 à 25 ans d’effectuer des travaux d’intérêt général ou humanitaire, en France ou à l’étranger.

Eugen Weber-la fin des terroirsPlus profondément, la vision générale et disons presque «normale » dans l’opinion française que reflète ce préjugé d’un nécessaire rétablissement du service national ne vise qu’à plier les minorités ethniques  au moule national.  Au vingtième siècle, le service militaire fut l’instrument utilisé par l’État français pour en quelque sorte ”transformer” le peuple, ce peuple qu’il soit des terroirs ou des banlieues qui constitue toujours pour l’Etat le problème, le seul problème. Il faut relire à ce sujet la thèse  de l’américain Eugen Weber sur La Fin des Terroirs. . On y saisit bien qu’au dix-neuvième et vingtième siècle, la caserne fut le lieu par excellence du recrutement des jeunes paysans et de tous ces jeunes provinciaux aux patois si particuliers afin de procéder à leur intégration nationale forcée.

L’intégration d’aujourd’hui est du même type sauf que c’est celle de la désintégration nationale, du sans frontièrisme capitaliste et du mondialisme libéral. Elle n’aime pas en réalité les djellabas et les couleurs .  L’idée néo-conservatrice d’un retour du service militaire n’est absolument pas celle de la consolidation du nationalisme ou une mesure identitaire dont quelques néo-droitiers auraient encore la nostalgie.

Il s’agit tout au contraire de dissoudre encore et toujours les dernières particularités rebelles de certains territoires, de les fondre dans le grand melting-pot du multiculturalisme et de l’antiracisme idéologique. Il s’agirait ainsi de traiter par la force le multiculturalisme et d’imposer par la contrainte les relations interculturelles. De fait, un tel devenir de notre fonction militaire dissoudrait cette fois-ci pour de bon l’esprit traditionnel de l’armée et de l’institution militaire mais surtout démolirait l’homogénéité culturelle parfois en construction, de certaines identités étrangères et religieuses de nos banlieues sans doute ennemies mais qui ont le mérite d’exister. Les jeunes de banlieues ne sont d’ailleurs pas dupes ils ont parfaitement compris qu’il s’agit sans le dire de les mettre au pas en les dissolvant, comme le furent hier nos paysans et nos terroirs. Il s’agit ainsi par de telles mesures non pas de fomenter l’esprit national mais d’ordonner et de discipliner le multiculturel en prétendant le « civiliser ».

Les besoins d’intégration d’une partie de la jeunesse française ne relèvent pas de la militarisation mais de l’inclusion sociale, C’est une question qui relève de l’école et de l’accès à l’emploi, non de l’armée et encore moins, de la prison.  S’« il n’y a pas de culture française », c’est qu’il ne peut plus y avoir non plus de cultures particulières. Avec ces nouveaux services nationaux plus ou moins adaptés, il s’agit bien d’entraîner les citoyens à se convertir de force en citoyens de nulle part, défenseurs d’une patrie mondiale déracinée, sans drapeaux et sans religion et même sans couleurs. Il s’agit de lessiver une fois de plus les « renois » et les «blackos».

Or, nous leur souhaitons mieux : nous leur souhaitons de rester eux-mêmes, de le faire savoir et de résister.

Illustration : garde nationale, 1848
  1. ROLLAND
    ROLLAND1 juin 2017

    Je suis très partagée à la lecture de cet article. Je suis bien d’accord avec “Les besoins d’intégration d’une partie de la jeunesse française ne relèvent pas de la militarisation mais de l’inclusion sociale, C’est une question qui relève de l’école et de l’accès à l’emploi,” Mais reste à savoir ce que le gouvernement de M. Macron réserve à l’école: les précédents gouvernements et depuis longtemps semblaient viser une acculturation générale et une désagrégation du tissu social, ne serait-ce qu’avec le système de faux bon sens qui a initié les zones scolaires et qui fait que selon le lieu d’habitation un élève a plus ou moins de chance d’avoir une scolarité “solide”. De même, à force de vivre entre elles, par le jeu de ce système entre autre, les communautés se pétrifient et et n’ont pas la plus petite idée de ce que vivent les autres communautés. Comment retrouver, hors l’école et l’armée, une mixité sociale qui me semble absolument nécessaire? Petite fille d’une femme de ménage parlant valencien j’ai épousé le petit -fils d’un bâtonnier qui parlait français, et latin et grec anciens couramment. Nos familles n’ont eu aucun problèmes, les éducations des enfants étaient similaires, nos façons de vivre, nous exprimer semblables. Je suis affolée du gouffre qui existe entre nos descendants et beaucoup d’élèves que j’ai côtoyés, issus de “quartiers difficiles”.

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