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« Nous sommes la France » de Natacha Polony

Nous Sommes La France Natacha Polony

« Nous sommes la France » de Natacha Polony

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Gustin Sintaud ♦

Si ce titre accrocheur n’avait été saisi parmi les slogans affichés de la manifestation populaire du 11 janvier 2015 à Paris, il aurait pu paraître déplacé, au moins un rien pompeux.

nous-sommes-la-franceCette affirmation patriotique, résolument plus originale et plus saine que l’envahissant et insipide : « Je suis charlie », se voulait percutant et déterminé, tout en restant hélas bien vide. Marquait-elle la volonté de réaction épidermique contre les ignobles sanglantes attaques djihadistes ? Elle choisissait de proclamer la nécessité de résistance bien vaniteuses à cette tentative de choquer pour apeurer et déstabiliser l’opinion française éperdue. Elle cherchait peut-être à ragaillardir la nation, à réagir fermement contre tout ferment de panique.

Ce titre permettait d’ouvrir un intéressant questionnement sur ce qu’il semblait impliquer, tant par son « nous » que par le haut sens qu’il réservait à sa « France ». La réflexion était béante jusqu’à permettre d’investir des champs conventionnellement prohibés : ne vraiment rien occulter, tout aborder sans une once d’auto-censure habituelle ! Non seulement elle n’ose rien de neuf sous la chape de plomb, mais elle s’obstine à demeurer férocement hermétique à la moindre nouveauté ; et surtout pas de courageuse originalité !

Aucun nouvel éclairage n’est proposé courageusement, bien au contraire. Se ressent même, au fil des pages de l’analyse, habilement proposée comme novatrice, une grave et condamnable incapacité à s’extraire des sentiers tracés du politiquement correct. On doit noter un net refus de creuser plus avant dans les sens non autorisés, en une obstination à répéter le ressassé permis, à refuser de revenir sur l’obsolète convenu.

Quand l’idée de revisiter l’évocation de l’identité nationale pourrait plaire comme investigation nécessaire et indispensable d’un tabou, se referment vite les perceptives envisageables : l’identité en cet instant (t ) ne peut-être comprise autrement que comme entité inaltérablement révélatrice d’un enrichissant amalgame !!! Dès lors ainsi, l’approche de destin national s’avère étroite, triste et lamentablement pauvre, bien trop tributaire de tous les apports allogènes utilisables pour autres visions possibles ! Et guère plus de latence pour d’innovantes solutions aux graves problèmes rencontrés !

Alors il faudrait continuer de se vautrer à plaisir dans le bain tièdement confortable des mêmes valeurs agitées comme sacrées et fondamentalement déterminantes !

« Tout le monde il est bon ! », toutes les composantes de la pseudo-identité nationale, ainsi admises comme nécessairement valorisantes pour une salutaire cohésion de convenance particulière, sont donc à chérir uniformément : ce serait la richesse la noblesse, la force de cette France- là. Les Kouchi, les Koulibali, et tant d’autres à venir, aussi bons Français, cimentent assurément cette merveilleuse identité !

On ne peut que déconseiller la lecture d’un texte aussi plat, bien trompeur, et d’une complaisance détestable à la dictature de la pensée unique et de son délétère moralisme.

D’une part, il ne veut point répondre au problème rencontré ; d’autre part il cautionne imprudemment son éventuelle récurrence pour avoir négligé de neuves solutions efficaces.

« Nous sommes la France » de Natacha Polony, Éditions Plon,  213 pages. Prix : 14,90 Euros.

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