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Maroc : le populisme est royaliste

Maroc Exception Marocaine

Maroc : le populisme est royaliste

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Malgré les arrestations, la contestation populaire ne faiblit pas dans le nord du Maroc, où l’État, après avoir choisi l’option sécuritaire, voit sa marge de manœuvre se réduire pour désamorcer la colère.

Dimanche soir, pour la neuvième nuit consécutive, de nouveaux rassemblements se sont déroulés dans la ville d’Al-Hoceima et d’autres localités pour exiger la libération de Nasser Zefzafi, leader emprisonné du “hirak” (“la mouvance”), le mouvement qui anime la contestation.

La police marocaine s’est déployée au cœur du quartier de Sidi Abed pour empêcher les habitants de rejoindre le rassemblement, qui s’est cependant achevé peu avant minuit et sans incident.

Dans la ville voisine d’Imzouren, autre haut-lieu de la contestation, quelques centaines de femmes ont participé dans la journée à une marche. “Un vrai rapport de force s’est installé dans les rues d’Al-Hoceima“, résume dans son édition du week-end le quotidien l’Economiste. “Avec d’un côté des manifestants aux fortes revendications à l’emploi, à la santé, à l’éducation, et de l’autre les forces de l’ordre“. Et des arrestations qui ont “servi de carburant” aux manifestations. Une quarantaine de personnes, dont Nasser Zefazfi et les principaux activistes du noyau dur du “hirak”, ont été interpellées depuis le 26 mai. Vingt d’entre elles ont été présentées au parquet à Casablanca et placées en détention pour, notamment, “tentative d’homicide volontaire, atteinte à la sécurité intérieure, incitations contre l’intégrité du royaume (…) et autres crimes“, a annoncé dimanche l’agence MAP.

Al-Hoceima est en fait depuis sept mois l’épicentre d’un mouvement de contestation revendiquant le développement du Rif, région historiquement frondeuse et géographiquement enclavée, que les protestataires jugent “marginalisée” volontairement par l’État. Hormis quelques heurts le week-end dernier à Al-Hoceima, et ce vendredi à Imzouren, le mouvement est resté “pacifique“, mot d’ordre civique revenant d’ailleurs en boucle chez les manifestants. “Des sit-in et manifestations de solidarité ont eu lieu dans une quinzaine de villes, nous ne sommes pas loin du grand soir (…)“, s’inquiète le journal Maroc Hebdo, se demandant “comment éviter l’embrasement ?“, la semaine s’avérant du coup décisive. L’exécutif local dénonce le prisme déformant des réseaux sociaux et répète qu’Al-Hoceima “fonctionne normalement“. Mais dans les rues, les manifestants continuent de clamer leur défiance contre l’État “policier“, et de refuser toute médiation des édiles locaux qu’ils vilipendent depuis des mois pour leur “corruption“.

Les jeunes Rifains sont en train d’expérimenter le populisme et très peu de médias français ont parlé de l’événement alors qu’existe sur le territoire une forte communauté marocaine. A noter que ce populisme est original puisque royaliste : les manifestants ne cessant d’en appeler au roi contre les politiciens véreux et corrompus. Du coup, seul le roi semble avoir véritablement les moyens d’apaiser la situation. Maroc Hebdo titre d’ailleurs “Le peuple en appelle au roi“, et pose la question: “Va-t-il intervenir ?“.

Illustration : Maroc, une exception royaliste.
  1. Rachid ELAÏDI
    Rachid ELAÏDI8 juin 2017

    ”…et très peu de médias français ont parlé de l’événement alors qu’existe sur le territoire une forte communauté marocaine” pourquoi?!

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