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Outre-Mer : le choix Macron et les problèmes du FN

Outre Mer

Outre-Mer : le choix Macron et les problèmes du FN

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Alors que le vote Marine Le Pen avait recueilli 41,6 % des suffrages polynésiens au second tour de l’élection présidentielle 2017, les trois candidats à la députation du parti politique Te Nati-Front National polynésien sont restés sous la barre des 1,5 % des suffrages exprimés. Ce chiffre annonce un désastre électoral ultra-marin pour le parti de Marine le Pen aux législatives .

Nous avons toujours écrit  que les Outre-mer étaient une sorte de laboratoire politique de la métropole en miniature. Pour l’Outre-mer, le Front National n’existe plus : c’est un parti mort-né. De loin, nous avons ainsi assisté sous les tropiques à un véritable gâchis  irresponsable de la part de l’équipe  du mouvement.

En effet, au premier tour des Présidentielles, Marine Le Pen avait réalisé le meilleur score de l’ensemble des candidats dans tous les outre-mer. C’était un événement, un vrai. Or, il ne fut même pas salué comme il se devait par le Parti. Au second tour, le Front national a bénéficié d’un assez bon report de voix du clan Fillon et a même réussi une percée inédite avec un pic inhabituel en Nouvelle Calédonie en raison des inquiétudes de plus en plus vives liées au référendum sur l’indépendance du territoire prévu pour l’automne 2018. Sa chute globale est spectaculaire. Aux législatives, nous prévoyons la Bérézina.

Si le score du premier tour des Présidentielles en Outre-mer a été un événement pour le vote Front National, c’est que les département ultra-marins étaient jusqu’alors le dernier bastion de résistance aux frontistes pour des raisons idéologiques. Aussi, Marine le Pen avait réussi pour la première fois à faire voler l’étiquette de « raciste » collée au Parti  par l’idéologie « touche pas à mon pote ». Ce n’était donc pas une mince affaire puisque élection après élection, les scores du Front National en Outre-mer étaient toujours les plus faibles de tous les territoires français. Cette percée était réellement appréciable sachant que c’était une femme et qu’en plus, le discours anti-européen de Philippot heurte directement les intérêts des ultra-marins qui vivent largement des subsides reçus par leur statut de région ultrapériphérique, manne qui va d’ailleurs largement être abaissée dans les trois années à venir.

Il faut donc que les problèmes ultra-marins aient été sérieux pour que pour la première fois, des électeurs votent Marine Le Pen en Guadeloupe et en Martinique, à Mayotte et en Guyane. Ce basculement et le fait notable que Marine Le Pen ait pu, par exemple, faire campagne sous les tropiques avec des colliers de fleurs autour du cou, la direction du Front national a cru bon de n’en tirer aucune leçon pour le second tour, faute tout simplement d’analystes sérieux dans son staff…ou de lecture attentive de Métamag.

Si dans le Sud de Mayotte, le FN a atteint les 45 % au premier tour des Présidentielles, il semble ainsi peu probable qu’il y ait un seul élu FN ultra-marin en juin. Certes, on nous ressortira que le scrutin des législatives est un scrutin peu favorable. C’est exact mais on doit aussi relever l’absence de candidats crédibles et ancrés sur les territoires. Or, la défaite nationale du Front National rend complètement aléatoire un futur ancrage ultra-marin d’autant que l’exécutif du parti impose toujours ses pseudos modèles républicains ou anti-euros compatibles.

Au deuxième tour, des présidentielles, malgré une participation en baisse par rapport à 2012 et la progression des votes blancs, l’Outre-mer a voté sans appel pour Emmanuel Macron, seule la Guadeloupe (le Parti socialiste local ayant appelé officieusement au vote utile d’En Marche) l’avait placé en tête le 23 avril. Nonobstant, le vote du premier tour accordant au FN une crédibilité jamais connue jusqu’alors (sans compter les très bons résultats de Mélenchon par exemple en Guyane) devrait alerter et mettre en garde les autorités. Il a été un véritable camouflet aux partis de gouvernement. Même chez les noirs et les métis, le discours antiraciste n’a plus prise. On a bien compris  ici que toute la logorrhée humaniste n’était que de la poudre aux yeux pour déculpabiliser les élus.

Dans un électorat de plus en plus volatile et irrationnel, les ultra-marins pourraient en tout cas – fait nouveau dans la sociologie électorale française – ne plus constituer des réserves électorales pour les grands partis ou des chasses-gardées pour les grands leaders si les problèmes économiques, sociaux et sécuritaires ne sont pas réglés et placés au centre des priorités nationales.

Ainsi, la Guyane, la Guadeloupe, Mayotte risquent rapidement de le rappeler au gouvernement par un rapport de forces que dirigeront des mouvements populaires intransigeants et sans peur. Contrairement, à la métropole, il y a encore en Outre-mer une mentalité de résistance, un esprit du blocage, un sens certain de la grève générale.

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