Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Législatives : faut-il relire Maurras ?

Macron Pierre Le Vigan

Législatives : faut-il relire Maurras ?

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le parti du président est arrivé largement en tête du premier tour des élections législatives et pourrait ainsi obtenir de 400 à 440 députés. Les autres partis  sont de fait totalement laminés à l’issue de ce scrutin marqué tout de même par une très forte abstention.

Un mois après son élection, Emmanuel Macron est ainsi en passe de réussir.  Selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur, les candidats aux législatives de La République en marche (LREM) ont recueilli 32,32 % des suffrages, s’imposant de très loin comme la première force politique du pays. Avec un tel niveau, répété en boucle à la télévision et à la radio, la majorité présidentielle pourrait disposer de 415 à 455  sièges sur les 577 en jeu. Une véritable «révolution orange» à la française, un coup de maître. «Malgré l’abstention, [ il l’a quand même dit ! ], le message des Français est sans ambiguïté,»a estimé Edouard Philippe dans une déclaration donnée depuis Matignon. «Pour la troisième fois consécutive, vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du président de la République.»

Le Front National, qu’on ne commentera pas plus pour ne pas tirer sur une ambulance, est crédité de 13,2 % des suffrages, un score équivalent à celui de 2012, soit huit points de moins qu’à la présidentielle. Le FN n’aura pas de groupe et il semble qu’il sera financièrement laminé.

De cette assemblée croupion, de la vieille gauche, il ne restera que des miettes : 11,02 % des voix pour la France insoumise, 2,72 % pour les communistes, soit entre 8 et 18 sièges, l’extrême-gauche faisant maintenant jeu égal avec les candidats du Parti Socialiste qui, avec ses alliés (EELV et PRG), sont crédités au total de 13,81 % des voix.

Les législatives 2017 achèvent un processus électoral engagé à l’automne dernier avec les primaires. Ce fut près d’un an de campagne ininterrompue qui semble avoir épuisé autant la classe politique, médiatique que les Français et presque une bonne nouvelle, en raison de ce qu’ils sont devenus, on n’aurait pas plus vendu de journaux que cela !

La leçon a tirer de ces élections est par contre bien occultée. Elle est pourtant bien claire : c’est le “dégagisme“, la seule théorie politique d’actualité avec le proudhonisme. Qu’ils dégagent donc tous !

Ils auront tout fait pour se maintenir au pouvoir en usant du spectacle et de la jeunesse d’un candidat. Il ne reste plus maintenant qu’à verrouiller la société civile et le tour pourrait être joué pour cinq ans. Vraiment ? Le cinquième tour se passera-t-il dans la rue ? Ou veut-on retourner à la Monarchie absolue ? Faut-il relire Maurras ?

 

  1. Antiquus
    Antiquus13 juin 2017

    Bien sûr qu’il faut relire Maurras. Non pas parce qu’il justifierait la monarchie “absolue” (qui n’a jamais existé au sens que donnent nos contemporains à ce mot) mais parce que Maurras a bien compris comment fonctionnait le suffrage. Citons:”: Une voix raisonnable et intime souffle à l’électeur : “Tu n’es pas le souverain. Hâte-toi de démissionner.” et aussi:””Le suffrage universel ne fournit jamais que de l’inertie. Il ne peut donc créer une autorité, il ne peut que la consentir ou la ratifier. C’est d’ailleurs ce qu’il fait toujours, qu’il s’agisse d’une autorité d’émeutier, de celle d’un général victorieux ou de la royauté dans la cathédrale de Reims.”

  2. Saint-Martim
    Saint-Martim13 juin 2017

    Aujourd’hui, le pouvoir exécutif du président de la République française est quasi nul : Bruxelles décide des orientations (budgétaires, monétaires, frontières, commerce, armée sous contrôle de l’OTAN, droit des minorités, accueil des réfugiés etc etc) et les Etats sont obligés d’appliquer sinon c’est condamnation + amende.

    L’élection présidentielle sert donc uniquement à renforcer ou non le mandat bruxellois, donner légitimité à cet UERSS (Union européenne des républiques sans souveraineté – mon terme que j’offre au monde !) de nous dicter la conduite à suivre.

    Le salut passera par le nationalisme ; le projet européen de multiculturalisme rappel le passage de la Bible sur la Tour de Babel : tout le monde veut atteindre le sommet mais sans cohésion tout le système s’écroule.

    L’UERSS souhaite effacer les identités pour mieux régner ; la réforme des départements/régions/communautés d’agglomérations n’est pas le fruit du hasard mais s’inscrit dans un agenda bien défini. Rappelons aussi qu’une forte centralisation nuit à l’auto-détermination des peuples comme l’a compris les pères fondateurs américains qui ont lourdement insisté sur la nécessité de décentraliser leurs institutions.

    Tout citoyen natif d’Europe ferait mieux de faire connaissance avec le projet Coudenhove-Kalergi qui valide à lui seul la “théorie du complot” du “grand remplacement”, ce “fantasme” de “l’extrême droite haineuse”.

    Sinon, oui, il faut relire Maurras et jeter Michelet aux oubliettes. La Révolution française, victoire des cosmopolites sur le peuple sédentaire, marque le début du projet de destruction de la France.

    Pour finir, rappelons aussi que les Grecs avaient bien compris que l’élection est un système aristocratique et non démocratique. S’attendre à un quelconque changement venant de ce système est, au mieux, très naïf.

  3. Guillaume
    Guillaume15 juin 2017

    On peut pondérer le marcionisme en rappelant qu’avec plus de 51% d’abstentions, ce ne sont que 15% des inscrits sur les listes électorales qui ont voté REM. A l’échelle de la population entière, le pourcentage est encore moindre. Le constat est tout aussi vrai pour les autres partis.

    Mais, par un système électoral complètement aberrant dont la France à le secret (et qui change très souvent), ces 15% vont se changer en 400 députés aux ordres (à vérifier si, comme le prétendent certains, les candidats REM ont du signer un contrat dans lequel ils s’engagent à ne pas voter contre les initiatives et lois du gouvernement). A la limite, pourquoi une Assemblée peuplée de clones ?

    Il faudrait se rappeler que l’inspiration de la Vème Réspublique a été le système politique finlandais (les juristes se rappelleront des brillantes explications de feu le doyen Vedel). Là bas, le président a presque autant de pouvoirs que celui de France (puisque c’est l’inspiration directe). Mais il ne peut exercer plus de deux mandats (de quatre ans, me semble-t-il), sachant que élections présidentielles et législatives ne sont pas couplées comme ici.

    Le Parlement (chambre unique) est élu à la proportionnelle intégrale. Ce qui oblige a former des coalitions de partis. Tous les pays d’Europe du Nord fonctionnent ainsi et il est naturel que deux ou trois partis forment une coalition de gouvernement, certains soutenant de l’extérieur sans faire partie du gouvernement (comme le Parti du Peuple Danois au Danemark). Le premier ministre finlandais est donc l’émanation d’une coalition. Il a une réelle légitimité et un poids réel face au Président. Il n’est pas désigné par le Président. Il s’impose à lui par sa majorité parlementaire et le Président ne peut que le confirmer. Il a donc une assez grande latitude d’action face au Président, et peut même aller contre les choix du Président, ce qui paraît normal à tous les électeurs finlandais.

    A ceux qui, ici, passent leurs journées à stigmatiser le système des partis façon 4ème République, on peut répondre que la Finlande a la même constitution depuis plus depuis bientôt cent ans, et ce même dans les pires moments de l’histoire de ce jeune pays (Seconde Guerre Mondiale, “finlandisation”). Comme quoi un système politique réellement équitable, équilibré, et stable peut emporter l’assentiment de tous les habitants d’un pays … à trois heures d’avion d’ici.

Répondre