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La Grèce toujours dans la tourmente

Grece Antique Parthenon

La Grèce toujours dans la tourmente

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

La Grèce vient d’obtenir à l’arrachée une nouvelle aide de 8,5 milliards de l’Union Européenne hier.

Faute d’indications sur l’allégement de la dette publique du pays qui représente 180 % du PIB, le ministre des Finances grec avait refusé au début du mois de juin la proposition d’accord de l’Union européenne et du Fonds Monétaire International et le ministre grec des Finances s’était dit prêt à tenir la même position au prochain conseil de l’Eurogroupe, le 15 juin prochain. Il avait raison : les bailleurs de fonds du pays s’étaient engagés à ouvrir le débat sur un allégement de la dette grecque si la Grèce adoptait un nouveau train de mesures de rigueur, ce qui avait été voté en mai.

Dans ce bras de fer gréco-allemand, Euclide Tsakalotos fait face à Wolfgang Schauble, l’inflexible ministre germanique des Finances qui refuse de porter tout projet d’allégement de la dette grecque au Bundestag avant les élections de septembre. Le chantage allemand avec la Grèce est devenu permanent. De son côté, le FMI exprime de plus en plus son désaccord avec l’Allemagne allant même jusqu’à menacer de se retirer du programme de mise sous tutelle de la Grèce. La Grèce sera encore à l’ordre du jour du sommet européen du 22 juin. En fait, la Grèce doit rembourser 7,4 milliards d’euros début juillet, une échéance qu’elle ne pouvait honorer sans cette nouvelle tranche d’aide de ses créanciers. C’est ce qui vient d’être fait. Dans toutes ces tergiversations de banquiers, le peuple hellénique demeure totalement appauvri et complètement dépouillé mais il garde la tête froide. Il a encore beaucoup de ressources .

Le système financier européen a fait de la Grèce un laboratoire d’expérimentation économique. Le résultat des différentes politiques d’austérité a conduit le pays à la catastrophe. En Grèce, le système de privatisation de l’endettement public a dépossédé les Grecs de leurs moyens de production après avoir sciemment organisé la corruption de ses élites par la banque Goldman-Sachs. Il a créé artificiellement un déficit abyssal en faisant vendre à l’encan l’ensemble des services publics.

Aujourd’hui, la jeunesse qualifiée n’a plus aucun espoir d’envisager son avenir dans la péninsule hellénique. Continuer à croire que tout cela ne relève que de la «nature» corrompue des Grecs ou de leurs incompétences, voire même de la faute à «pas de chance» procède de la même volonté d’auto-aveuglement face à la pulsion destructrice du nouveau capitalisme mondial. Il faudrait en effet ne pas croire que les affaires de la Grèce ne seront pas celles demain de la France. Nous sommes tous liés à la Grèce, comme nous le sommes pour la politique internationale européenne à l’Ukraine.

En attendant, la Grèce continue de se battre seule contre les immigrés et malgré tous les plans d’austérité, elle est de nouveau entrée en récession même si l’on parle subrepticement d’une remontée de la croissance en janvier . La Commission européenne dit tabler maintenant sur une croissance pour l’année 2017 alors qu’elle a d’ores et déjà révisé à la baisse sa prévision, de 2,7% à 2,1%.

C’est pour pouvoir bénéficier d’une nouvelle tranche de prêts internationaux qui ne lui permettront que de rembourser ses prêts précédents que l’assemblée nationale grecque avait accepté, à contrecœur, de voter le 18 mai une nouvelle série de mesures d’austérité. Ces mesures qui concernent 2019 et 2020 – soit deux ans de plus que le plan en vigueur qui s’achève en 2018 – prévoient de nouvelles hausses d’impôts, et des baisses des retraites d’un montant total de 4,5 milliards d’euros. Ces nouvelles concessions sont supposées faciliter l’ouverture d’une discussion avec les créanciers du pays sur l’allègement de la dette publique. En prélude à ce vote, pour protester contre ce nouveau tour de vis, les syndicats du privé et du public (GSEE et Adedy) avaient appelé à une grève générale de 24 heures le 15 mai qui avait été largement suivie.

Dans un éditorial signé Laurent JoffrinLibération  a interpellé Emmanuel Macron sur la dette de la GRECE. Joffrin demande d’annuler purement et simplement la pseudo dette des Grecs qui n’est que le résultat des turpitudes des banques grecques et non du peuple grec. Les prêts consentis aux Grecs vont directement en réalité dans la poche des banques tandis que les salaires, les retraites, les hôpitaux, les services sociaux sont dynamités. Supprimer la dette grecque, l’annuler purement et simplement, comme on avait supprimé en son temps la dette de certains pays africains et latino-américains serait en tout cas se heurter de front à l’Allemagne et à son conservatisme. Macron en est-il capable ? Ou la France sera-t-elle le prochain laboratoire des banksters ?

Il est en tout cas surprenant de voir Bruno Le Maire reprendre les préconisations de Yannis Varoufakis si longtemps après. C’est que les symptôme du malade sont sans doute trop près t de l’agonie pour ne pas intervenir de manière énergique, la Grèce n’en pouvant plus de tant de misères, de suicides, de morts et de découragement.
Nikos Vertis, chanteur grec populaire.

 

Illustration : le Parthénon, dédié à la déesse Athéna Parthénos, protectrice de la cité et déesse de la guerre et de la sagesse.

 

  1. Alain
    Alain17 juin 2017

    Que l’on cesse d’utiliser le langage mensonger de la Troïka, ce n’est en rien une nouvelle aide, c’est le refinancement d’une aide venue à échéance ! Si on en faisait un emprunt perpétuel que la Grèce rembourserait au fur et à mesure de ses moyens, on aurait plus toute cette comédie

  2. pierre colosso
    pierre colosso20 juin 2017

    la Grece n’ a pas le choix : soit elle suit les directives europeennes, seul moyen pour sortir par le haut de cette spirale avec il est vrai pas mal de souffrances (mais l’Espagne et le Portugal sans compter l’Irlande en ont bavé aussi mais sortent ou sont sortis du marasme), soit elle sort de l’euro, de l’Europe et se vend aux Chinois et aux Emirats…
    Un choix difficile mais evident s’ils se sentent europeens !
    Qaund a separer le peuple des banques c’est un peu facile !

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