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Pourquoi pas l’Empire européen ?

Europe Empire

Pourquoi pas l’Empire européen ?

Gustin Sintaud ♦

A l’heure où la ridicule ébauche d’Europe Unie ne peut plus dissimuler sa vanité conceptuelle d’ensemble économique et marchand, ni sa totale inanité à exister vraiment pleinement, à durer, à se faire respecter comme puissance, se font entendre d’autres envies d’Europe -état, d’Europe puissance, indépendante, maîtresse de son destin, protectrice de ses réalités culturelles. Alors, pourquoi ne point oser rêver d’Empire européen plutôt que se tourner frileusement vers une Europe fédérale ou penser à une vague confédération de nations-états européenne ?

La proposition de fédérer entre elles les nations d’Europe n’est qu’imagination peu sérieuse, agitée dans l’urgence après le désolant constat d’échec cinglant du mirage de l’Union Européenne avec ses erreurs conceptuelles, la lourdeur et la complexité de tous ses règlements souvent mal adaptés, ses décisions déplorablement improductives, parfois castratrices….

Elle se fonde sur l’élément contestable de l’État-nation

Certes, dans cette projection, la liberté de chacune des composantes de l’amalgame serait, à priori respectée, et semblerait pouvoir s’exprimer, mais seraient en même temps juxtaposées les différences affirmées de chacune comme irréductibles, rendant absurde le beau rêve initial de possible harmonisation entre tous ces sujets potentiels de friction, de discorde, toutes ces sources de désaccords, de conflits, exactement semblables à ceux-là mêmes que l’idée estimable de construction européenne devait rendre définitivement impossible.

Le concept d’État-nation repose surtout sur la fiction de l’homogénéité d’un peuple, d’un territoire, d’un gouvernement central. La réalité de l’État-nation est marquée par toute une sclérose due à sa difficile gestation, son intransigeante volonté d’originalité unitaire, son sens de spécificité inaliénable. L’État-nation ne peut donc constituer un socle confortable à une structure politique européenne ajustée aux besoins vitaux de tous les Européens réunis par-delà leurs particularités, quand bien même ils auraient totalement pu gommer de leurs réflexes primaires, de séculaires ressentiments, leur solide antagonisme historique, méchamment exacerbé par la seule conception de nationalisme étroit. L’État-nation, avec son drapeau différenciant, son hymne vindicatif, ne fut que culture de violent chauvinisme, interdisant violemment tout rêve d’unité ethno-culturelle, de rassemblement harmonieux.

Par-delà les miasmes des néfastes effets de l’État-nation, l’espoir de nécessaire rassemblement de l’Europe à venir peut se nicher dans la projection d’Empire européen.

En cette novatrice suggestion, totalement lavée de tous les encombrants relents historiques qui pénalisent la valeur sémantique du mot : empire, cet Empire envisageable pour notre Europe n’aura rien de commun avec ses référents précédents : d’une part, l’Empire, semble naître du fait de l’extension du pouvoir à travers l’espace ; il repose souvent sur la diversité en gouvernant de manière différente des peuples différents ; dans ce cas, il est tiraillé entre la volonté politique d’étendre son contrôle territorial et un contexte où les peuples vivent des réalités socio-culturelle variées.

D’autre part, cet Empire envisageable pour l’Europe n’aura rien de commun avec l’empire colonial qui anima, durant des siècles et sur des millénaires, des États dans une expansion effrénée vers des territoires à conquérir, à soumettre, à exploiter, usant de tous les moyens pour dominer les espaces les plus vastes possible, d’abord à travers le « vieux monde », aux limites de toute la planète, ensuite.

Alors que s’imposa, sans vergogne, la seule raison du plus fort, s’énoncèrent parallèlement de pseudo-nobles desseins, fallacieux prétextes, de conversions religieuses salutaires ou d’urgente civilisation à apporter à des peuples sous-développés, sous-capables….

Après les empires perse, hellénistique,romain,arabe, mongol,ottoman, du XVéme au XXéme siècle, les empires portugais,hollandais,espagnol,britannique, français, russe et japonais rivalisèrent pour se partager le globe : le plus vaste empire colonial moderne, le plus puissant, mais aussi le plus impudent fut le britannique ; si l’Empire Français resta conséquent avant de disparaître en successives phases de décolonisation, l’Etat-nation France parade encore avec une présence territoriale sur tous les océans de la planète ; et toujours, encore aujourd’hui, de ses départements ultra-marins peuvent même s’exprimer d’acerbes contestations de « colonisés »….

L’Empire européen à concevoir, sans la moindre ombre coloniale, retiendra, de l’imperium romain, plus son sens de délégation de souveraineté que celui, initial, de pouvoir, de commandement et d’ordre à imposer, sans que ceci ne le prive de son pouvoir suprême. Rome aspirait à une homogénéité fondée sur une culture identifiable ; elle jouait dans le cadre de la lex romana sur l’attractivité de la possible obtention de la citoyenneté romaine offerte à des allogènes méritants.

Dans l’Empire romain d’avenir les peuples absolument européens y aspireront librement, pleinement par la seule volonté naturelle d’intégration constituante, hors cadre référentiel national pour souder un ensemble cohérent décidé à se réaliser comme puissance souveraine chargée de son avenir, de son destin commun ; l’imperium ne peut se prévoir sans commandement politique et militaire unique absolument accepté.

Finies alors des prétentions en concurrence, les intransigeantes frilosités nationales, les inopérantes protections étroites, toutes les différentes mesquines réserves qui ne survivent que pour préserver les reliefs d’un passé ridiculement inadapté aux défis contemporains bien morbides aujourd’hui ! Ce passé ne privilégie que superficielles particularités alors que l’avenir impérial de l’Europe ouvre résolument sur les multiples valeurs communes à tous, la même vision du monde, ferments de solidité et de durée. Un Empire européen ne peut que corriger des inégalités résistantes, sources de contestations légitimes, d’injustices destructrices, de rivalités bien incongrues, en proposant des lois impériales applicables sur tout l’Empire par lesquelles tous les citoyens sont également considérés.

Certes les esprits, assez semblables, à travers toute la grande Europe géographico-culturelle, ne sont point totalement prêts et aptes à se projeter si sainement pour ce devenir impérial, mais la sinistre incurie des tentatives européennes, la totale inefficience de l’Europe Unie qui se révélera jusqu’à son implosion prévisible, dans l’incapacité d’assembler de façon pérenne les vieilles nations européennes trop soumises à l’idée d’Etat-nation, et surtout de faire rêver à l’unisson tout le peule européen, laissera vite béante l’urgence de telle révolution des consciences .

La raison est en marche !

Toutes les vieilles structures et sous-structures de l’Union Européenne et des États-nations opiniâtrement conservatrices, commencent d’exploser et ne peuvent que disparaître bientôt, laissant libre place à d’autres choix inattendus, projet futuriste et perceptives constructives bien préférables à l’actuelle monstruosité.

  1. Creoff
    Creoff22 juin 2017

    “Parlez moi d'[empire] et je vous fous mon poing sur la gueule! C’est M MACRON qui rêve? Message subliminal?

  2. Alain
    Alain23 juin 2017

    Il faut arrêter de fumer la moquette. Certes l’UE est une construction adémocratique, faut-il pour autant aller encore plus loin en créant de fausses valeurs et vision communes?

    Rappelons que l’empire romain était dictatorial et n’a vu le jour que parce que César et surtout son neveu Auguste ont détruit la république.

    Rappelons aussi que la France n’a eu de cesse que de détruire l’empire hasbourgeois (l’Autriche-Hongrie) réellement multinational et l’avait baptisé “la prison des peuples”.

    Notons aussi que dans l’état actuelle des choses qu’un tel empire ne pourrait être qu’allemand et qu’il serait plus honnête d’en appeler au IVème reich. Comme dirait de Gaulle vaste programme qui répond sûrement à l’aspiration des peuples

  3. ARONDEL
    ARONDEL26 juin 2017

    Vieille rengaine de l’empire européen que la ”nouvelle droite” ressasse depuis cinquante ans, sans aucun succès. Cet empire, comme tous les empires, ne pourrait qu’être imposé aux peuples par un pouvoir non démocratique; David Engels, qui est partisan de la création d’un tel empire, a écrit, dans son ouvrage de 2013, que seul un nouveau ”principat”, c’est à dire en fait une dictature, pourrait fondre les peuples européens dans un même ensemble politique. Mais il semble que les peuples européens n’aient pas envie de cet empire coercitif; les partisans du projet impérial ne sont qu’une minorité infinitésimale et une nette majorité de nos compatriotes souhaite que notre Etat-Nation ait plus de pouvoirs qu’il n’en a aujourd’hui.

  4. Paul CIONI
    Paul CIONI2 août 2017

    Bonsoir,
    Je vous avouerai que je suis surpris par le caractère lyrique de cet article, à mille lieues d’un réel assez simple à exprimer, sinon à améliorer.
    Les commentaires, parfois virulents, ouvrent des pistes et il me vient l’envie de me défouler un peu.

    La construction de l’Europe, celle de Jean Monet et de ses successeurs, souffrait de deux tares de naissance : la peur de la démocratie et le mythe d’une prospérité par la “concurrence libre et non faussée”. Il se peut que j’en oublie. Sur le premier point : l’idée d’une Europe qui se construirait grâce à une série de faits accomplis institutionnels s’est fracassée sur la capacité des peuples à, finalement, réaliser que l’on se moquait d’eux et à la résurgence feutrée de nationalismes devenus, grâce à l’Europe justement, pour partie irresponsables. Pour ce qui est de la “concurrence libre et non faussée”, ses promoteurs européens avaient juste oublié que ce mythe ne vaut que si tous y adhèrent, y compris et surtout ceux que l’on n’appelle nos concurents que par politesse.

    Que reste t’il ? un conglomérat d’états-nation fragilisés, aux frontières incertaines et sans défense autre qu’offerte par l’étranger (les Etats Unis tant qu’ils veulent s’en charger), surchargés de règles aussi lourdes qu’inutiles, incapables de se défendre collectivement de la concurrence (restons polis) extérieure et qui, sous couvert d’unité se livrent à une concurrence interne suicidaire.
    Alors oui, l’Empire. Et alors, l’empire ? L’empire romain a été le début d’une autonomie des peuples, là ou la République romaine ne pratiquait que l’oppression à l’encontre de tout ce qui n’était pas romain. Mais le modèle le plus riche d’enseignement me semble être l’empire ottoman.

    En effet, l’Empire Ottoman mettait en œuvre pour les populations qu’il regroupait, deux axes d’autonomie :
    – un axe géographique , chaque pays agrégé possédait une large autonomie de décision pour la conduite de ses propres affaires. L’on n’imaginerait pas un vizir entreprenant de règlementer depuis Constantinople la taille ou la forme des concombres sur l’ile de Crète (suivez mon regard).
    – Un axe sociétal : le système des “millets” donnait aux communautés une autonomie interne transversale à celle des états. Les Albanais étaient jugés comme Albanais, les Juifs comme Juifs, et j’en passe.
    Il ne s’agit ni de prétendre qu’il s’agissait du paradis sur terre, ni qu’il faudrait reproduire ce système, mais de montrer que des espaces conceptuels existent.

    A l’inverse, il est des choses qu’un empire ne saurait déléguer, et en tout premier lieu : la défense, diplomatique, économique et militaire de ses frontières.
    Tant que l’Espagne ou le Luxembourg ne seront pas prêts à mourir pour Vilnius ou Talin, nous n’en sortirons pas. Et le fait que la France doive défendre ses chantiers navals d’un prédateur italien parce qu’il est le bras armé d’intérêts chinois est désespérant.

    De même un relatif équilibre des conditions économiques entre les divers régions est indispensable, si l’on veut éviter que perdurent les tensions internes catastrophiques que nous connaissons. La nécessité d’une harmonisation économique ne se négocie pas et ceci coutera aux plus riches dont nous sommes. Et alors? De même, la “loi du marché” est au mieux un fantasme, au pire une escroquerie. C’est à bon droit que les Etats agissent pour en freiner les dérives et c’est à l’Europe d’organiser cette modération par les états, au lieu de la combattre. Il ne peut s’agir d’une course aux travailleurs les plus pauvres.

    Oui, une Europe empire pourrait associer large autonomie des peuples et unité face à l’adversité.

    Resterait à définir ce qui nous unit. Peut être par nostalgie, peut être en nous comparant au reste du monde, je serais tenté de dire que ce qui unit l’Europe, ce qui justifie qu’on la défende, reste l’idéal de la démocratie athénienne.

    Que ceux qui en douteraient prennent le temps de prendre une mappemonde, (avec un planisphère delà marche aussi) une boite d’aiguilles de couleurs et qu’ils plantent une aiguille sur chaque pays ou une femme ne vaut pas un homme (mais éventuellement plus ou moins de pièces de bétail), sur ceux ou les dirigeants sont élus avec 98% des votants, ceux ou la corruption n’est un délit que si elle est exercée par un opposant, ceux ou l’apostasie est un crime puni de mort, ceux ou l’on enseigne dans les écoles, au nom de la liberté de croyance, que la terre a été créée en six jours il y a six mille ans par un vieillard qui s’ennuyait (ça, ce sont les Etats Unis)… j’ai du en oublier.
    Ce simple inventaire à la Prévert suffit pour que soient voués aux gémonies (sort peu enviable) les ORBAN ou les KACHINSKY de tout poil. Ils sont, à mon sens, les l’opposé absolu de ce qui fait l’essence même de l’Europe et qui justifie qu’on la défende.

    Ce sera tout pour ce soir et j’espère que nous pourrons en débattre.

    Paul

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