Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Gouverner et mourir pour Jérusalem

Conflits Du Moyen Orient

Gouverner et mourir pour Jérusalem

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Conspirationnisme ? Chacun reconnaît aujourd’hui que les Américains ont financé Al-Qaïda pour combattre les Russes sur le sol Afghan dans les années 70-80. Ce financement et cet entraînement suivaient une stratégie théorisée par l’ancien conseillé de Jimmy Carter qui vient de mourir Zbigniew Brzezinski.

Dans son livre-référence « Le Grand Echiquier », il exposait clairement l’objectif : créer une ceinture islamique autour de l’ennemi russe pour le repousser sur sa face orientale, pendant que du côté occidental, on tenterait de retirer l’Ukraine, « état pivot » stratégique, de sa zone d’influence afin d’asseoir une zone tampon. Pour Brzezinski, fidèle en cela de l’Heartland de Mackinder, sans l’Ukraine, la Russie ne saurait plus être un pays Européen. Un classique de l’eurasisme.

Mais ce qui était aussi intéressant dans ce livre de Brzezinski devenu culte, c’est que les États européens – France comprise – y étaient nommés clairement « états vassaux » des États-Unis tout comme le Japon catalogué comme un « protectorat américain ». Le stratège américain a toujours eu le souci de l’exactitude et c’est aussi pour cela que nous lui rendons indirectement hommage.

Quelques années plus tard et après la « fin de l’histoire » de Fukuyama, à un niveau intellectuel beaucoup plus modeste, Samuel Huntington théorisa une autre menace fantasmatique mais devenue bien réelle celle du « Choc des civilisations ». Huntington nous expliquait avec surprise (et pas mal d’ignorance) qu’il y avait sept ou huit civilisations sur Terre et que les Brésiliens à eux seuls en constituaient une nouvelle, confondant de fait mais sans doute volontairement pour des raisons bellicistes le mot « civilisation » avec celui de « culture ».

Les années 2010 ont vu apparaître une autre nébuleuse « terroriste » « Daesh » avec le retour d’une vieille utopie politique proche-orientale : le califat. L’acronyme de Daesh était au départ ISIS (qui sonne comme une double « intelligence service ») et c’est Laurent Fabius qui solennellement demanda aux journalistes d’user du terme « daesh » et d’oublier l’Isis. Il s’agissait d’attirer les extrémistes européens susceptibles de se fanatiser rapidement, les  délinquants de banlieue, les  immigrés désœuvrés en perte de repères déçus par l’hypocrisie de l’intégration multiculturelle. C’était une belle aubaine pour Israël par le lancement d’une  opération, « nid de frelons» qui permettra  à Tel Aviv de justifier une politique de frappes préventives sur à peu près tous ses voisins tout en fabriquant l’ennemi musulman à l’intérieur comme à l’extérieur, relayé dans l’esprit de l’opinion par les intellectuels organiques comme Alain Finkielkraut ou le romancier Houellebecq.

Quels intérêts servons-nous donc ? Que s’est-il passé depuis 1981 en France ?

Si nous avons mis la Russie de Vladimir Poutine sous embargo et avons perdu un partenaire économique de premier plan, ce n’est pas pour la promotion de la démocratie ukrainienne néo-nazie mais pour une question d’influence politique et d’intérêts stratégiques. Vladimir Poutine s’opposait à une intervention militaire en Libye, et s’oppose à l’éviction de Bachar El-Assad en Syrie, deux projets activement soutenus par Israël.

L’État israélien n’est pas libre : il est lui-même dans les mains du Likoud, parti d’extrême droite sioniste. Ces dernières années, la politique du Likoud a consisté à faire abattre un à un méthodiquement tous les « dictateurs laïcs » non alignés des pays arabes sous prétexte d’opérations de libération (« Freedom Irak », « printemps arabes », Libye, Yémen) pour substituer sur ces territoires arabes des guerres civiles ethnico-religieuses fratricides ayant pour but d’empêcher toute unité arabe activant le fossé entre sunnites et chiïtes. Les diviser pour régner.

Les alliés occidentaux et l’entreprise française Total sans Christophe de Margerie  ont bien sûr retiré des effets secondaires bénéfiques de leurs participations bellicistes. Dans de tels échanges de bons procédés, c’est souvent donnant donnant : on aime les marchands de tapis en Orient. Ce seront ainsi de juteux contrats d’exploitation des matières premières (pétrole libyen et irakien), des ventes d’armement ( pour l’Arabie Saoudite), la reconstruction au bénéfice de multinationales (Liban) puis une immigration massive et artificielle organisée par des ONG (les réfugiés de la zone sahélienne) .

Nous ne sommes plus tous palestiniens. Nous sommes Likoud. Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien avait déclaré après les attentats en France « maintenant la France est au coude à coude avec Israël ». En clair, la France vit dans la même réalité qu’Israël. Par la force des attentats et de l’état d’urgence et par le redéploiement géostratégique à venir de Donald Trump, Israël va devenir le foyer, l’« allié » incontournable au centre du jeu géostratégique planétaire.

Illustration : Israël est devenu le creuset des conflits du Moyen-Orient

 

Répondre