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Un héros est mort. Les porcs grognent

Victor Barrio 2012

Un héros est mort. Les porcs grognent

Javier Portella♦

C’est de nouveau arrivé. Quelques semaines avant le premier anniversaire de la mort de Victor Barrio, torero mort l’année dernière à Teruel, en Espagne, c’est encore une fois arrivé. Cette fois-ci, cela s’est passé dans le Midi de la France, ce Midi devenu plus taurin que bien des régions de l’Espagne : à Aire-sur-l’Adour, près de Bayonne, où Provechito (« Petit profit », en espagnol), un taureau de l’élevage de Baltasar Ibán, a tiré profit des circonstances pour, dans une passe de cape donnée par un autre Ivan – Fandiño est son nom, et le grand art de la tauromachie son trait d’honneur –, l’écorner et lui traverse la poitrine.

Et comme d’habitude, toujours la même rengaine. Une fois mort le héros, les porcs, ne sachant pas que faire d’autre avec leurs vies misérables, se sont de nouveau agités, grognant et célébrant dans les porcheries des réseaux sociaux le coup de corne qui a tué le torero.

Que le troupeau angélique soit pourtant rassuré

Si rien ne change, si le culte à ce qu’il y a de plus bête et bas, si la préférence pour la bête plutôt que pour l’homme, si la haine pour tout ce qu’il y a de grand, de risqué, d’héroïque devait rester tel quel, le sang ne coulera plus dans quelques années sur les arènes.

Le sang animal, veux-je dire : le seul qui les inquiète. Il ne coulera alors que dans des abattoirs industriels ou dans une France islamisée pour la fête du sacrifice Le sacrifice du bétail étant caché et enfoui, les animalistes n’auront plus rien à dire lorsque les abominations de l’élevage industriel iront de pair avec les cruautés du sacrifice sans étourdissement propre au système hallal que la majorité musulmane de la population aura déjà alors imposé.

Quand ? Le texte suivant le prévoit – et peut-être qu’il ne se trompe pas trop – pour l’année 2041. Il s’agit d’une dystopie extraite de mon roman 2048 : le retour d’Hitler, qui, déjà paru en espagnol, est dans l’attente de trouver bientôt un éditeur français.

Voici ce texte ici reproduit pour le plus grand honneur, tranquillité et jouissance du troupeau animaliste qui grogne aujourd’hui en rendant hommage à la Mort :

« En l’année 2041, les campagnes lancées depuis longtemps par les associations des droits de l’homme et des animaux contre les corridas, ont atteint tous leurs objectifs. En cette année, les dernières arènes qui restaient encore ouvertes, la Real Maestranza de Séville, ont fermé leurs portes.

Interdit depuis lors le sacrifice public de toute sorte d’animaux, la fête des taureaux allait cependant recommencer en 2045, année où il a été développé un prototype de taureau artificiel qui, bougeant de façon articulée grâce à un sophistiqué système informatique, reproduit presque à la perfection les mouvements des bêtes qui jadis étaient élevées en pleine campagne et dont la race a été définitivement anéantie.

Malgré sa nature mécanique, les mouvements et les attaques du taureau sont aussi imprévisibles qu’étaient ceux accomplis jadis par ses frères naturels. Chacune des bêtes qui sont aujourd’hui torées est programmée au préalable par le mayoral (le responsable de l’élevage), fonction qui est actuellement assurée par un ingénieur informaticien. Cette programmation est toutefois de nature aléatoire, de sorte que le mayoral ignore si, du fait de ses opérations, c’est un taureau pourvu ou dépourvu de bravoure qui apparaîtra sur les arènes (de belle taille et aux cornes bien affilées ils le sont tous au moment de sortir de l’usine).

Il peut arriver aussi que, malgré les soins apportés à la programmation informatique du taureau, celui-ci soit défectueux. Dans ce cas, le Président ordonnera qu’il soit rendu à son enclos et remplacé par un autre taureau qui, de ce fait, est connu comme sobrero. Pour ce faire, le mayoral emploie sa commande à distance, avec laquelle il transmet à la bête les impulsions nécessaires pour qu’elle rentre dans l’enclos sans qu’il faille faire appel aux anciens bœufs sonnaillers.

Dans la fête proprement dite tous les éléments constitutifs d’une corrida à l’ancienne ont été reproduits de la façon la plus scrupuleuse. La bande de musique joue des pasodobles pleins d’entrain, les toréros et leurs quadrilles revêtent leurs flamboyants habits de lumières, le combat avec chaque taureau se déroule en trois phases appelées tercios, à la fin de chacune desquelles le public récompense le combat du torero en lui accordant une ou deux oreilles en matériel synthétique, ou bien il le blâme très bruyamment en reprouvant la façon dont le combat s’est déroulé.

Seuls les instruments employés tout au long de la corrida ont éprouvé un léger changement : les capes, les muletas, les banderilles, les piques et les épées sont équipées de micro-caméras pourvues de cellules photovoltaïques dont les radiations, lorsqu’elles entrent en contact avec celles émises para la bête, font que celle-ci attaque les capes et les muletas, aille à l’encontre des banderilleros et se précipite vers les chevaux (également mécaniques) montés par les picadors pourvus de longues piques.

Ont disparu, il va sans dire, les sanguinaires épisodes où une pique, des banderilles et une épée blessaient ou tuaient l’animal. Ce n’est pas pourtant que de telles actions aient été éliminées. Il y a une seule différence : l’habilité des picadors, la dextérité des banderilleros et l’art du matador consistent en ceci que les anciens instruments de torture réussissent à s’insérer avec précision dans l’orifice qui leur est assigné. C’est ainsi que lorsque le picador a introduit sa pique dans le trou qui lui appartient, l’attaque du taureau se voit freinée, tandis qu’un liquide rougeâtre coule sur son dos. De même, lorsque les banderilles sont correctement insérées dans leurs six orifices, elles se tiennent à leur place ; lorsque le maestro parvient à enfoncer l’épée dans le dos de l’animal, un mécanisme se met en branle qui fera que le taureau roule, mort, sur l’arène.

Mais ce ne sont pas seulement les taureaux qui ont été délivrés des tortures qui leur étaient pratiquées aux temps caducs. Ont également disparu les accidents que souffraient les humains et les humaines (il faut en effet souligner que, grâce à ces nouvelles mesures, le nombre de toreras a considérablement augmenté, étant devenu même plus grand que celui de ses congénères du genre dit masculin). Il peut en effet arriver que le torero ou la torera, n’ayant pas mesuré adéquatement l’impulsion de la bête, soient accrochés par les cornes de celle-ci. Pas de crainte, pourtant : si un tel contretemps se produit, le taureau émet un sifflement et une lumière rouge s’allume sur son museau, en même temps que son attaque est freinée en sec.

Dans ce cas (et indépendamment de la valeur ou de l’art montrés tout au long de la faena), le matador ou la matadora ne pourront pas obtenir, comme récompense, l’oreille du taureau. Cependant, puisque ses cornes aiguisées se seront repliées dès qu’elles seront entrées en contact avec le torero ou la torera, ni elle ni lui ne pourront souffrir le moindre dommage dans leur intégrité physique ».

 

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