Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Histoire des droites en France de 1815 à nos jours

Histoire Des Droites En France Bandeau

Histoire des droites en France de 1815 à nos jours

Gilles Richard est l’auteur d’une Histoire des droites en France de 1815 à nos jours aux éditions Perrin.  Couvrant plus de deux siècles d’histoire politique , l’ouvrage de Gilles Richard évoque les partis et leurs métamorphoses, tout en scrutant les cultures politiques et en pointant les grandes mutations.

histoire-des-droites-en-france-livreDoit-on, pour évoquer la droite française, conserver le singulier ou opter pour le pluriel ? Dans cet ouvrage novateur, Gilles Richard opte résolument pour la seconde option, en insistant sur le pluralisme d’une mouvance qui joue un rôle éminent dans la vie politique de la nation. Un pluralisme fils de son époque. Car la société française a, depuis 1815, connu d’impressionnants bouleversements. Si droite et gauche, au XIXe siècle, s’opposent sur la question du régime – la République -, le clivage est, au siècle suivant, devenu social. La République victorieuse doit-elle demeurer « libérale » comme le voulait Jules Ferry, ou bien devenir « sociale » comme le proclamait Jean Jaurès ? Doit-elle opter pour la laïcité ou maintenir les droits de Dieu dans la cité ? Ces enjeux revêtent aujourd’hui encore une brûlante actualité, d’autant que si les gauches sont en miettes, les droites sont devenues hégémoniques. Sans être pour autant unies : la question nationale a ressurgi, opposant la droite néolibérale et la droite nationaliste, les « mondialistes » et les « patriotes », comme Marine Le Pen aime à le répéter.

Cet ouvrage offrira toutes les clés aux citoyens qui souhaitent comprendre les tenants d’une évolution surprenante et encore largement méconnue, plus de deux siècles après que la Révolution a consacré la souveraineté du peuple. Une synthèse précieuse à l’heure où la droite peut une nouvelle fois prétendre à l’exercice du pouvoir.

Dans la lignée de cet ouvrage, dans un article de Libération en date d’avril 2017, Laure Équy évoquait les derniers vicissitudes de la droite subies au cours de ces dernières années.

«Les responsables de LR se divisent,durant cet entre-deux tours, sur la stratégie à adopter. Cela ne traduit-il pas des fractures plus profondes?

Le parti se heurte aux limites stratégiques de Sarkozy. Après le 21 avril 2002, l’idée était de bâtir avec l’UMP un grand parti néolibéral qui rassemble les familles de droite–gaulliste, radicale, démocrate chrétienne, etc. Mais Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur,vient semer le trouble au sein de cette«Maison bleue» voulue par Juppé: il va introduire un discours identitaire pour attirer l’électorat frontiste, tout en refusant l’alliance avec le FN qu’il combat ouvertement, y compris en affrontant Jean-Marie Le Pen dans deux débats télévisés. Néolibéralisme, acceptation de l’Europe et de la «mondialisation» et d’autre part discours de repli sur l’identité de «la France éternelle»–deux éléments difficilement conciliables. La synthèse a fonctionné en 2007, mais Sarkozy profitait alors des faiblesses de Jean-Marie Le Pen qui a mené–mal–la campagne de trop. Le FN, conquis par Marine Le Pen, repart à la hausse à partir de 2011.

François Fillon a-t-il tenté de poursuivre cette stratégie Sarkozy ?

A une nuance près: après la Manif pour tous, il a adapté le discours identitaire pour le tourner vers la droite catho traditionaliste. Mais la contradiction demeure au cœur de ce positionnement. L’élimination de la droite aux présidentielles en a été un puissant révélateur. Le temps de la décomposition est venu.

Qu’est-ce qui pourrait encore faire tenir le parti LR ? Plus rien! Sauf les élections qui forcent les dirigeants à trouver un compromis pour ne pas se déchirer tout de suite. Mais, en soi, l’union n’est plus possible, on a atteint un seuil qui oblige à trancher entre «l’identité heureuse» de Juppé et la vision de la France de Sens commun. Si la droite a toujours traversé des crises, comme sur Maastricht en 1992, pourquoi serait- elle aujourd’hui condamnée à l’explosion? L’Europe et la question nationale font effectivement un clivage depuis le milieu des années 80. Cela a commencé lorsque le RPR de Chirac a abandonné le gaullisme pour rallier le néolibéralisme, alors que ce dernier prônait, à la création du parti en 1976, un«travaillisme à la française». Puis Chirac accepte l’Europe–il place Juppé deuxième sur la liste de Simone Veil aux européennes de 1984– et se rallie à la vision du monde de l’UDF giscardienne. Petit à petit, la brèche s’est élargie à droite, malgré la fusion en 2002 du RPR et de l’UDF dans l’UMP, rebaptisée Les Républicains en 2015. Mais LR, comme le PS d’ailleurs,a épuisé son capital ! L’organisation d’une primaire n’a donc pas permis de clarifier les lignes… Elle a même donné la preuve que les contradictions internes sont tellement insolubles qu’on doit chercher un arbitre extérieur. Et le clivage droite-gauche,qui a structuré la vie politique française depuis la Révolution, n’est plus un élément dominant aujourd’hui, car il n’est plus porté par des forces politiques assez puissantes.

Comment cette recomposition peut-elle se passer?

Les partis ne meurent jamais… Ou plutôt ils mettent un temps fou! Un bout de LR va sûrement perdurer, comme un bout du PS, mais ce seront de petits partis satellisés par deux grandes forces, En marche et le Rassemblement bleu Marine. Par ailleurs, il y a une logique à ce que l’UDI, les juppéistes et les vallsistes fusionnent autour d’En marche: c’est l’aboutissement de trente ans d’histoire politique. On est arrivé au bout d’un cycle.»

Ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud et agrégé d’histoire, Gilles Richard est professeur d’histoire contemporaine à l’université Rennes 2 et membre de l’UMR CNRS « Arènes ». Spécialiste de l’histoire des droites, il a publié et dirigé de nombreux ouvrages sur les forces politiques et le système partisan en France dont une Histoire de l’UDF, récemment publiée aux PUR.

Histoire des droites en France (1815 – 2017) , de Gilles Richard, aux éditions Perrin, Essais, 592 pages, 27€.

 

Répondre