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Les populismes. Flux ou reflux ? Éditorial du numéro 14 de “Conflits”

Conflits Bandeau 14

Les populismes. Flux ou reflux ? Éditorial du numéro 14 de “Conflits”

Éditorial de Pascal Gauchon ♦

Il y eut le Brexit et l’élection de Trump. Puis les élections autrichiennes où le représentant du FPÖ échoua de peu. Et les présidentielles françaises où les candidats classés comme populistes atteignirent plus de 40% des voix au premier tour. Les coups de boutoir des populistes sont-ils en train de saper les murailles de ce qu’ils appellent le « système » ?

Curieux terme que celui de « système ». Il paraît encore plus vague que celui de « populisme », il permet aux critiques d’assimiler ce dernier à un mouvement inconsistant qui part à l’assaut d’une chimère à coups d’arguments approximatifs et grossiers – une sorte de Don Quichotte monté sur Sancho Panza.

Pourtant il existe bien une convergence des intérêts et des élites.

Voyez tous les scrutins que nous avons évoqués : les syndicats de patrons et de salariés, les présidents d’université et les mouvements étudiants, la grande presse et le showbiz, les obédiences maçonniques et les représentants des religions, les partis socialistes et libéraux… les voilà tous unanimes, tous mobilisés (1). Ces organisations que tout oppose parlent alors d’une même voix. N’est-ce pas avouer que le terme de «système» n’est pas dépourvu de signification ?

Tentons dès lors de le définir : une société composée d’organisations et de communautés qui, avec le temps, ont établi entre elles des compromis (les populistes parleraient de compromissions), chacune régentant un territoire comme un fief que les autres lui reconnaissent. On peut voir dans cet équilibre la preuve d’une société intégrée, apaisée et démocratique. Sauf que la grande masse de la population est censée faire confiance aux dirigeants de ces organisations – les « élites » – et rester silencieuse.

Le « système » peut se défendre.

Réagissant en bloc, il avait déjà forcé Tsipras à se déjuger. Il a contenu les populistes lors des dernières élections en Europe, ainsi aux Pays-Bas ou en France, avec comme principal argument la peur de l’inconnu. Nul doute que ces résultats encourageront l’abstention, arme suprême. Au Royaume-Uni, les adversaires du Bréxit n’ont pas renoncé à le faire capoter en jouant sur le temps. Aux États-Unis, les élites ont réussi à paralyser les premières initiatives de Trump – manifestations hostiles, révolte des grandes villes contre les décrets sur l’immigration, protestations des patrons de la Silicon Valley, action des juges, attaques de la presse. Et l’on a vu Donald Trump revenir sur une partie de ses engagements, du moins pour l’instant. Qu’il change encore d’avis et la procédure d’impeachment sera enclenchée. Si la menace devient trop forte, on peut toujours modifier le mode de scrutin comme certains l’ont suggéré après le Bréxit. D’ores et déjà le référendum est discrédité, assimilé à la «fausse démocratie»: en 2005 le vote très clair des Français et des Néerlandais avait été modifié par un tour de passe-passe et déjà on se prépare à jeter aux poubelles de la démocratie la consultation plus modeste de juin 2016 sur la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Le « système » peut être rassuré. Les populistes sont divisés (entre gauche et droite), leurs moyens limités, leur capacité à diriger incertaine, leurs maladresses surprenantes. Ils ont été contenus partout ou presque. Un immense « ouf ! » a retenti. Ce soulagement se double d’une arrogance qui ne se dément pas (2).

N’ont-ils pas compris que c’est ce mépris qui nourrit la colère ? Que les causes profondes du surgissement du populisme n’ont pas disparu ? Et qu’après le reflux peut revenir le flux ?

1. La cohésion du « système » n’est pas toujours aussi nette qu’elle l’a été en France. Au Royaume-Uni, la grande presse n’est pas monochrome. Aux États-Unis, le monde des affaires s’est divisé à propos de Trump et une partie des Églises l’a soutenu.
2. Voir Jacques Séguéla sur C News, évoquant la supériorité de la France des villes – il avait d’abord parlé de « la France d’en haut ». À noter aussi Christophe Barbier expliquant que les éditorialistes sont des « tuteurs sur lesquels le peuple, comme du lierre rampant, peut s’élever » (Journal du Dimanche, 14 avril). Ou Lord John Kerr, sous le coup du Bréxit : « Nous, Britanniques de souche, sommes si stupides que nous avons besoin d’une injection de gens intelligents et jeunes venus de l’extérieur. » Ou encore James Traub dans Foreign Policies (28 juin 2016) : « Il est temps que les élites se dressent contre les masses ignorantes. » Provocation ou inconscience ?

Pascal Gauchon : Historien de formation, j’ai été amené à me spécialiser en économie, puis en géographie. Par ailleurs, je suis venu à l’écriture par l’enseignement. J’en garde le souci, dans les ouvrages que je rédige et que je fais rédiger, de l’utilité : pas de prétention “scientifique”, pas d’originalité de principe, mais le souci de publier des livres efficaces. Je dirige la collection Major aux PUF depuis 1992.

Au sommaire de ce numéro de Conflits :

conflits-14-populismesÉDITORIAL

Le populisme. Flux, reflux, flux ?, par Pascal Gauchon

ENTRETIEN

Jean-François Kahn. Le populisme jugé par un anticonformiste

PORTRAIT

Viktor Orban, l’éternelle rebelle, par Frédéric Pons

ENJEUX

Colombie, une guerre de cent ans, par Tigrane Yégavian

Les conversions, un défi géopolitique, par Jean-Baptiste Noé

Mais qui contrôle le ciel de la mondialisation ?, par Jean-Yves Bouffet

Pour en finir avec le “gaullo-mitterrandisme”, par Helena Voulkovski

La série Trône de Fer, une leçon de géopolitique ?, par Jean-Marc Huissoud

L’Allemagne à la veille des élections du 24 septembre, par Jean-Marc Holz

IDÉES

Penser le populisme, par Florian Louis

GRANDE STRATÉGIE

Les Royaumes combattants chinois, par Michel Nazet

GRANDE BATAILLE

Omduman (1898). La fin du romantisme militaire, par Pierre Royer

GÉOPOLITIQUE ET ENTREPRISE

Enjeux géopolitiques des métropoles européennes, par David Simmonet

Entretien avec Claude Rochet. La mondialisation : un combat au couteau

Entretien avec Jean-Pierre Sueur. Remettre l’entreprise au cœur de la ville

LA LANGUE DES MÉDIAS

Les médias contre les Trump, par Ingrid Riocreux

BOULE DE CRISTAL DE MARC DE CAFÉ

Brexit : un marché de dupes, mais pour qui ?, par Jean-Baptiste Noé

ÉCHOS

Les meilleurs livres de géopolitique

BIBLIOTHÈQUE GÉOPOLITIQUE

Les leçons d’Ibn Khaldoun, par Gérard Chaliand

CHRONIQUES

LIVRES/REVUES/INTERNET /CINÉMA

GÉOPO-TOURISME

Bueno Aires : militaires et populistes, par Thierry Buron

DOSSIER : Flux et reflux des populismes

Les trois moments du populisme, par Pascal Gauchon

Le populisme : de la cause du peuple… au peuple en cause, par Serge Le Diraison

Le populisme, omniprésent et presque insaisissable, par Guillaume Bernard

Les mots du populisme

Quel avenir pour le populisme ?, Entretien avec Alain de Benoist

Les populismes européens, unité et diversité, par Hadrien Desuin

Mao Zedong, un populisme singulier ?, par Michel Nazet

Amérique latine : la fin du populisme ?, par Didier Giorgini

Turquie. le peuple sous le croissant , par Tancrède Josseran

Trump ou la victoire de l’insurrection populiste, par Matthieu Bock-Côté

Post-vérité, la langue du populisme ?, par François-Bernard Huyghe

Conflits n°14, juillet-août-septembre 2017, 9.90€, dès aujourd’hui en kiosque. Abonnement ou achat au numéro : cliquer ICI

 

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