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Algérie, France, Repentance : Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera ?

Bouteflika En France

Algérie, France, Repentance : Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera ?

Texte publié sur le site du journal algérien Le Matin ce 9 juillet. Il nous a été envoyé par l’un de nos lecteurs. Ce texte témoigne de la lucidité du peuple algérien au-delà des paroles de l’intelligentsia de nos deux pays. Il mérité réflexion.


Nous devînmes pauvres, par inadvertance, un jour d’été particulièrement chaud où l’on commémorait le cinquante-cinquième anniversaire de l’indépendance, la fin d’une guerre dont personne ne se rappelait plus si elle avait été gagnée ou perdue et que le président nous apprit que les caisses de l’État étaient vides.

Ce jour-là, on revint sur terre : nous voilà pauvres pour longtemps ! Au 55è anniversaire de l’indépendance, nous apprîmes que notre pain, nous l’achetions auprès de l’ancienne puissance colonisatrice ! Celle-là à qui le président algérien, expert en matière de diversion, vient d’exiger la repentance pour les crimes coloniaux.

C’est toujours utile de sortir la carte de la mémoire et du patriotisme, quand on veut noyer le poisson dans l’eau. Bouteflika sait que les peuples sont incorrigibles : il succombent au premier serment venu. Il suffit de poser la main sur le Livre ou de parler d’une voix étranglée par l’émotion. C’est gagné ! Ça marche à tous les coups. Ainsi se gouvernent les hommes.

Il convient de savoir faire semblant. Simuler est le seul lien qui unit la base et le sommet. Simuler le bonheur, la démocratie, la sérénité, l’amour de la patrie, la piété…Ou, comme sait si bien le faire le président, invoquer Dieu, le Coran, les martyrs, la nation en danger…

Ce 55è anniversaire de l’indépendance, Bouteflika a préféré parler de “crise économique grave“, d’appeler le peuple à la “résistance” et d’exiger des dirigeants français qu’il se repentent de leurs actes de colonisateurs. Oui, mais cela ne résout pas la question, la seule question qui n’a jamais rencontré de réponse : comment est-on passé d’exportateur de céréales à importateur de pain ?

En 1962, la part des hydrocarbures dans les ventes à l’étranger n’était que de 53 pour cent ! Cela veut dire ce que cela veut dire : 47 pour cent de nos recettes provenaient de produits hors-hydrocarbures. Aujourd’hui, ce taux est passé à 3 pour cent ! L’Algérie ne produit plus rien, n’exporte plus rien. Et ce n’est ni la faute de Bigeard ni celle de Massu ! C’est la responsabilité des “libérateurs” qui ont pris le pouvoir en 1962, et dont notre président est un échantillon fort représentatif.

Aucune vision, aucune stratégie, rien que l’exercice absolu du pouvoir. La gouvernance ? Plus tard !En près de 19 ans de règne, Bouteflika n’aura pas diminué d’un seul dinar la facture alimentaire du pays, bien que les caisses de l’Etat n’ont cessé de déborder de dollars. Huit mille milliards de dollars plus exactement, de quoi devenir un pays quasi-développé, capable, en tout cas, de se passer de pétrole.

A l’échelle des crimes historiques, condamner 40 millions d’Algériens à la précarité est-il plus pardonnable que le crime de les avoir colonisés ?

Aucun président n’a bénéficié d’une si généreuse manne financière. Ce 5 juillet, un président digne de ce nom aurait annoncé à son peuple la fin de la dépendance pétrolière, la fin du chômage et des incertitudes. Au lieu de cela, il leur apprend qu’ils seront plus pauvres et sans aucune politique de rechange.

Parce qu’il n’a pas diversifié l’économie nationale malgré un afflux financier sans précédent, Bouteflika laisse une Algérie à l’agonie : dès cet automne, les subventions seront supprimées, nous connaîtrons le temps des licenciements de fonctionnaires, des produits de première nécessité inaccessibles de même que l’électricité, le temps du retour à la bougie et au charbon de bois, de la réduction des budgets santé et de l’éducation. mais aussi de l’incertitude sur les versements des retraites et des prestations sociales.

Vous attendez repentance des dirigeants français pour les crimes du passé.

Et vous, M. Bouteflika, qui vous pardonnera les crimes d’aujourd’hui et de demain ?

Le Matin 09-07-2017

  1. Leray
    Leray28 août 2017

    Commentaire d’une grande lucidité…et courageux.
    L’Algerie devrait etre la première puissance africaine, multi ethnique et religieuse….L’indépendance baclée de 1962 avec entre autres l’exil des juifs et des chrétiens a été la chronique d’un desastre annoncé’….
    Depuis l’Antiquité jusqu’à 1962, l’Algerie a été un grenier à blé….

  2. Robert41
    Robert4128 août 2017

    A vrai dire l’Algérie sera toujours dans un antagonisme avec elle-même. Elle ne peut concilier modernité à l’occidentale, avec la dualité d’une schizophrénie militaro-religieuse. L’Algérie ne connaît pas le sens de la Liberté ; sinon qu’à travers la liberté du monde occidental. D’ailleurs offerte trop généreusement à leur imprévisibilité L’occidental, ne peut attendre de réciprocité sur leur territoire. Indépendance et assistanat, sont les maîtres-mots de cette conceptualisation de parrains. Pourtant les richesses ne manquent pas sur ce vaste territoire ; alors ce sera la Chine qui fera ce que l’Algérie est incapable de faire par elle-même. Étonnant ce curieux besoin d’être encadré pour grandir de ses richesses ? Être libre, c’est redéfinir un espace vital et un modèle de société juste pour le plus grand nombre. Alors quoi de neuf dans la Barbarerie ? – On peut donner le plus bel espace, la meilleure terre de culture, une façade maritime sublime, etc … Tant que l’occupant est incompétent voir indigne, les fruits économiques ne seront jamais au rendez-vous sinon qu’à travers le colon chinois d’aujourd’hui …

  3. guy dupont
    guy dupont28 août 2017

    Pour les retraites, pas de problème, les anciens combattants de la guerre 14-18 relayés de celle de 39-45 touchent encore leurs retraites.
    “exiger des dirigeants français qu’ils se repentent de leurs actes colonisateurs”.
    Je vous rappelle que la France n’a jamais colonisé l’Algérie. Si la France est intervenue de ce côté de la Méditerranée, c’est par obligation, parce qu’elle en avait assez des piratages des navires naviguant sur cette mer, qu’elle en avait assez des razias faites jusque Lyon pour faire des hommes des esclaves et des femmes des pensionnaires des harems.
    En 1830, le roi a envoyé le corps expéditionnaire. Quand ils sont arrivés, ils ont trouvé des terres nues, Des habitants qui vivaient dans des gourbis. Ces terres n’existaient pas officielles, elles n’avaient pas du nom. Elles étaient occupées par les turcs qui géraient leur trafic d’esclaves.
    La France a construit un pays, les routes , les villes, les villages, les écoles, les hôpitaux, le chemin de fer, une agriculture prospère. Un beau pays auquel elle a a donné un nom : l’Algérie. Telle était l’Algérie en 1962 quand les descendants de ceux qui ont fait le pays ont été obligés de partir sous la menace : “la valise ou le cercueil”.
    Aujourd’hui, parce que les dirigeants laissent leur pays tomber en ruine, il faudrait faire preuve de repentance, et puis quoi encore, et le Macron qui a été leur lécher les babouches. La France ne doit rien à l’Algérie, c’est elle qui doit beaucoup à la France.
    Si leur pays tombe en ruine, c’est parce que ce sont des fainéants incapables de l’entretenir. Si ça continue, ils vont retourner vivre dans les gourbis de leurs ancêtres.
    Pour terminer, je précise que je ne suis pas pied noir, je n’ai aucun lieu et n’ai jamais en de lien avec l’Algérie, ce que j’écris n’est qu’une constatation.

  4. JF PAYA
    JF PAYA4 septembre 2017

    Colonisation : “crime contre l’humanité”
    NOTA : Ce que le nouveau président Français et ses interlocuteurs ignorants semblent oublier c’est que pour l’Algérie il y a un texte Constitutionnel nommé “Les Accords d’Evian” entériné par référendum par les 2 peuples !
    La référence est l’intitulé “Texte original des Accords d”Evian ;vers la paix en Algérie “Archives de la diplomatie Française p 407 “Seront amnistiés toutes infractions commises AVANT le 30 Octobre 1954 dans le cadre d’ entreprises tendant à modifier le régime politique de l’Algérie”avoir été indiqué pour tirer un trait sur les exactions réciproques de 1945 dans le Constantinois (jusqu’au jour de l’indépendance 3 juillet 62)
    Donc tout semblait etre prévu pour régler réciproquement tout contentieux juridique entre la France et l’Algérie en le faisant valider par des consultations Populaires (mais qui avait lu les accords d’Evian ;surtout ces annexes? ) Donc à notre avis si rien ne semble s’opposer à la citation et à l’étude des faits historiques ; il n’est formellement pas permis de les qualifier par une sentence “juridique (crime etc ; surtout de la part des plus hauts représentants de l’Etat et à fortiori du Président de la République ! Par contre
    aucune commune mesure avec juillet 42 où il s’agissait d’une répression imprescriptible uniquement basée sur des critères raciaux ;aucun accord d’amnistie réciproque où pas et avec qui ? pour l’Algérie au grand désespoir parfois des victimes de chaque bord ; il n’en fut pas ainsi ;comme récemment pour les actions tèrroristes des années 1990 et leur répression en Algérie ainsi tout débat sur le conflit civil étant muselé par des sanctions pénales. ;donc aucune leçons à donner à la France ! pour cette application des accords d’Evian
    Un décret présidentiel assure en Algérie, l’impunité aux responsables des exactions coté rébellion où forces de l’ordre En outre, comme le déclarent certaines organisations de défense des droits de l’Homme aujourd’hui, tout débat sur cette question sera désormais impossible, la discussion publique sur le conflit qui a déchiré le pays pendant plus d’une décennie étant explicitement prohibée par le texte ;Algérien !.
    Le gouvernement Algérien a présenté cette loi comme « mettant en œuvre » la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » du Président Bouteflika, charte que les électeurs algériens ont approuvé lors d’un référendum le 29 septembre 2005.
    Donc on peut considérer qu’il en est de méme pour les amnisties réciproques
    adoptées dans “les accords d’Evian”en 1962 devenues la loi constitutionnelle y compris pour les présidents de la République des deux bords ! qui en principe
    ne peuvent parler de crimes et encore moins “de crime contre l’Humanité”
    Mais à chacun de donner son avis ici où ailleurs ;
    Posté par JF PAYA,
    NB Amnisties prévues jusqu’au 3 Juillet 1962 ce qui exclu la journée du 5 Juillet 62
    Colonisation : “crime contre l’humanité” ? VOIR DANS ETUDES COLONIALE

  5. Bachelerie
    Bachelerie6 septembre 2017

    la lucidité de la presse algérienne, nous montre le chemin que nos médias ont à parcourir pour devenir crédible.

    Boualem Sansal s’est déjà exprimé dans ce sens, Kamel Daoud aussi, la plupart des intellectuels algériens sont sur la même ligne, chez les politiques Hocine Aït Ahmed avait fait une déclaration similaire.
    le gâchis algérien est aussi le résultat d’une politique d’indépendance accordée dans la précipitation et les algériens comme les pieds noirs ont payé cher, et continuent à payer cette erreur politique.

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