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Rentrée sociale : l’Outre-mer ouvre le bal

Total Conflit Social

Rentrée sociale : l’Outre-mer ouvre le bal

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Rentrée scolaire reportée sur l’île de la Réunion avec un Ministre de l’Education nationale qui s’est fait copieusement chahuté, blocage quasi complet de l’île de Mayotte suite à une grève longue chez Total qui vient de s’achever en entraînant dans la foulée l’envoi de renforts (75 gendarmes) sur le territoire, saccage aussi durant l’été des bureaux de l’immigration en Guyane, les Outre-mer n’ont pas pris de vacances et ont rappelé tout l’été au gouvernement les promesses faites par la République en Marche et l’équipe Hollande aux territoires, promesses que les ultra-marins suivent à la lettre. Or ces promesses comme les deux milliards et demi promis par exemple à Cayenne lors de la crise de Guyane ou la construction de cent écoles primaires à Mayotte sont proprement irréalistes et intenables.

Comment Macron pourra-t-il donc tenir la barre en Outre-mer ?

Dans tous les départements ultra-marins, les tensions sont de plus en plus vives et la décision de supprimer les contrats aidés a mis cet été la plupart des municipalités au bord du gouffre. Les contrats aidés sont en effet en Outre-mer une vraie soupape de sécurité sociale. Ils sont essentiels dans l’éducation que ce soit dans le primaire ou le secondaire. Les surveillants, les médiateurs sociaux, les techniciens municipaux de surface sont la plupart du temps tous employés par les municipalités, les régions ou les administrations sur la base des contrats aidés.

Dès juillet, le gel de ces contrats avait été annoncé aux différents Pôle Emploi avant même l’annonce officielle de la « fin des contrats aidés », contrats qui effectivement sur le fond n’aident personne mais restent essentiels pour beaucoup à la survie. En Outre-mer, économie de comptoir sous perfusion métropolitaine, sans contrats aidés, c’est souvent la misère ou la délinquance. Le premier député qui a d’ailleurs interpellé le gouvernement sur la question est le parlementaire martiniquais, Serge Letchimy bien conscient des problèmes municipaux qu’une telle décision entraîne aussi dans les Antilles françaises.

Serge Letchimy, dans la séance des questions ouvertes du 9 août 2017  a publiquement ouvert le débat en entraînant la mise au point sévère de Muriel Pénicaud, Ministre du Travail : « On l’a déjà dit à une autre occasion, mais cela vaut pour les contrats aidés. Nous avons créé 110 000 contrats aidés supplémentaires pour finir l’année, dans cette situation d’urgence. Cela dit, votre question me donne l’occasion de traiter le sujet sur le fond. Les études de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques – DARES – , de l’Organisation de coopération et de développement économiques – l’OCDE – , comme celles de la Cour des comptes, montrent trois choses. Premièrement, les contrats aidés sont extrêmement coûteux pour la nation. Deuxièmement, ils ne sont pas efficaces dans la lutte contre le chômage. Troisièmement, ils ne sont pas un tremplin pour l’insertion professionnelle. » Intervention reprise en boucle dans la presse qui n’a pas aidé à la réputation sociale en baisse d’Emmanuel Macron.
A Mayotte, alors que la Ministre des Outre-mer Annick Girardin était curieusement autorisée à rejoindre St Pierre-et-Miquelon pour ses vacances, le conflit Total s’était enlisé face aux maladresses des dirigeants locaux de la société. Les forces de sécurité avaient été vite débordées par quelques échauffourées. Toute l’île a en tout cas été économiquement paralysée pendant le mois d’août, certaines entreprises ayant été contraintes de fermer temporairement. Des files d’attente invraisemblables de plusieurs centaines de mètres aux pompes à essence ont accueilli cette année avec surprise les rares nouveaux arrivants de l’Éducation nationale sur l’île.

Ceci étant, les grévistes, salariés plutôt privilégiés de l’île ont eu raison

Ils ont gagné : augmentation de 5% sur un salaire de plus de 1500 euros, salaires exceptionnels sur l’île, primes d’ancienneté, de transport, d’intéressement, des heures de travail de soir (après 18 heures) majorées, comme sont majorés aussi les dimanches et les jours fériés. Au lendemain de la signature de l’accord de fin de grève, c’était donc jour de fête pour les 160 salariés de Total mais que ne doit-on leur reprocher ? Ils ont su tout simplement profiter du laxisme et de l’incompétence du système : paralysie préfectorale pendant les vacances, rentrée scolaire qu’il était difficile médiatiquement de reporter, situation de monopole de la distribution de carburant sur l’île avec des équipements de ravitaillement par ailleurs obsolètes On comprend par ce conflit d’une compagnie qui abuse à tous les niveaux de sa position de monopole que les autorités sont fragiles et que seul le rapport de force dans une rentrée sociale paie. Mais qui se lancera à la préfecture ou au gouvernement pour la fin du monopole Total dans les Outre-mer ?

La question du non-renouvellement des CUI (contrats uniques d’insertion) perturbe quant à elle toutes les rentrées scolaires ultra-marines en particulier à la Réunion. Les maires ultra-marins envisagent d’ailleurs de monter à Paris pour présenter leurs doléances mais sans doute très embarrassée par les dernières nouvelles de Mayotte avec en prime la crise de recrutement dans l’Éducation et le manque d’attractivité du territoire, on annonce déjà l’arrivée de la ministre des Outre-mer pour jeudi prochain, le 31 août, preuve qu’on craint sans aucun doute un certain embrasement.

Illustration : Conflit social chez Total-Mayotte

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