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Bourgogne : nouvelles traces d’une ancienne et vaste cité gauloise

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Bourgogne : nouvelles traces d’une ancienne et vaste cité gauloise

Claire Conruyt ♦

MÉMOIRE DES PEUPLES – Les experts ont exhumé une immense terrasse consolidée par un épais mur de terre et de pierres, nouveaux vestiges de Bibracte, une ville vieille de 2000 ans située sur le Mont Beuvray. Jusqu’ici, on croyait cette construction liée aux fortifications.

Deux mille ans après son âge d’or, Bibracte, ancienne capitale gauloise située en Bourgogne, au cœur de la France, semble avoir disparu sous la forêt. Les archéologues explorent encore la cité qui n’en finit pas de livrer ses secrets, 150 ans après le début des fouilles.

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Le «mur gallicus», un épais mur de terre et de pierres, renforcée par une armature de poutres de bois, encadre l’immense terrasse.

De cette place forte au sommet du mont Beuvray, qui a pu compter jusqu’à 10.000 habitants, le peuple des Éduens dominait un immense territoire s’étirant de la Loire à la Saône. «Bibracte n’est pas un village gaulois mais une véritable ville», à une échelle bien supérieure à celle du «village d’Astérix», insiste Vincent Guichard, le directeur des lieux.

On y entre aujourd’hui par une porte ouverte dans les fortifications, reconstruite à partir du modèle d’origine. Puis une route à flanc de colline serpente vers le sommet. L’herbe d’un immense vallon a recouvert, en contrebas, ce qui était un quartier de la ville et ses centaines de maisons. Au milieu d’une clairière, la montagne a été creusée, découvrant une terrasse consolidée par un «murus gallicus», construction gauloise que l’on croyait jusqu’ici réservée aux fortifications: un mur de terre et de pierres renforcé par une armature de poutres de bois.

 

Le séjour de Jules César

L’endroit était-il «un lieu de réunion», «des sortes de grands greniers où l’on stockait les céréales» ou bien un «lieu de foire ou de commerce»? Les hypothèses ne manquent pas mais le mystère reste entier, admet Philippe Barral, professeur d’archéologie à l’université de Franche-Comté, qui cherche à Bibracte des traces «de réalisations un peu emblématiques de ce qu’est une ville à cette période». Cette terrasse est, selon lui, la découverte importante de ces dernières années.

Des maisons de style gaulois, des ateliers d’artisans mais aussi des villas et édifices romains: couche après couche, les archéologues décryptent l’histoire d’une ville fortifiée – un oppidum en latin – fondée à la fin du IIe siècle avant notre ère. Jules César, impressionné par les remparts gaulois, y a même séjourné pour y écrire ses fameux Commentaires sur la Guerre des Gaules.

Les Éduens, alliés de Rome, abandonneront finalement la ville pour construire une nouvelle capitale dans la vallée, sur la voie romaine: Augustodunum, devenue aujourd’hui Autun, en Saône-et-Loire. «Une ville totalement gréco-romaine», explique Vincent Guichard. L’ancienne place forte est tombée dans l’oubli durant des siècles, jusqu’à ce qu’un notable de la région, Jacques-Gabriel Bulliot, commence en 1867 la première campagne de fouilles systématiques de Bibracte avec le soutien financier de Napoléon III.

La ville s’étend sur 200 hectares

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Les vestiges de la cité gauloise de Bibracte au Mont Beuvray à Saint-Leger-sous-Beuvray.

Interrompues par la Première Guerre mondiale, elles reprennent en 1984. À l’époque, «on imaginait faire un chantier de longue durée… qui allait peut-être durer jusqu’à 1990», s’amuse Vincent Guichard. Sauf que les archéologues n’ont cessé de découvrir de nouvelles parties de la ville, qui s’étendait sur 200 hectares – sans compter les faubourgs – dont seule une quinzaine a été explorée par les chercheurs.

Mais les techniques «évoluent à une vitesse phénoménale en ce moment et sont extrêmement productives, ce qui nous permet de faire de l’archéologie à grande échelle», précise le directeur: les prospections géophysiques, sortes de «radios» du sol, permettent de repérer ce qui se trouve enterré et de savoir où fouiller.

Explorer l’ensemble du site avec ces nouvelles techniques prendra 50 ans, estime l’archéologue tchèque Petra Golanova, de l’université de Brno, qui vient chaque année passer une parcelle au peigne fin avec ses étudiants. Quant aux fouilles, «ça ne sera jamais (fini), c’est une superficie énorme!», lance-t-elle. Bibracte, ouverte au public, n’est pas près d’être déserté par la cohorte d’archéologues et les légions de touristes qui viennent chaque année de toute l’Europe.

 

Source 

Illustration : Un archéologue devant le vestige d’une ancienne cité gauloise, Bibracte, située sur le site archéologique de Mont Beuvray à Saint-Léger-sous-Beuvray (Bourgogne).

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