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Donald Trump et l’Afghanistan : un revirement internationaliste ?

Trump Afghan

Donald Trump et l’Afghanistan : un revirement internationaliste ?

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le président américain Donald Trump a exclu lundi 21 août tout retrait des États-Unis d’Afghanistan, ouvrant la porte à l’envoi de soldats supplémentaires et accentuant la pression sur le Pakistan accusé d’être un repaire pour «des agents du chaos».

Ancien représentant adjoint de l’Otan en Afghanistan, Mark Jacobson a estimé que le renfort de troupes annoncé par Donald Trump est un pas dans la bonne direction. Mais les défis à relever restent colossaux. Un haut responsable américain a précisé que  Trump a donné son feu vert pour le déploiement de 3 900 soldats supplémentaires.

Alors que la guerre en Afghanistan a débuté il y a près de seize ans, on reparle donc de ce pays où 90 militaires français largement oubliés depuis ont perdu leur vie  et combattu, on se demande même parfois pourquoi ? L’Afghanistan sera-t-elle l’énième guerre perdue de l’Occident ? Les Américains ont sans doute commis l’erreur de penser que le problème des sanctuaires terroristes en Afghanistan pouvait être simplement résolu en renversant le gouvernement taliban et en installant de nouveaux dirigeants qu’ils savaient pourtant corrompus et mus que par l’argent. Enfin, pour des raisons de basse politique (la guerre syrienne et l’Ukraine), la coopération nécessaire Otan/Russie a été négligée et mise sur la touche, laissant le pays en proie aux déchirements tribaux traditionnels sur fond de radicalisation islamique.

Résultat, l’État afghan est toujours incapable d’assurer des opérations militaires et de police de manière indépendantes

Il faudra donc peut-être retourner demain en Afghanistan même si l’on a compris avec Barcelone que la base arrière des terroristes n’est plus à des milliers de kilomètres mais en Europe même ou en tout cas à ses portes (Maroc, Libye, Syrie) .

Actuellement sur 13 500 militaires présents en Afghanistan dans le cadre de la mission de l’Otan, 7 000 sont Américains et la plupart se consacrent à la formation de l’armée et de la police afghane. Sur ce plan, il y a eu certes des avancées, en particulier au niveau de la police locale et des unités chargées des opérations spéciales mais sans plus. L’Afghanistan ne dispose pas, par exemple, de capacités aériennes propres. Sans doute, les Occidentaux se sont-ils retirés trop tôt et ont-ils bâclé la formation ‘‘renseignement” des services gouvernementaux afghan mais on voit aussi les alliés de l’Otan renvoyer aujourd’hui des troupes pour Kaboul alors que le Sahel s’embrase et que l’armée française est matériellement exsangue.

Trois options  sur la table de Donald Trump pour Kaboul

Trois options possibles : le lâchage avec un retrait complet d’Afghanistan, la privatisation de la guerre par le mercenariat ou le renforcement des troupes américaines.

Donald Trump a choisi la troisième, celle de renvoyer des soldats américains supplémentaires. C’était sans doute la moins risquée et la plus facile, histoire surtout de gagner du temps c’est-à-dire préparer peut-être la vraie riposte : s’attaquer au Pakistan et contrôler l’Iran.

Reste une autre question à poser : le discours de Donald Trump sur l’Afghanistan marque-t-il le début ou la fin d’un débat au sein de la Maison Blanche entre ceux qui pensent qu’il faut ramener à tout prix les boys à la maison pour l’America Great Again et ceux qui comprennent le rôle joué par les États-Unis à travers le monde. Avec le limogeage de Steve Bannon, qui a suivi l’arrivée de John Kelly comme chef de cabinet, on voit en effet clairement se dessiner deux axes à Washington : l’axe Kelly-McMaster-Mattis-Tillerson, un axe interventionniste et internationaliste, droit de l’hommiste et humanitariste opposé à la frange des nationalistes et des isolationnistes, représentés par Steve Bannon et l’alt-right. Avec le départ de Bannon, beaucoup pensent que la bataille interventionniste / isolationniste est terminée et que donc les internationalistes auraient gagné soulignant qu’ainsi, Trump poursuivra en quelque sorte la politique timide d’Obama (ce qui est tout à fait le cas ici pour sa décision sur l’Afghanistan).

On peut croire à ce nouvel interventionnisme mais aussi en poser les nouvelles limites : l’Amérique affaiblie a-t-elle en effet encore les moyens matériels mais aussi et surtout moraux de continuer à jouer le gendarme du monde ? Nous ne devons pas oublier que les principaux soutiens de Donald Trump furent les vétérans de l’Afghanistan, ceux qui justement ne veulent plus que leurs fils y retournent.

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