Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Baisse de popularité de Macron : la grande résignation de la France périphérique ?

Macron 2017 07 08

Baisse de popularité de Macron : la grande résignation de la France périphérique ?

Alexandre Devecchio ♦

Pour le journaliste François Bousquet, Emmanuel Macron et son gouvernement ont peut-être d’ores et déjà pris acte qu’ils ne pourraient «qu’accompagner le déclin programmé des classes populaires».

François Bousquet est journaliste et écrivain. Il participe à la revue Éléments. Il a publié une biographie de l’écrivain pamphlétaire Jean-Edern Hallier. Il a publié récemment La droite buissonnière (éditions du Rocher, 2017), un essai sur l’influence de Patrick Buisson sur la droite française.

Figarovox.- L’érosion de la popularité de Macron était-elle dans l’ordre des choses, chronique d’une déception  annoncée?
la-droite-buissionnière
François Bousquet.- Il semblerait qu’on ait le plus grand mal à voir Emmanuel Macron pour ce qu’il est, à échelle réelle, sans succomber aux superlatifs de majesté ou aux doléances attristées. Dans les semaines qui ont suivi son élection, certains commentateurs ont même renoué avec de vieux réflexes courtisans qui nous ramenaient plus de trente ans en arrière, au temps de Mitterrand. Merkel patinait, Trump s’enlisait, mais Macron survolait la scène, internationale et intérieure. Une vraie apothéose romaine. D’où la convocation de Jupiter. Mais la «jupitérisation» aussi prématurée que subite du président rappelait la «citrouillification» de l’empereur Claude tant brocardé par Sénèque. Ainsi se vérifiait une fois de plus l’antique adage qui veut qu’il n’y ait jamais loin du Capitole à la roche Tarpéienne.

Dès lors, les mêmes se sont mis à brûler ce qu’ils avaient adoré la veille. Hier leur héros marchait sur l’eau, aujourd’hui il coule. De l’avoir vu trop grand, ils le voient désormais plus petit qu’il n’est, alors que les Français se sont contentés de le faire descendre de son Olympe, parmi les mortels. Depuis, Macron a arrondi son personnage. Il fait des selfies comme Marine Le Pen, du jogging comme Sarkozy et des bains de pieds comme Hollande. Il est même l’heureux propriétaire d’un chien aussi noir que la chienne labrador de Mitterrand. Il redevient un président normal que peu de choses distinguent de ses prédécesseurs, sinon son jeune âge, sa relative inexpérience et celle de son gouvernement, comme le tendre Édouard Philippe croqué à pleines dents par Jean-Jacques Bourdin. Bref, il fait l’apprentissage d’une impopularité qui lui rappelle combien il a été mal élu, avec 40 % du corps électoral et moyennant un double référendum, au premier tour anti-Fillon, au second tour anti-Le Pen. Sans parler de l’abstention record des législatives marquées par une grève massive du vote ouvrier et employé, comme si la France périphérique avait tout de suite fait son deuil de la séquence politique qui s’ouvrait et n’annonçait rien de bon pour elle.

Difficile de voir en Macron le candidat de cette France-là…
Il a néanmoins endossé les habits du rassembleur, du moins dans l’entre-deux-tours. Depuis, plus rien. Au tout début des Luttes des classes en France (1850), Marx rappelle que c’est le banquier Lafitte qui a accompagné à l’Hôtel de ville le futur roi des Français, Louis-Philippe, après les Trois Glorieuses, les journées révolutionnaires de juillet 1830. Et Lafitte confiait, rapporte Marx: «Désormais, ce sera le règne des banquiers.» Ironiquement, Lafitte était le chef du «parti du Mouvement», autant dire un homme déjà en marche! Aujourd’hui, il serait roi des Français. Disant cela, il ne s’agit pas d’épouser les outrances tapageuses d’un Mélenchon, mais de faire valoir que Macron ne peut pas être le champion de cette France périphérique, nonobstant son engagement de réconcilier «la France de l’optimisme, la France qui doute et la France en colère». Il n’y a à ce jour rien dans l’agenda gouvernemental à destination de la France en colère, sinon le durcissement du contrôle technique ou la fin du diesel (changez de voiture!) et la baisse des dotations aux collectivités (changez de région!), qui frappent d’abord la France rurale et périurbaine. Pour le reste, qui connaît Jacques Mézard, le successeur de Richard Ferrand à la tête du ministère de la Cohésion des territoires? Quelle est sa feuille de route? Quelles mesures compte-t-il faire adopter pour rompre l’embargo territorial des «invisibles»? Où est le grand ministère de l’Industrie qu’attendent les régions désindustrialisées ? Notre économie se serait-elle à ce point dématérialisée pour que le gouvernement ait cru bon de faire l’impasse sur une politique industrielle offensive?

Pour quelles raisons cette France périphérique a-t-elle ainsi disparu des écrans radars, politiques autant que médiatiques?
La vérité, c’est que tous les enseignements du premier tour – la validité des thèses de Christophe Guilluy sur les deux France, le retour d’un vote de classe (ou de déclassement) et la sécession de pans entiers de la population – ont été oubliés le soir même du second tour. Les ressorts du vote Front national (et dans une moindre mesure de la France insoumise) ne se sont pourtant pas volatilisés après le débat, ou le trépas, de Marine Le Pen devant plus de 15 millions de Français. Ils sont plus que jamais présents, mais occultés. C’est comme la lumière du frigo: ils sortent de l’agenda politique une fois la parenthèse électorale refermée. Il en va de même du traitement médiatique des catégories populaires, qui oscille généralement entre trois tentations. Au choix: l’invisibilisation, la diabolisation ou l’infériorisation (moins on est instruit, plus on vote populiste). Quand ces dernières réapparaissent sur les radars de contrôle, c’est pour se faire flasher.

Cette France aurait-elle été sacrifiée ?
Tout se passe comme si on avait pris acte en haut lieu qu’on ne pourrait qu’accompagner son déclin programmé via des plans sociaux et des politiques d’assistance. On a parfois le sentiment troublant d’assister au retour d’un darwinisme social soft, au préjudice des moins adaptés, au sens évolutif du terme. Cette vision commanderait-elle secrètement le choix des élites? Dans la théorie social-darwinienne, le dépérissement des espèces qui ne présentent plus d’avantages reproductifs, autrement dit celles qui sont socialement inadaptées aux nouvelles conditions du milieu, est fatal. On retrouve un peu de cela dans le concept de «destruction créatrice» des économistes libéraux, dans certains romans de Houellebecq et tout au long du Manifeste du parti communiste.

On ne fera pas l’injure à la future loi travail de dire qu’elle est l’héritière en filiation directe de ce monde-là. Il n’empêche, c’est chez Macron qu’on trouve avec le plus de fréquence les occurrences négatives des classes populaires: entre les «gens qui ne sont rien», les ouvrières «illettrées» des abattoirs Gap, «l’alcoolisme et le tabagisme» du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. On avouera que cela fait beaucoup. Dans quelle mesure la capacité de résilience des catégories populaires et l’incapacité de la France périphérique à se fédérer, en raison de sa dispersion géographique, autoriseront-elles les élites à persister dans cette voie, entre déni et mépris? C’est toute la question. La résolution de ce qu’on appelait naguère la «question sociale», adossée à celle de l’insécurité culturelle, se trouve pour une bonne part dans la réponse qu’on lui donnera.

Source : FigaroVox

  1. Yves Montenay
    Yves Montenay4 septembre 2017

    Il y a du vrai, mais la question est difficile. Je vois « le peuple » défiler sous mes fenêtres, étant sur le chemin Bastille-Nation, je descends discuter et quand je dis que les impôts sur les riches font fuir les employeurs et donc l’emploi (voir : https://yvesmontenay.fr/2017/08/16/le-chomage-francais-fruit-de-la-jalousie-et-des-medias/ ), la réponse est « Les riches s’en vont, bon débarras ! Dépêchons nous de tout leur prendre avant leur départ ! ».

  2. MBM
    MBM4 septembre 2017

    Il faudrait une nouvelle révolution mais réelle celle-là et non celle de 1789 qui n’est que la conséquence logique d’une révolution des mentalités démarrant deux siècles auparavant : celle de penser à la France et non aux Français.
    Les Français pleurnichent incessament sur leur sort depuis 300 ans, mais qui pleure sur la France? Et bien, Pas un Français sur dix mille. Le dernier Français était Jean de Moncorgé (alias Gabin). Tous ont donné leur avis concordant sur sa personnalité qui datait du siècle précédent, c’est-à-dire qu’il ne pouvait être considéré comme acteur moderne mais comme appartenant à la vieille école d’une époque trop lointaine. Pour moi, Jean était un personnage du 15ème siècle; au sortir de la guerre de cent ans.
    D’aucuns voient en de Gaulle le porte-drapeau de la France et de son incarnation en tant que Français, cependant le général céda la France aux entreprises étrangères et sa finance à Rothschild. Parce qu’il prônait une ouverture sur l’Eurosibérie et l’indépendance sur la défense, on le croirait anti-système. Il en faisait toutefois bien partie. Il représentait singulièrement l’aile socialisante. Ce qu’on appelle la gauche. Voici ce que rapporte Henry Coston in “L’Europe des Banquiers” de 1962, page 275 :

    “Nombre d’« Européens » pensent que la « petite Europe » permettra au vieux monde occidental de se soustraire à l’impérialisme de Wall Street. Peut-être auraient-ils raison si le capitalisme américain n’avait pas déjà, sur notre continent, des positions industrielles, bancaires et commerciales pratiquement inexpugnables.

    “1) Bien que le général de Gaulle soit hostile à la politique américaine (au point de saboter ouvertement, disent ses adversaires, le Pacte Atlantique), il abandonna sans difficultés aux trusts américains les plus florissants de nos industries (C’est en effet un de ses ministres, Antoine Pinay, qui a signé les 28 décembre 1958, 21 janvier, 15 mai et 26 juin 1959, les décrets autorisant les étrangers à acheter actions et usines françaises, à les revendre et à rapatrier leurs fonds en 48 heures si bon leur semble).

    “2) Les investisseurs étrangers bénéficient d’avantages fiscaux, administratifs et financier particuliers.
    « Les entreprises américaines, écrit la revue U.S. News (2/7/62), peuvent, dans certaines zones, bénéficier de primes d’installation. Autour de Nantes, Bordeaux, Montpellier et Limoges, l’Etat avance de 15 à 20% des investissements nécessaires. »
    “Entre 1950 et 1960, le « Big Business » a investi en France : 71 millions de dollars dans la métallurgie et les mines, 201 millions dans l’industrie pétrolière, 297 millions dans les sociétés industrielles de transformation, 14 millions de dollars dans les services d’utilité publique, 30 millions dans les entreprises commerciales et 38 millions dans divers autres secteurs.

    “Page 279

    “L’impérialisme financier et industriel américain étend ses tentacules sur toutes les branches de l’économie européenne. Pour la seule année 1961, c’est 1 500 millions de dollars, soit 750 milliards d’anciens francs que le « Big Business » a investi en Europe.”

    Alors, de grâce, ne pensez plus en tant que Français (nombrilisme franco-français) mais en tant que créateurs de France.
    Les Français, qui se présentent comme tels, s’ils ne deviennent pas conservateurs au plus vite, ne peuvent se sentir Français, de surcroît s’ils s’intéressent à la classe politique française avec ses clivages gauche-droite, radicaux-mollassons, sages-matamores et toute cette marmelade médiatique pour les occuper.
    Si vous désirez recouvrer cette appellation légitime, il faudra vous déciller le regard pour constater le décès de France subséquemment à la grande stupidité de vous poser en gardien des “droits de l’homme” pour le reste du monde (on voit de qui les yankees tirent leur inspiration), après qu’on lui ait dérobé ses fleurons industriels et historiques et culturels, ses frontières, ses entités, sa culture, son histoire, sa spiritualité et son intellect; car, il faut bien le dire, vous manquez cruellement d’intelligence pour des nations tant portées sur la rhétorique et les fines circonvolutions qui ne font que gratter le nombril. Mais de La Boétie jugeait déjà clairement les nations françaises de son époque, et le constat est effarant, il y a eu évolution depuis Etienne mais en dix fois pire. Mytho, mégalo et branleurs; voilà ce que sont ceux qu’on appelle Français. Des invertis impénitents de la cafetière. Vos femmes sont devenues les machos que vous étiez sous la monarchie, et vous vous êtes approprié leur jérémiade et criailleries, tout cela forme une mélasse gluante peu ragoûtante.
    Récupérez le réel avant d’être totalement virtualisés! En abandonnant ce goût pour la discutaille politicienne intrafrançaise. La réalité, c’est le monde extérieur : la géopolitique; et non la politique qui n’est qu’une tâche ménagère de l’économie française, en somme une occupation féminine. Un homme, un vrai, s’intéresse au monde et non à son slip et son apparence. Actuellement, vous ne montrez plus que le spectacle d’une immense cage à poules. Pour continuer l’auto-aveuglement, calletez volaille! Croyez-moi, il n’est pas nécessaire d’avoir le profil de baroudeur pour faire bouger les choses; voyez l’exemple d’Eugenio von Savoie qui petit, homosexuel et handicapé par un pied bot, ce qui découragea Louis XIV (lui-même très efféminé) à le prendre à son service; pourtant l’empire des Habsbourg d’Autriche-Hongrie l’enrôla où il emplit son rôle de chef de guerre avec toute la virilité que tous ces coqs actuels réunis dans les chambres représentatives seraient encore déficients face à ce géant de l’histoire européenne.

Répondre