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Retraites : pourquoi si peu de lucidité ?

Retraites

Retraites : pourquoi si peu de lucidité ?

Auran Derien, universitaire  ♦

La question ne cesse d’être posé par le professeur Jacques Bichot : pourquoi la réforme des retraites ne se fait-elle jamais de manière équitable, simple et libérale ? Le dernier ouvrage de ce  penseur du social revient sur le thème et reprend, avec talent, les arguments logiques qui font honte à tous ceux qui refusent une réforme fondamentale et équitable.

La première partie de l’ouvrage explique pourquoi les retraites sont une catastrophe et vont ruiner les personnes âgées si rien n’est fait pour arrêter le processus actuel. Chacun s’imagine qu’il prépare sa retraite en versant de l’argent à des caisses auxquelles il est censé acheter des points. Il s’agit pourtant d’une cécité qui porte un nom: l’illusion de la chaîne d’argent. Un travailleur actif cotise pour un retraité avec l’espoir qu’un autre actif, un jour, fera de même…

La retraite soulève simplement le problème du report : le revenu des adultes doit être reporté en partie en direction de leurs vieux jours. Or, au niveau macroéconomique, cette épargne pour pouvoir vivre après la vie active désigne la dépense actuelle du revenu par d’autres que ceux qui l’ont gagné. Et ceux qui dépensent en ce moment doivent pouvoir se priver d’une partie de leur revenu ultérieurement. La dépense doit donc être productive. Dans une collectivité, l’efficacité du travail résulte à la fois d’une scolarité de qualité qui débouche sur une main d’œuvre compétente et dépend des prestations sociales qui favorisent le développement de la génération suivante. Actuellement, la corporation des politiciens augmente régulièrement les cotisations de toutes sortes, faisant décroître le revenu net des salariés, mais cela ne profite qu’aux retraités d’aujourd’hui. Il n’y a rien qui prépare le financement des retraites futures.

Tout système de retraite repose sur des investissements qui permettent de produire, à long terme, le montant des pensions

Soit on capitalise du capital physique et financier, soit du capital humain, démographique.

L’existence simultanée des deux formes de capitalisation, leur complémentarité, est d’ailleurs souhaitable. Mais l’essentiel, explique le professeur Bichot, est qu’un peuple acquiert des droits sur l’avenir en mettant au monde des enfants, en les éduquant et en finançant cela par des impôts et cotisations. Si les Français ne veulent pas s’acheminer vers la disparition de la retraite ou la guerre entre actifs et retraités, ils doivent fonder celle-ci sur le principe de l’échange entre générations : les droits des anciens sont à calculer au prorata de l’investissement démographique réalisé par chacun. Ce principe est inspiré de la justice en tant qu’équité, lorsque chacun reçoit en proportion de ce qu’il apporte. Les adultes doivent retrouver, à la retraite, l’équivalent de ce qu’ils auront fait pour le développement des générations qui leur succèdent.

La seconde partie propose un “new deal” pour les retraites et en explique les modalités en détail. Le système fondé sur la répartition fonctionne grâce au pouvoir politique qui prélève des impôts et cotisations sur le capital humain des actifs. Les caisses devraient inscrire à leur passif les provisions correspondant aux engagements qu’elles ont vis-à-vis des retraités actuels et à venir et comptabiliser à leur actif la valeur des cotisations qu’elles s’attendent à recevoir. La construction de ces bilans chasserait l’obscurité comptable dans laquelle nous vivons et qui favorise la démagogie actuelle.

Le système socio-financier à créer attribuerait les droits à la retraite au prorata des contributions apportées à l’investissement dans la jeunesse : l’apport en nature à travers l’entretien et l’éducation des enfants par leurs parents ; l’apport en argent, sous forme de cotisations et impôts destinés à financer l’enseignement et les prestations familiales.

Les ressources proviendraient donc de deux grandes cotisations :

– Une cotisation jeunesse, distribuée aux institutions responsables de l’enseignement et de la santé de ceux-ci.

– Une cotisation vieillesse, destinée à payer tout ce qui concerne les retraites. Elle comprendrait deux parties : l’une serait fonction de la durée des études suivies par l’adulte (ce qui matérialise les résultats de l’investissement en capital humain) ; l’autre représenterait un pourcentage invariable des revenus professionnels, preuve d’un contrat intergénérationnel équitable et inviolable.

Les droits à la retraite seront calculés à partir d’un système de points ou unités de compte

Les points sont acquis en contrepartie de l’entretien et de l’éducation des enfants par leurs parents et en échange du versement de la cotisation jeunesse. Chaque année serait fixé le prix d’achat du point. Le rapport entre les cotisations acquittées et le prix du point donne le nombre de points acquis par un actif. Ce système dispose de deux instruments de pilotage : le taux d’actualisation ; la valeur du point. Il demande une organisation comptable et un calcul actuariel, ce que les caisses actuelles sont en mesure de réaliser. Sa simplicité permet d’affirmer qu’il bénéficierait à l’ensemble de la population puisque chacun comprendrait que durant quelques décennies, la génération A qui a investi dans les membres de la génération suivante B et dans des équipements touche, à l’âge de la retraite, les dividendes de son investissement lorsque les membres de B versent des redevances aux anciens de la génération A.

Le professeur Bichot conclut : «Le bric-à-brac institutionnel actuel…n’est pas une fatalité». Certes, mais il faudrait des législateurs intelligents et novateurs, alors qu’ils apparaissent chaque jour plus timorés et prisonniers d’intérêts particuliers.

Jacques BICHOT : La retraite en liberté, Le cherche-midi, 2017, 128p., 15€.
  1. Bachelerie
    Bachelerie4 septembre 2017

    proposition intéressante, mais pourquoi choisir un système de point, qui sera à la merci de décisions arbitraires.
    Pourquoi ne pas maintenir le système de répartition. Le système des points existe pour les complémentaires, et il suffit de modifier la valeur du point ou de la bloquer pour rendre inéquitable la cotisation.

  2. Auran Derien
    Auran Derien6 septembre 2017

    Le système de points et l’actualisation, sont les moyens les plus équitables de piloter le système.

    La valeur du point est la même que l’on soit un cadre supérieur ou un balayeur alors que l’annuité du ministre ou haut fonctionnaire est un multiple de celle du balayeur, sans aucune raison sinon l’arbitraire.

    La valeur du point est la même pour tous. la diffñerence entre les personnes tient à la quantité de points accumulés. Si le régime de retraite plonge par absence de naissances ou par absence de qualité de la nouvelle génération, tout le monde se noie. C’est un principe fondamental d’équité.

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