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L’Histoire politisée?

Lhistoire Politisee Affiche HP 1

L’Histoire politisée?

Gustave Sintaud ♦

lhistoire-politiseeLouable s’avère cette profonde, méticuleuse et impartiale réfection sur l’Histoire et ses diverses appréhensions possibles, sa pertinence dans sa disposition à induire les vérités de l’identité nationale, communautaire ou individuelle, ses immanquables utilisations coercitives pour toutes les idéologies maîtresses un temps du pouvoir, instrumentalisant son enseignement, et donc relativisant la réalité de toute la complexité de ses formes enseignées selon les objectifs toujours assez mal avoués.

Mais n’apparaît-elle pas naïve pour tenter de rendre possible une et une seule perception qui serait fruit d’un consensus probable, et ainsi laisser penser que telle utopie pourrait s’ériger en panacée nationale, voir universelle !

Deux constats attisent l’intérêt de cette riche et exhaustive analyse

Absolument tous les très nombreux aspects, abordés de cette immense sujet complexe investi, sont systématiquement illustrés par des faits historiques soulignant les étapes et les problèmes, toujours parfaitement amenés, exposés et commentés.

Tout bon vouloir vivre ensemble, fondement essentiel de toute société, ne peut se priver de la connaissance de l’Histoire : de ce qui fut pour assurer le présent, et projeter un futur cohérent comme avenir attrayant , voilà le premier constat, optimiste. Et c’est comme dans une cour de roi Pétaud que semble installée l’image incertaine et fluctuante de l’Histoire ; elle y figure une sorte de Goulue à la Toulouse- Lautrec , femme facile à postures et usages multiples, dont beaucoup profitent à leur guise sans vergogne ;ce sombre et pourtant exact constat-ci est d’un criant pessimisme.

Par-delà optimisme trop facile pour candides inconsistants et un apeurant pessimisme pour sabreurs d’abus et de déviances, la fonction fondamentale de transmission que l’on doit reconnaître à l’Histoire oblige à ne la percevoir que plurielle dans une nécessaire unité. Ne doit-elle aider à souder la diversité ? Ne peut-elle servir tous, dans leur disparité, même si cette noble perceptive apparaît bien fumeuse démarche ?

Trop longtemps, Histoire accaparée, Histoire confisquée, Histoire soumise, Histoire abusée, mais heureusement depuis aussi Histoire libérée, Histoire ranimée, Histoire harmonisée, ce serait l’Histoire à enseigner librement sans les impérieuses pressions politiques qui ne savent que l’entraver pour en profiter : à ne pas perdre de vue que l’Histoire constructive à l’école nourrit la créativité, développe le sens critique quand elle se propose réflexive, elle produit alors des modèles, ou évoque des leçons de vie pour aider à penser et à vivre.

S’ouvre le grand et rugueux débat sur l’Histoire génitrice du « roman national » où s’est toujours affrontée cette idée de roman, avec toute sa part de construction imaginaire, discutable donc, et le stricte bilan à partir de faits successifs avérés, à priori indiscutables, mais qui, par le seul tri des réalités assemblées, peut être lui aussi contesté. L’utilisation quasi-constante de l’Histoire, à des fins pratiques de fixation de pouvoir ou avec des objectifs moraux, civils ou politiques, de mœurs apaisées à offrir à la société, peut souligner son potentiel de formation humaniste. Néanmoins, qui peut vraiment croire que l’état imposant sa vision unique, sans aucune concession, serait la solution de toutes les discordes civiles ?

L’Histoire parle cru toujours de nos jours

Elle passionne encore, elle émeut souvent avec une actualité étonnante car elle sait offrir des anecdotes seyantes selon modes et goûts contemporains ; mais il est indispensable, tant est qu’il en faille, que les guides politiques officiels fassent attention à tous les néfastes effets de choix, édulcorants et dangereusement appauvrissants. Bien vœux pieux !

L’Histoire, à l’évidence, pour ce qu’elle est, ou ce qu’elle peut impliquer, n’en peut plus de subir les outrances de son utilisation forcenée par la politique et les diverses idéologies dominantes. Systématiquement corsetée, elle aide trop à légitimer, installer, étayer, pérenniser chacun des actes aux commandes, parfois superficiellement divergents que la versatilité démocratique instaure ou change.

Voilà ce que cette énorme et remarquable travail démontre sans aucune omission, et que tout enseignant de la matière si prisée constate et peut critiquer. Mais au terme de cette œuvre, le lecteur perçoit peu une éventuelle proposition pour entrevoir une correction de cette fâcheuse réalité ; il s’étonnerait même si une idée de solution avait émergé, tant à l’impossible nul n’est tenu.

Mais à quoi sert de gémir et se lamenter, de hurler quelque mécontentement, de contester cette dure réalité de faits si nombreux, identiques toujours depuis que l’humanité historique est apparue, quand rien n’y peut, n’y a pu, et n’y pourra, d’autant moins dans ce système de fin d’Histoire ?

Que l’enseignant se laisse contraindre par d’utilitaristes et amoraux pouvoirs, il n’est point exclusivement une pauvre victime, soumise par manque de liberté, ou assujettissement castrateur.

D’une part, il sait, quand il opte pour ce service fonctionnaire, le sacerdoce qu’il embrasse, et c’est donc en connaissance des immuables pratiques déplorables qu’il accepte d’entrer en ce jeu dévoyé ! D’autre part, il n’est tributaire de ces contestables aléas que par lâcheté, et se soumet veulement à ces ignobles coutumes en respectant bien humblement consignes et diktats si spécieux : le jugement par libre-arbitre, selon sa conscience, autorise toujours, in fine, soit à atténuer les trop lourds méfaits d’une Histoire outrancièrement canalisée à but partisan, soit à l’amender dans un meilleur sens, dans le respect du public à enseigner ; ainsi pourrait se corriger l’inacceptable selon un équilibre rétabli.

Il faudrait tout de même que l’enseignant redresseur, dans le respect de l’Histoire, reste rigoureusement étranger à toute influence partisane, à toute école historiciste se voulant moderne et originale, jusqu’à parfois séquencer ou réduire dramatiquement ses sujets. Il y en a-t-il beaucoup ?

L’Histoire politisée? Réformes et conséquences, Vincent BADRE,  Éditions du Rocher (2016) 338 pages . Prix : 19,90 euros.

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