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Paroles armées : comprendre et combattre la propagande terroriste

Presidentielle Terrorisme

Paroles armées : comprendre et combattre la propagande terroriste

Armand Launay ♦

salazar_paroles_bandeau-7f525Socrate disait être le taon piquant et réveillant le cheval paresseux, ce cheval étant la cité d’Athènes, ses politiques surtout, perdue dans ses guerres incessantes, mal préparées et injustifiées. Philippe-Joseph Salazar est un taon contemporain qui pique la France afin qu’elle ouvre les yeux sur ses guerres, les regarde en face et les gagne. Car, si Athènes a perdu la guerre du Péloponnèse, la France n’a pas perdu la guerre contre le Califat, la guerre au Moyen-Orient mais aussi sur le territoire national par des attentats. Elle doit s’en donner les moyens et c’est bien l’objectif de l’auteur le long des 262 pages de l’ouvrage édité chez Lemieux.

En 12 chapitres, le professeur de rhétorique et de philosophie exerçant à l’université du Cap (Afrique-du-sud) analyse la puissance rhétorique, l’imaginaire et la communication du Califat. Comme Athènes envers Sparte, nous sous-estimons l’ennemi et nous avons oublié que le langage est performatif, c’est-à-dire qu’il modifie notre représentation de la réalité.

Nous avons feint de voir dans l’autoproclamation du Califat le 4 juillet 2014 une parodie de prise de pouvoir. En fait, c’est bien par la rhétorique islamique que Al-Baghdadi a fondé un nouveau pouvoir ; un pouvoir fondé sur l’analogie avec les dits et gestes de Mahomet, et par l’union de “fidèles” contre l’ennemi polythéiste, soient le mauvais et le non musulman. S’en est suivi un déni de la part des Occidentaux, en général : croire qu’une proclamation prônant l’obéissance ne pouvait constituer un État, nous qui sommes habitués au consensus démocratique. C’est pourtant par une proclamation que la Première République fut instituée en 1792…

L’auteur poursuit en analysant le territoire du Califat. Celui-ci compte s’étendre partout dans le monde. Il terrorise dans le sens premier du terme, pourtant ignoré du droit français actuel : tenir en respect un criminel, le chasser du territoire afin de protéger l’État. Les terroristes actuels sont en fait des partisans non réguliers qui se reconnaissent dans le Califat. Ils veulent soumettre ou chasser les ennemis que nous sommes. Ouvrons les yeux, nous sommes en guerre, il y a chez nous des partisans armés et, au Moyen Orient, des soldats du Califat. Ceux qu’on appelle les terroristes sont des ennemis, des traites à la nation.

Le Califat recrute, notamment en Occident. Il utilise les outils de communication dont nous sommes repus. Il séduit des jeunes ‒ plutôt cultivés ‒ par l’utilisation des réseaux sociaux et d’une esthétique guerrière qui enchante le monde, qui donne une mission : celle de se surpasser et de devenir un héros au service d’un idéal. La France a fourni des idéaux mais nous continuons de croire que le Califat s’adresse à des imbéciles incultes. Notre contre propagande est donc inappropriée. Pis, la censure des exécutions publiques est contreproductive : le grand public ne voit pas la réalité et le Califat continue de cibler et convertir un groupe de personnes précis. Il affine sa communication autour d’un certain féminisme, d’une virilité guerrière et crée un populisme djihadiste.

Ce populisme affirme et flatte la volonté individuelle au service du “vrai peuple”, des exclus du système. Ce populisme désigne la cible, le polythéiste, l’État ennemi, ses soldats en uniforme. Il remplace pour l’heure nos anciens populismes comme l’anarchisme, le communisme. Le Califat est donc en pleine guerre politique, une guerre frontale, et nous en restons à nier la réalité (en minimisant le danger ou en ne le nommant pas par son nom), à penser en termes juridiques (peines sur les partisans du Califat et négociations entre Etats).

Pendant ce temps, la voix occidentale se disperse. Beaucoup préfèreront faire le procès de Salazar et de ceux qui les piquent. Ils auront alors l’impression de ne pas rester passifs face au danger. Désignons l’ennemi. Musclons nos paroles, musclons nos rangs.

Philippe-Joseph Salazar, Paroles armées, comprendre et combattre la propagande terroriste, 264 pages, Lemieux Editeur, 14 euros.
  1. Salazar
    Salazar7 septembre 2017

    Taon! J’apprécie le terme.

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