Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Décomposition et recomposition du Moyen-Orient : numéro hors-série de la revue Conflits

Conflits Logo

Décomposition et recomposition du Moyen-Orient : numéro hors-série de la revue Conflits

L’ÉDITORIAL : Pascal Gauchon 

L’enfer et les bonnes intentions

«Le Moyen-Orient vit un enfer» nous dit Georges Corm dans l’entretien qu’il nous a accordé. Mais il croule moins sous les bombes que sous les bons sentiments.

Conflits-Moyen-OrientL’enfer est pavé de bonnes intentions. En 2003 Washington intervenait en Irak pour construire “un Grand Moyen-Orient” démocratique, une Amérique en miniature qui rayonnerait sur la région. En 2011, les “printemps arabes” soulevaient une vague d’enthousiasme dans nos pays. enfin le Moyen-Orient s’ouvrait à la modernité et entrait dans la normale telle que les Occidentaux la définissent. La même année, des intellectuels compatissants appelaient à renverser K. Malgré (ou à cause) de ces références morales, les trois événements ont contribué plus que tout autre à la décomposition du Moyen-Orient.

Fallait-il préférer les dictatures souvent corrompues et brutales ? Ne fallait-il pas soutenir la croisade américaine pour la liberté, aider ces révolutions qui nous le “printemps des peuples” de 1848, renverser les tyrans ? Les “bien-intentionnés” ont leurs arguments.

Le problème des bonnes intentions, c’est qu’elles ne sont pas aussi bonnes qu’elles le prétendent. En s’abritant derrière elles, les puissances promeuvent leur intérêt avec plus d’efficacité. Qui croit que les islamistes aspiraient vraiment à la démocratie à l’occidentale ? Ils s’en servaient pour prendre le pouvoir et le confisquer ensuite. Et qui pense que la guerre d’Irak n’était motivée que par des considérations généreuses ? L’ancien secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, l’avouait sans fard : « Nous ne sommes pas là pour les figues », plutôt pour le pétrole, laissait-il entendre.

Derrière les bonnes intentions et les bons sentiments, la manipulation qui privilégie, on le sait, les images et les émotions et qu’elles suscitent. Un nouvel exemple en est fourni par un petit enfant, Omran Daqneeh, rescapé des ruines d’Alep en août 2016. Secouru, il est filmé et sa photo fait le tour des médias ; il devient le symbole de l’atrocité du siège de la ville. De rares journalistes, comme ceux du Parisien ou d’Arrêts sur image émettent des doutes sur ce reportage. Ils sont inaudibles au milieu du tintamarre des lamentations. Ce bruit et les larmes qui l’accompagnent ont un but : faire pression sur Assad pour qu’il renonce à son assaut sur Alep-Ouest et pour que les rebelles conservent cette partie de la ville.

En Juin 2017, le petit Omran réapparaît. Son père accorde des entretiens : il se déclare favorable au régime d’Assad ; il ne voulait pas, explique-t-il que son fils soit utilisé; il craignait pour la vie de l’enfant, un souci que les photographes n’ont pas éprouvé quand ils l’ont mis en avant; pour cette raison , il a refusé d’être interviewé par les rebelles même contre argent. La nouvelle est rapidement évoquée dans quelques journaux qui précisent aussitôt que ces déclarations sont sujettes à caution, la famille vivant dans la zone tenue par les forces loyalistes.

Ne tombons pas dans le travers que nous reprochons aux ” bien intentionnés “. La parole du père d’Omran n’est sans doute pas libre aujourd’hui. L’était-elle autrefois quand il vivait dans Alep-Ouest tenue par les rebelles ? La question aurait mérité d’être posée.

Émotions, bons sentiments et bonnes intentions constituent le socle de la géopolitique compassionnelle. Mais celle-ci n’est qu’un habillage de la géopolitique traditionnelle dont les intérêts priment. Ne croyez pas ceux qui prétendent l’inverse, ils sont manipulés ou manipulateurs.

Décidément, on ne fait pas de bonne géopolitique avec de bons sentiments.

Au sommaire du numéro hors-série :

Entretien
Nous vivons en enfer depuis 1956 par Georges Corm

Le poids écrasant de l’histoire 

Le poids du désert et de l’histoire par Pierre Royer
Frontières et Seuil au Moyen-Orient par Olivier Hanne
Échecs et résilience du nationalisme arabe par Frédéric Pichon
Le grand jeu djihadiste eu Moyen-Orient par Anne-Clémentine Larroque
A l’heure de la défaite de Daech. Quoi de nouveau ? Al-qaïda! ? par Ch de Crémieux, Pierrick Langlois et LM Masfayon
Vers la fin des frontières par Olivier Hanne
L’eau plus précieuse que le pétrole par Pierre Berthelot
Ne pas sous-estimer la variable alimentaire par Sébastien Habis
Le clivage religieux au Moyen-Orient par Didier Giorgini
Moyen-Orient, la situation est pire que jamais : entretien avec Fabrice Balanche.

et de nombreux autres articles sur :

Les représentations du Moyen-Orient
par Antoine Basbous, Florian Louis, Tancrède Josseran, Hadrien Desuin et Gil Mihaely

Le jeu des puissances
par John Mackenzie, Olivier Zajec, Pascal Marchand, Michel Nazet et Jean-Baptiste Noé

Grande carte : les conflits du Moyen-Orient

Le Moyen-Orient condamné à la guerre ?
par Frédéric Pichon, Tigrane Yégavian, Marjorie Bordes.

 

Répondre