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Penser le travail avec Karl Marx

Marx

Penser le travail avec Karl Marx

Auran Derien, universitaire ♦

Penser le travail avec Karl Marx de P-Y Gomez - Nouvelle Cité 20De tout temps le travail a été une condition de survie des humains et il a fallu le prendre en considération dans toute réflexion sur l’économie. Mais un tournant survint à l’époque d’Adam Smith lorsque celui-ci insista sur la division du travail. A sa suite, Marx souleva le problème de l’utilité d’une telle division et manifesta même un profond mépris pour cette activité quoi que Pierre-Yves Gomez, après d’autres, préfère insister sur la lucidité de Marx et donc sur l’éloge du travail.

Il est exact que Marx prit soin de différencier l’essence du travail d’avec ce qu’il était devenu au XIX ième siècle. Car on ne peut dissocier le travail de la vie de l’homme. Par essence, explique Marx, le travail est une manifestation de la personnalité , laquelle s’exprime à travers la production de quelque chose au moyen de l’effort. En ce sens, le “produit” exprime l’individualité, il est un “prolongement objectif et tangible”. En même temps, le travail est un moyen de subsistance car l’homme produit des objets destinés à l’échange. Par là, le travail crée la solidarité entre les hommes. Il est affirmé qu’il n’y a pas de relation directe d’homme à homme et de l’homme au genre humain mais une relation indirecte par la praxis
.
Or, dans la société capitaliste le travail est devenu aliéné parce que subordonné à la propriété privée. Il est seulement producteur de valeur et son sens n’a aucune importance. Tout ce qui compte est la quantité produite et sa valeur. Le producteur, tout comme le consommateur, sont des anonymes qui fonctionnent autour de ce qui pourra être vendu. Le travail devient abstrait.

Le centre d’intérêt de Marx, qui intéresse P.Y.Gomez, a été résumé en son temps par Julien Freund (1) sous la forme suivante : Si vous avez résolu le problème du travail, vous êtes du même coup en état de résoudre celui de l’économie, et par voie de conséquence celui de la condition humaine. Or la propriété privée est un obstacle majeur.

La propriété privée

Partant de la distinction entre propriété privée objective et subjective, Marx fait comprendre que le travail est le contraire radical de la propriété privée si le travailleur profite de ce qu’il produit. Mais lorsque la propriété privée permet que le capital fasse du travail une valeur d’échange alors nous entrons dans l’aliénation.

La spécificité du capitalisme est que des hommes libres vendent leur force de travail alors que d’autres achètent non pas les produits du travail mais la force elle même. Cependant, il semble que Gomez sous-estime l’importance du paradoxe que Marx incarne en affirmant tout à la fois l’importance du travail pour améliorer la société et la possibilité de libérer les hommes en leur permettant de choisir de manière désordonnée des occupations très diverses. Comme Marx n’explique pas comment son utopie se traduira dans l’avenir, on en reste à la lutte des classes, à l’avant-garde constituée en Parti. Or, celui-ci devient une Église, une secte et met en branle la tyrannie de l’orthodoxie, de la vérité révélée par ses sbires. Comment éviter de telles horreurs ?

Selon Gomez, Marx continue à éclairer le monde actuel sur deux points : la signification du travail humain ; les mécanismes de transformation de la société.

Il convient de considérer que Marx appelle à la fin du salariat et non à celle du travail, au contraire d’une petite bourgeoisie médiocre qui fait du loisir sans finalité une obsession en faveur de la médiocrité. Mais comment dépasser Marx aujourd’hui si l’on souhaite garder les deux points pertinents de ses analyses ?

En acceptant “que la dignité et la liberté nous précèdent et nous éclairent, indépendamment de nos actes” (p.153). L’auteur revient donc à cette idée très ancienne, le travail est une manifestation de notre humanité dont il convient d’organiser le rythme et l’intensité. Le moteur du changement reste le combat, toujours recommencé, pour se réapproprier le sens de son travail.

On ne peut que saluer cette absence de chimères à propos des sociétés humaines. La sociologie n’est pas une eschatologie. Souhaitons qu’après la vague d’horreurs qui s’abat sur le monde entraîné par la tyrannie des trafiquants, les questions et solutions des diverses écoles socialistes sortent de l’ombre, notamment les mouvements coopératifs, et que la prévision négative de Nietzsche, anticipant un asservissement des hommes par la technique, ne caractérise pas le XXIème siècle.

(1) Julien Freund : l’essence de l’économique. Presses Universitaires de Strasbourg, 1993, chapitre IX.

Penser le travail avec Karl Marx, Pierre-Yves GOMEZ. Ed.Nouvelle Cité, 2016, 168p., 15€.
  1. Jao Aliber
    Jao Aliber8 septembre 2017

    “Il convient de considérer que Marx appelle à la fin du salariat et non à celle du travail”: ça résume la pensée de Marx sur la société actuelle.C’est la base de son communisme scientifique.

    Mais il fait une erreur d’analyse ici :”Marx fait comprendre que le travail est le contraire radical de la propriété privée si le travailleur profite de ce qu’il produit”.

    Pour comprendre où je veux en venir, je le cite encore ici dans le Manifeste du parti communiste :

    “est-ce que le travail salarié, le travail du prolétaire crée pour lui de la propriété ? Nullement”

    Pour Marx, le travailleur salarié n’ a pas de propriété privée: sa maison, sa voiture, ses vêtements, ses smartphones ne sont pas à lui.Et que dira le sans-abri, le chômeur devant une telle théorie ? Il dira peut-être que c’est de la foutaise.

    Mais Marx était vraiment sincère.Sinon il n’aurait pas découvert le communisme scientifique.On peut dire qu’il a fait une erreur de confondre capital variable et salaire.

    Le capital variable a la même valeur d’échange que le salaire mais ils sont de valeurs d’usage différentes :

    Prenons un exemple simple: Si un pain coûte 1,2 Dirham(je vis à El jadida Maroc), cela ne signifie pas que le pain(nourriture) et l’argent(métal) sont les mêmes physiquement.Car le pain et l’argent sont de valeurs d’usage différentes.

    Le capital variable, c’est la force de travail.Sa valeur d’usage consiste aux compétences intellectuelles et physiques du travailleur.Alors que le salaire consiste à des moyens de consommation.

    Le capital variable est la propriété privée du capitaliste sur la force de travail alors que le salaire est la propriété privée du travailleur sur des biens de consommation.

    La première propriété est un pouvoir qui permet la production, la seconde est un pouvoir d’achat.

    Le travail salarié n’est donc pas le contraire de la propriété privée, mais le contraire du capital.
    Le contraire de la propriété privée, c’est le chômage.La négation de la propriété privée, c’est à la fois la négation du capital et du travail salarié c’est à dire le fait d’être au chômage.

    Je ne dis pas que c’est automatique mais sans travail, on perd petit à petit touts ses biens.De même que cesser de manger ne signifie pas automatiquement la mort mais après quelques jours c’est le passage fatal vers le néant.

    Vous pouvez visitez mon blog pour plus d’info.Il n’ y a que des nouveautés pour les gens qui désire comprendre et qui n’ont pas peur de découvrir brutalement une nouvelle façon de voir les choses.

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