Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Corée : et si on réunifiait les deux Corée ?

Reunification Arch Pyongyang 5063726598

Corée : et si on réunifiait les deux Corée ?

Michel Lhomme, philosophe, politologue 

La Corée du Sud estime que la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l’arme nucléaire de façon à pouvoir en équiper un missile, a annoncé lundi 4 septembre le ministre sud-coréen de la Défense. «Nous pensons qu’elle pourrait être installée sur un missile balistique intercontinental», a déclaré Song Young-Moo au Parlement, au lendemain du sixième essai nucléaire nord-coréen.

Le rythme en tout cas soutenu des tests nord-coréens de missiles balistiques inquiète. Pour Donald Trump, Pyongyang représente une menace mondiale de plus en plus imminente tandis que pour Vladimir Poutine : « Les sanctions contre la Corée du Nord n’aideront pas. La Corée du Nord mangera de l’herbe mais ne renoncera pas aux essais nucléaires ». Depuis vingt-cinq ans, les États-Unis tentent ainsi de négocier en vain avec la Corée du Nord.

Ces négociations de toute évidence stériles conduiront-elles maintenant inéluctablement à l’usage de la force ?

L’entêtement de la Corée du Nord, une certaine duplicité américaine (la menace coréenne étant une bonne excuse pour déployer dans le secteur de la Chine du Nord une panoplie de missiles et d’anti-missiles), les soutiens indirects de la Chine mais aussi de la Russie et de l’Iran ont jusqu’alors contribué à l’enlisement et à la paralysie actuelle.

En conséquence, les stratèges américains sont en train d’examiner les options militaire pour protéger les civils  alliés de Corée du Sud, du Japon mais aussi les militaires professionnels engagés avec leur famille sur la base militaire de Guam, directement menacée par le dernier dictateur rouge.

Quelle possibilité alors pour la paix ?

Envisager une réunification pacifique de la péninsule coréenne n’est-elle pas la solution la plus raisonnable ? Or, Washington a pratiquement écarté et ignoré cette solution proposée par la Chine toutes ces dernières années. Pour la Chine, c’est un argument habile qui lui permet de retourner le couteau dans la plaie et de ramener la situation vers son propre intérêt national.

Que faut-il dès lors penser d’une réunification possible des deux Corées ?

Tout d’abord, la péninsule coréenne sera réunifiée. Sa division en 1945 était purement artificielle, un expédient dans le gel du conflit destiné à être temporaire, comme le fut tout aussi artificielle la partition de l’Allemagne contemporaine. Les seules questions qui se posent dès lors pour le stratège est quand et comment opérer cette réunification coréenne ? Sera-ce par la guerre ou l’effondrement de la Corée du Nord, ou bien les États-Unis, la Corée du Sud et la Chine ainsi que le Japon décideront-ils ensemble de gérer de manière cohérente une sorte d’absorption du Nord par le Sud?

La Corée du Nord commence à gêner de plus en plus la Chine car la capacité d’armement nucléaire nord-coréen pourrait fortement déstabiliser toute l’ Asie orientale et nuire à l’équilibre régional prochinois. Pour l’instant, la Chine tergiverse et maintient sa ligne de conduite attentiste, la véritable solution du problème coréen devant être trouvée entre Washington et Pyongyang. En fait, la Chine, grâce au pouvoir économique énorme qu’elle exerce sur la Corée du Nord pourrait faire tomber très rapidement le régime or, elle ne le fait pas. Est-ce de la fidélité communiste, néo-patriotique, de la nostalgie bolchévique ? En partie sans doute pour les vieux chinois mais pour les dirigeants chinois les plus jeunes, une Corée réunifiée dans un modèle libéral-national représenterait pour la Chine un avantage géo-économique certain au Nord, un Nord qu’il faudrait de plus reconstruire.

Les sceptiques croient pourtant que la Chine rejettera la réunification coréenne principalement pour deux raisons :

– Pékin redoute à juste titre que l’effondrement de la Corée du Nord n’entraîne un afflux de réfugiés sur la rivière Yalu en Mandchourie, une situation d’urgence humanitaire où elle devrait intervenir. Séoul craint aussi une telle marée de réfugiés dans la zone démilitarisée.
– Une telle déstabilisation mobiliserait forcément des troupes américaines ou alliées en particulier japonaises (l’ennemi héréditaire) dans la région. Or, la Chine ne veut surtout pas d’une présence de forces étrangères dans ce secteur, forces qui seraient pourtant en partie inévitables pour sécuriser les installations surtout chimiques et bactériologiques que possède la Corée du Nord.

Un processus de décomposition de la Corée du Nord impliquerait l’envoi immédiat de troupes américaines ou alliées pour obliger la population à rester sur place. Il faudrait aussi lancer un vaste plan de distribution alimentaire et sanitaire. Les Américains ont déjà un tel plan tout prêt dans leurs cartons et c’est ce que redoute le plus la Chine.

La Chine craint non pas tant la réunification que la gestion de celle-ci, gestion qui impliquerait l’intervention humanitaire américaine, la présence d’ONG. Pékin ne veut pas de forces américaines fussent-elles purement médicales le long de la rivière Yalu.

Peut-on dès lors envisager une intervention américano-chinoise ? Dans l’état actuel des relations internationales, inenvisageable. Un accord avec la Chine sur la réunification de la Corée ne semble donc pas pouvoir se produire du jour au lendemain. En fait, le sujet aurait du être abordé sous Obama mais comme dans de nombreux dossiers, Obama n’a rien fait, prisonnier qu’il était des clintoniens, des néoconservateurs démocrates du lobby militariste. Car, pour Washington, la Corée du Nord n’est pas seulement un dossier asiatique. Derrière la Corée du Nord, il y a l’Iran qui est sans doute le vrai objectif de guerre de Donald Trump et de son ami Netanyahou.

Ce que peut avoir  la Corée du Nord en termes de capacités nucléaires, c’est dans l’instant même ce que par un simple transfert d’appel, l’Iran posséderait. La coopération de la Corée du Nord avec l’Iran sur les missiles balistiques, destinés à être utilisés comme armes nucléaires respectives, remonte à 25 ans. Et il y a tout lieu de penser que les deux États coopèrent clandestinement en simultané sur la technologie des armes nucléaires. La ligne rouge américano-coréenne est là et elle n’est pas du tout « bridée », elle n’est pas asiatique mais une fois de plus proche-orientale, nous ramenant entre Jérusalem et Téhéran.

Illustration : Arche de la réunification à Pyongyang, concepteur David Stanley .
  1. John Wayne
    John Wayne11 septembre 2017

    Très bon article de ML …..!! Le problème sera probablement réglé avant mars 2018 …..!

  2. jacques
    jacques11 septembre 2017

    Le soutient de la Chine envers la Corée du nord vient surtout du fait que les USA ne sont pas fiables .
    Ils ne respectent leurs traités/paroles que si ils sont obligés.
    Les exemples avec la Russie et l’Iran montrent qu’ils ne respectent rien alors que l’encre n’est même pas sèche.

Répondre