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Fin de partie au Venezuela ?

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Fin de partie au Venezuela ?

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

On a faim au Venezuela ! Pire que se racontent les médias ou que certains nostalgiques néo-gauchistes ou fachos des hommes providentiels osent encore écrire. Le chavisme affame et prostitue, le bolivarisme exile

Certes, les suppôts du régime se retrouvent au Pérou à acheter dans des quartiers de la classe moyenne des appartements cash mais ce n’est qu’une minorité, les autres, filles ou garçons qui n’ont plus rien et qui ont dû quitter le pays, se prostituent à Lima ou à Carthagène. En Colombie, les prostituées sont toutes devenues vénézuéliennes. A Caracas, on agresse et on tue pour manger. Les journées sont noires au Venezuela où elles sont rouges. Elles sont rouges du sang du peuple, de la misère et de la répression de la dictature. Tous les Vénézuéliens qui le peuvent s’enfuient en masse vers la Colombie, le Brésil, le Pérou, le Bolivar et la monnaie du pays continue de se désintégrer; début août, en quatre jours, elle avait perdu 50 % de sa valeur.

En France certains  jubilent : le 5 juillet, jour de fête nationale, les gros bras du président Maduro avaient investi et saccagé le Parlement : 108 journalistes, 120 fonctionnaires et 94 députés furent séquestrés pendant huit heures et plusieurs députés furent passés à tabac. La télévision d’Etat accusait les partis de droite d’actions terroristes au Congrès. En réalité, au Venezuela, ce n’est même plus un conflit idéologique droite-gauche mais une lutte entre un gouvernement populiste devenu une dictature et un peuple qui réclame la liberté.

Qu’on se le dise et le retienne pour plus tard : le populisme de gauche ne garantit pas la liberté et encore moins la sécurité

Il affame et tire sur la foule quand il ne perçoit plus les coupons révolutionnaires. Cet été, le pouvoir chaviste a modifié la constitution pour avoir une assemblée à sa botte, un Parlement imposé par la force, ultime légitimation d’une dictature militaire, prisée parce que nationale ou socialiste pour certains comme le traducteur français des discours de Chavez Vincent Lapierre alors qu’elle est demeurée stalinienne et bolchévique. La procureur général du pays, Luisa Ortega pourtant ancienne égérie du système ayant rejoint l’opposition a été destituée et remplacée par Tarek William Saab, précédemment « défenseur du peuple ».

Le Venezuela a maintenant deux Parlements : l’un tenu par l’opposition dont le seul pouvoir est de faire entendre sa voix et l’autre, faite à la main du Président Maduro aux pouvoirs illimités. Le pays est quasiment maintenant en manifestations permanentes même si notre collaborateur a raison de relativiser la localisation et le nombre de ses manifestations aux violences souvent provoquées intentionnellement par l’opposition bien orchestrée et financée par la CIA.

De fait, quand on est ruiné et qu’on a faim , on cherche avant tout à travailler et à se nourrir et l’on ne croit plus à la politique. En réalité, c’est le cas de la plupart des Vénézuéliens même si certains s’accrochent encore aux vieilles utopies sociales.

Le scrutin du 30 juillet pour élire les membres de l’Assemblée destinée à réécrire la Constitution n’a été qu’une farce de la dictature et on peut le considérer maintenant comme le point de non-retour sur le chemin de la guerre civile qui inéluctablement fera tomber le régime.

Cet été, les principales liaisons aériennes internationales avec Caracas ont été suspendues en raison de l’insécurité totale qui règne dans la capitale. Les familles du personnel diplomatique américain ont été rapatriées tandis qu’un des candidats, l’avocat Jose Felix Pineda était assassiné à son domicile dans la ville de Ciudad Bolivar. Les journalistes étaient interdits d’accès aux bureaux de vote où l’on pouvait voter deux fois à titre individuel mais aussi par secteur d’activités. Dans les quartiers chavistes, la pression des « commissaires du peuple » est telle qu’on vote bien sûr « chavez » ce qui fait écrire sans honte aux différents soutiens français  que Maduro bénéficie encore du soutien populaire comme au bon vieux temps des Khmers rouges.

On ne note pas qu’en province ou dans la banlieue de Caracas, de nombreux maires ont été arrêtés et remplacés par des soutiens du pouvoir et qu’il y eut tout de même une dizaine de tués, des affrontements violents, des pillages, bref la routine pour une idéologie de la précarité au nom des bons sentiments égalitaristes et antilibéraux.

Comment tient  encore le régime ?

Le régime tient par le soutien de ceux qui perdront tout s’il s’effondre et peut-être même la vie car les règlements de compte seront terribles, par l’armée et les forces de l’ordre posées comme arbitre des deux blocs, partisans du régime qui demeurent grassement payés et favorisés par le pouvoir dans un pays devenu misérable.

Maduro aujourd’hui, avec treize autres membres de son gouvernent se retrouve à juste titre frappé de sanctions internationales tout en restant complètement sourd aux plaintes de son peuple. Pour lui et nous le citons : « tout va bien et la situation est normale » même si à Caracas, la nuit, on enlève les récalcitrants à leur domicile et qu’ils disparaissent en pyjama encadrés par des militaires. L’OEA (Organisation des Etats américains) cherche à condamner Maduro pour crimes contre l’humanité. Le régime n’a donc plus rien à perdre car lors de sa chute, il sera difficile à ses membres de se replier quelque part, transformés qu’ils seront en parias internationaux. Ceci amènera-t-il certains généraux à réfléchir ? Nous l’avions cru un temps. Début août, un corps d’armée s’était rebellé près de la ville de Valencia dans le centre du pays. La rébellion fut promptement réprimée. Les défenseurs du régime ont osé parler de mise en scène gouvernementale.

Le Mercosur a temporairement suspendu le Venezuela mais ne l’a pas exclu, ce qui hypocritement permet de continuer à faire des affaires avec lui (le Royaume Uni a même livré récemment, en mars 2016 des armes à Caracas en particulier de l’équipement anti-émeutes) car si le Venezuela tient encore c’est que bradant son pétrole, il trouve toujours des acheteurs dont le premier est l’Amérique de Donald Trump.

En effet, les États-Unis continuent d’acheter quotidiennement 800 000 barils de pétrole au Venezuela tout en affirmant maintenant qu’il n’écartait plus une option militaire pour le pays. Pour quand ?

Pour les experts, la chute du régime serait programmée pour fin octobre, date de l’échéance prochaine du remboursement de la dette extérieure que le Venezuela, qui, à moins d’un coup de main extérieur (Russie, Iran, Chine), ne pourra pas cette fois honorer ce qui signifierait la faillite complète de l’État, les caisses vides et surtout l’impossibilité de payer les 2,8 millions de fonctionnaires du pays.

Déjà, le Venezuela ne peut plus vendre ses matières premières en dollars  et souhaite le faire en yuans. Une opération militaire, l’opération America United a été programmée en novembre prochain. Elle se déroulera sur la triple frontière Pérou / Colombie / Brésil c’est-à-dire non loin du Venezuela. Les trois pays cités seront dirigés par les forces américaines. Le Pérou a déjà expulsé l’ambassadeur du Venezuela. Le pape mondialiste François se déplace ce week-end en Colombie où la diplomatie vaticane, très active en Amérique latine ne manquera pas de traiter secrètement du cas vénézuélien.

Pour les alliés du Venezuela, essentiellement la Russie et l’Iran, qu’en est-il ?

L’Iran souhaiterait remplacer Maduro par le musulman Tarek El Aissami, le vice-président actuel fortement soupçonné d’être en fait un baron de la drogue local, lié aux Farc colombien et au cartel mexicain Zeta. La Russie continue d’avancer ses pièces par la diplomatie du pétrole et signe avec Maduro de nombreux accords bilatéraux entre la compagnie d’hydrocarbures nationale PDVSA et des sociétés russes.

Le pro-poutinisme expliquerait-il alors l’incroyable complaisance dont jouit le régime Maduro aussi bien au niveau de l’intelligentsia de gauche que chez les identitaires “mainstream”, étrange mutisme des néo-populistes de papier ? En ce qui nous concerne, nous dénonceront toujours ceux qui pillent les ressources publiques ou les pilleront demain. Ce  5 septembre, invité de BFMTV et de RMC, Jean-Luc Mélenchon interrogé sur la situation au Venezuela s’est livré à une étrange comptabilité :« Il faut dire  la vérité : il y a 100 morts. Il y en a 70 qui sont des forces de l’ordre et des chavistes (donc pro-gouvernement), et les autres des opposants », comptabilité surprenante qui ne ressemble pourtant en rien à celle établie par l’Organisation des Nations unies (ONU), qui a publié fin août un rapport sur les violences dans le pays .

 

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