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Le Docteur Bonnal passe les antisystèmes à la radiographie. Et ce n’est pas joli joli…

Anti Systeme

Le Docteur Bonnal passe les antisystèmes à la radiographie. Et ce n’est pas joli joli…

Pierre Le Vigan, auteur, essayiste* ♦

le-choc-macronL’élection de Donald Trump aux États-Unis, le Brexit britannique, le haut niveau électoral des antisystèmes  dans nombre de pays d’Europe, dont la France, ont pu faire penser que ces fameux antisystèmes avaient le vent en poupe.

Chacun voit que ce n’était pas si simple. Donald Trump ? En quoi est-il vraiment antisystème ? Il ne suffit pas d’être maladroit pour l’être. Quant à Marine Le Pen, son échec aux présidentielles françaises, avec 33 % et non les 40 ou 45 % qu’elle pouvait raisonnablement espérer fin 2016 ou début 2017, a douché les enthousiasmes des antisystèmes, du moins de leur fraction droitiste.

Antisystème ? Mais de quoi parle-t-on ? Qui sont ces antisystèmes ? Que pensent-ils (quand ils pensent) ? Que peuvent-ils ? Ce sont les questions auxquelles nous aide à répondre Nicolas Bonnal. Esprit inclassable, il est fin, subtil, amateur de paradoxes, et drôle, à l’occasion. Nicolas Bonnal a été édité par de grands éditeurs, et par de moins connus (quoique…), tel Avatar éditions bien sûr, et par le talentueux Philippe Randa, fondateur des éditions Dualpha.

Alors, donc, ces antisystèmes ? Jeunes, intellectuels, précaires – ou tout cela à la fois – ils sont rétifs à la normalisation des esprits et à l’idée qu’il n’y a qu’une seule politique possible (There Is No Alternative). Cela les différencie de l’électorat de Macron, ex-soixante-huitards reconvertis dans le libéralisme le plus décomplexé, l’apologie des start-ups, du coworking, et autres totems du capitalisme dit « cognitif ».

D’un côté, les insoumis, de droite et de gauche, de l’autre, les jeunes loups et les retraités, inquiets de la sortie de l’euro en cas de révolution marinienne, voire mélenchoniste. Tout ceci en manière d’analyse un peu brute de décoffrage car Macron est aussi arrivé en tête dans la plupart des villes frontistes du sud. Donc, des passerelles entre les deux électorats ? Peut-être bien.
Mais l’essentiel reste tout de même deux France très différentes face à face.

D’un côté, ceux qui regardent la télé et trouvent le jeune Macron rassurant, propre sur lui, et bien comme il faut, et de l’autre, ceux qui vont à la pèche aux « vraies infos » sur internet. Le problème d’internet, – un sujet sur lequel Nicolas Bonnal a écrit des pages troublantes -, c’est qu’il alimente la théorie du complot tout en démontant nombre de complots réels, en tout cas, si le terme complot est un peu fort, de manœuvres intellectuellement malhonnêtes et trompeuses. D’où le développement d’une paranoïa qui est peut-être la nouvelle forme d’un trouble ancré de longue date dans la mentalité américaine, mais qui, bien au-delà des États-Unis, manifeste un souci de se donner l’illusion de reprendre pied dans un monde devenu difficilement déchiffrable. En résumé, il ne suffit de lire une information sur un site antisystème pour qu’elle soit exacte, mais il y a néanmoins des analyses impeccables bel et bien sur des sites antisystèmes ou critiques du système.

En fait, si internet est inquiétant, c’est parce que le monde réel est inquiétant

Il n’est pas besoin d’être paranoïaque pour voir qu’il y a en grande part une planification de la crise des réfugiés et autres migrants et du déferlement migratoire. Il n’est pas paranoïaque de voir une logique dans un affaiblissement des États qui ont été mis en demeure de sauver les banques et se trouvent ainsi à la remorque du système financier, dans un brevetage du vivant qui prive les peuples et les paysans de libertés ancestrales, créant une forme d’asservissement d’une force et d’une violence inédite.

Ce n’est pas de la paranoïa de voir dans cela une biopolitique annoncée par Michel Foucault ou Giorgio Agamben (Homo sacer. L’Homo sacer qu’évoque Agamben est un homme qui peut être tué mais ne peut bénéficier des formes ritualisées du meurtre telles la condamnation, le procès, etc. Le déporté est, par exemple, un homo sacer). Ce n’est pas de la paranoïa de déceler dans certains événements une « stratégie du chaos » (Lucien Cerise). Le chaos annoncé, voire organisé, participe de la mise en place d’un nouveau dispositif (Gestell) d’arraisonnement du monde et d’automatisation de la vie elle-même.

Les antisystèmes, du moins les plus lucides d’entre eux, analysent cela comme une lutte des oligarchies contre les peuples. Ils n’ont pas tout à fait tort. « Comment faire pour qu’il n’y ait aucun coût à infliger des coups ? En termes hindouiste, comment supprimer tout Karma ? En termes orwelliens, comment s’extraire de la décence commune ? ». Bonnal a raison : c’est aussi cela que recherche le système. Mais le système, ce n’est pas seulement cela.

C’est une erreur commune de croire que les oligarchies ne cherchent qu’à « s’en mettre plein les poches ». Certes, elles s’y emploient. Mais l’essentiel n’est pas là. Les puissants, qui sont aussi parfois des intellectuels, voire des banquiers-intellectuels s’activent pour que le monde réel ressemble à leur monde idéal, pour que le monde divers et multipolaire devienne un monde uniforme et unipolaire. Le système n’est pas simplement matérialiste, il « porte »  (comme dit Macron) aussi une utopie. Un monde d’individus tous semblables et remplaçables, jetables, délocalisables, recyclables indéfiniment.

Parmi les antisystèmes, il y avait le Front national, celui qui, à l’époque de Le Pen père, de Roger Holeindre, de Jean-Claude Martinez (un tiers-mondiste et deux tiers christique), était, dit Bonnal, « sauvage, marrant, brutal ». Finalement plus cultivé que l’actuel FN. Et vraiment antisystème dans son style. Cela a changé.

Raz de marée du système

Avec Macron et Fillon, il y avait un peu plus de 40 % de voix pro système au soir du 1er tour. Avec Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, 40 % de voix antisystème. Un quasi équilibre. Au second tour, cela donne 2/3 pour le système, 1/3 contre. Raz de marée du système.

Comme le rappelle Nicolas Bonnal (Eric Zemmour avait aussi insisté là-dessus), 90 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon n’ont pas rejoint Marine Le Pen au second tour. Beaucoup se sont abstenus, mais, au moins autant ont voté Macron. C’est donc l’échec du projet (celui de Florian Philippot, lui et ses proches tous battus aux législatives) de fédérer le camp du Non au référendum de 2005.

Échec prévisible. Les mélenchonistes se veulent « de gauche », et ce n’est pas demain que le FN sera perçu comme tel (sauf par Yvan Blot fustigeant « Marine la rouge »). D’autant que les lignes ont bougées depuis ce fameux référendum.

Ainsi, toute la dédiabolisation du FN, toute cette prudence observée sur les sujets sensibles (loi Gayssot, question du sort du peuple palestinien, « priorité » nationale au lieu de « préférence »…) pour être, au final, toujours traité de « facho ». Lionel Jospin l’avait affirmé : l’antifascisme est un mensonge car il n’y a pas de danger fasciste en France, et il disait cela à propos du Front national de JMLP et non de celui de sa fille. Alors maintenant…

Mais pourtant, l’argument du barrage contre « l’extrême droite », assimilée au fascisme, fait encore un peu effet. Suffisamment pour arriver à 2/3 des suffrages exprimés pour le système. Et c’est un tel confort pour une gauche inculte, non pas Mélenchon lui-même sans doute, mais tant de ceux qui l’entourent. Et puis, il y a une telle prime à tout ce qui permet de se dispenser de penser vraiment. Penser au populisme, c’est tellement facile que penser le populisme. Mais quand le FN « antisystème » échoue, il est vrai qu’il y met de la bonne volonté. En tout cas en 2017.

Quand le FN était un parti de la pensée sauvage

Jadis « parti rebelle, parti de la pensée sauvage » (Jean Baudrillard), le FN est devenu un parti profondément ennuyeux, incapable de se réformer, comme le montrent les séminaires de juillet 2017, qui se contentent de dire que tel sujet est « moins prioritaire » que tel autre, et est reporté… à la fin d’un hypothétique quinquennat de Marine Le Pen, hypothèse qui prend pourtant l’eau de toute part depuis les présidentielles de 2017.

Rien de pire que de défendre des choses auxquelles on ne croit pas (ou plus) vraiment. Mieux vaut se borner à défendre deux ou trois convictions vraies. Mais justement, lesquelles sont celles du néo-Front ? Assagi, mais pas devenu pour autant très sérieux, le néo-FN a perdu « son petit air d’innocence » (Guy Debord). Sans diablerie, sans insolence, il fait désormais bailler. Ses amis comme ses ennemis. Un FN « apaisé » n’intéresse personne.

Revenant sur le calamiteux débat de l’entre-deux-tours entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, Nicolas Bonnal rappelle à quel point Mme Le Pen a sous-estimé son adversaire. A partir du moment où le débat portait sur la connaissance de « dossiers » économiques, encore fallait-il les connaitre, ou ne pas débattre – ce qui eut été conforme aux institutions de la Ve République version 1958 révisée 62.

L’élection n’est pas un concours entre 2 candidats restant en lice, mais un face à face entre ces candidats et le peuple. En dernier recours, quitte à « débattre », il fallait orienter le débat sur les questions de civilisation.

Veut-on plus de mondialisation ? Stop ou encore ? C’était la question, et c’était une question de civilisation

C’est ce qu’il fallait dire aux Français. Encore eût-il fallu le pouvoir, et en saisir vraiment les enjeux. Et pour cela être bien conseillé. Mais y a-t-il un Jean-Yves Le Gallou dans l’entourage de Marine Le Pen ? Rien ne le laisse penser. Au néo-FN, pas de revues, pas d’intellectuels, des « experts » certes (et encore, laisse-t-on s’exprimer les meilleurs ?). Les « experts » ? Des « imbéciles instruits » (Régis Debray) ne maîtrisant aucune problématique d’ensemble.

Résumons ce que dit Nicolas Bonnal : MLP n’a pas pris le recul nécessaire pour aborder les grands dangers démographiques, civilisationnels menaçant notre pays. On ne lui donnera pas tort. Déçu quant aux antisystèmes de France, notre auteur l’est aussi quant au pseudo-antisystème élu Donald Trump. Ce dernier reprend à son compte la politique antirusse des équipes précédentes.
On peut se demander, avance Nicolas Bonnal, si l’expérience Trump de permet pas de faire un exemple : « Voyez où mène le populisme ! ». Brandon Smith étaie cette hypothèse par une excellente formule : « Trump est en fonction pour une raison : détruire l’idée de conservatisme jusqu’à la fin des temps ». En effet, pour que vive un conservatisme intelligent, c’est-à-dire antilibéral et antimondialiste, il faudrait que le grand remplacement des âmes ne soit pas déjà largement accompli. « Bien loin de témoigner d’une vitalité excessive, l’homme du machinisme, en dépit des immenses progrès réalisés par la médecine préventive et curative, ressemble bien plutôt à un névropathe passant tour à tour de l’agitation à la dépression, sous la double menace de la folie et de l’impuissance. » (Bernanos, La France contre les robots, 1947). Il faudrait aussi qu’un conservatisme sociétal rejoigne un conservatisme du travail, un conservatisme antiproductiviste, défenseur des manières de bien travailler et partisan d’une solide protection sociale.

Nous en sommes loin. Nicolas Bonnal écrit : « La jonction des antisystèmes de gauche et des antisystèmes de droite dont certains rêvaient il y a trente ans (Jean-Edern Hallier, son Idiot international dont je faisais partie), semble totalement impossible. Depuis 1789 ou 1944, le contentieux imaginaire entre les deux camps est trop fort et sert le centre aux affaires ».

Nicolas Bonnal éradique les illusions, sur les choses, sur chacun (et sur lui-même !). Il fut pro-Poutine, il voit maintenant les choses différemment. « Je suis pro-russe, mais je suis surtout pro-paix. » Suivra-t-on N. Bonnal tout le temps et partout ? Certes non. Pas sur l’Ukraine en tout cas. D’ailleurs, il faudrait parler de Petite Russie. L’Ukraine est une composante de la grande patrie russe comme la Sardaigne et le Frioul composent la nation italienne. C’est d’ailleurs très honorable. Oui à l’indépendance de l’Ukraine, mais dans le cadre d’un lien confédéral avec la Russie. A partir du moment où l’Ukraine, avec sa « révolution colorée » devenait un État de plus en plus aligné sur les Américains, et de moins en moins tolérant quant aux minorités non ukrainiennes (plus de 20 %), il était souhaitable que la Crimée soit rattachée à la Russie, à la fois parce que ses habitants le souhaitaient massivement, et parce que, « en même temps » – comme dit Macron – que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il faut tenir compte des exigences de la grande politique. Soyons clair : la France et l’Europe ont besoin d’une Russie forte. L’une des conditions pour que la Russie soit forte, c’est qu’elle contrôle la Crimée, et quelques autres régions, comme l’Abkhazie et son port de Sukhumi. Quand on regarde la carte des bases américaines de par le monde, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne sont pas des attentes déraisonnables de la Russie.

L’être moderne est un nihiliste selon Edouard Drumont

L’un des aspects les plus passionnants du livre de Nicolas Bonnal, c’est son attention au cinéma et à ce qui, dans le cinéma, annonce les temps futurs, ou de possibles futurs. En un sens, « seule la faction donne accès au réel », comme le note l’écrivain Michel Schneider. Nicolas Bonnal voit dans beaucoup de films l’écho de la mécanisation du monde que nous connaissons. L’homme n’en sort évidemment pas indemne. « La vie de tous s’est dégradée en univers spéculatif », relève Guy Debord.
Bonnal cite aussi Edouard Drumont à ce propos. « L’être qui est là est un moderne, un nihiliste, il ne tient à rien. Il n’est guère plus patriote que les trois cent mille étrangers, que l’aveuglement de nos gouvernants a laissé s’entasser dans ce Paris dont ils seront les maîtres quand ils voudront ; il ne se révoltera pas comme les aïeux sous l’empire de quelque excitation passagère, sous une influence atmosphérique en quelque sorte qui échauffe les têtes et fait surgir des barricades instantanément. » (1887). Les grandes villes sont un enfer, Paris est un enfer. Balzac l’avait déjà écrit : « A force de s’intéresser à tout, le parisien finit par ne s’intéresser à rien. » Les mœurs, c’est-à-dire l’éducation et la tenue de soi partent en vrille et ne laissent place qu’à deux choses, « l’or et le plaisir ». Pour nous engluer dans le présent, nos politiques, hier Giscard, aujourd’hui Macron, le « nouveau VGE », dit Bonnal (mais les temps ont tellement changé que la France n’a plus « besoin » d’un président modernisateur. La modernité est devenue autogire) laissent croire à la fin de l’histoire.

Les Européens seraient arrivés à la dernière étape de leur histoire, celle où il n’y a plus qu’à se laisser porter par le vent des droits de l’homme. Mais nos dirigeants ne nous disent pas que nous sommes alors l’objet de l’histoire des autres. La prolifération de discours hyperspécialisés nous détourne de l’histoire, qui est une discipline de synthèse. Balzac et Tolstoï avaient déjà vu ce phénomène. Nous ne n’y entendons que dans nos petites affaires. Les grandes affaires nous dépassent. L’exagéré Gustave Le Bon n’avait pas entièrement tort quand il assurait que si on tenait en même estime le travail manuel que le travail intellectuel, on échapperait au drame des demi intellectuels, qui sont plus malheureux et plus nuisibles que les gens qui ne savent rien, et on échapperait à l’humiliation du déclassement de ces demi-intellectuels.

Le perpétuel jeu du déclassement est du reste un autre nom de la lutte des classes, mais aussi de la liquidation des anciennes oligarchies par de nouvelles (Roberto Michels). La lutte des classes passera aussi par des mesures hygiénistes consistant à loger les masses « réunies par cohortes comme dans de vastes familles » (Maurice Joly dans un dialogue imaginaire, au XIXe siècle, entre Machiavel et Montesquieu).

Les antisystèmes voient-ils des complots partout ?

La diversité des thèmes abordés par N. Bonnal, et l’apparent désordre de leur apparition correspond à un postulat. C’est l’axe invisible du livre.

Nicolas Bonnal : « J’ai écrit de nombreux textes qui tournent autour du même thème, de la même constatation. Les choses, les problèmes ne changent plus depuis deux siècles ou presque. Lisez la conclusion des Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand et vous êtes déjà dans notre vieux monde. Monde unifié, monde laid, monde anti-artistique, monde décivilisé, monde de contrôle, d’argent et de quantité ». Il écrit encore : « Depuis 1815 environ, l’histoire moderne est un présent permanent uchronique et dystopique ». Une utopie qui vire au cauchemar : c’est justement l’histoire du règne de l’idéologie du progrès. « L’insatisfaction elle-même est devenue une marchandise » (Guy Debord).

Si les réponses de N. Bonnal sur de multiples questions peuvent et doivent être discutés, ses hypothèses sont toujours stimulantes. Exemple : les idées de Guido Preparata sur la manipulation de l’Allemagne pour la jeter contre la Russie et permettre la domination des puissances de la mer (anglo-saxonnes) ? On peut ne pas adhérer à leur caractère systématique, mais, néanmoins, être lucide sur le fait que le choc entre Russie et Allemagne, et ce, dès la première guerre mondiale, a fait le jeu des États-Unis et du Royaume-Uni, et, au-delà, d’une certaine fraction du capitalisme ainsi que d’un certain modèle économique (la city contre le modèle rhénan).

L’originalité de N. Bonnal est qu’il montre à la fois l’intérêt des théories du complot – les manipulations existent – et la limite de ces théories. Il le fait souvent à la suite de Tocqueville. Ainsi, note celui-ci, les sociétés secrètes chères à l’abbé Augustin Barruel « ont été les symptômes de la maladie, et non la maladie elle-même ».

Mais revenons à nos antisystèmes. L’obsession du complot, l’idée que certains, cachés, « tirent les ficelles de tout cela » ne leur est pas étrangère. Qu’ils soient antisystèmes « de droite » ou « de gauche ». Les antisystèmes veulent se distinguer des imbéciles, et, pour eux, les imbéciles sont d’abord les naïfs. Les antisystèmes font partie de ce que Guy Debord appelait la demi-élite, qui « se contente de savoir que presque tout est obscur ». Ce sont encore ceux que Pascal appelait les « demi habiles ». Ces intellectuels, ou « demi-intellectuels », comme écrivait Raymond Aron, sont ceux « à qui on ne l’a fait pas ».

Grincheux, ils sont parfois rebelles – ce qui est déjà mieux. Mais peuvent-ils être révolutionnaires ? Comprennent-ils le moment historique que nous vivons ? Ce serait beaucoup leur prêter. Ils constituent, pour les plus radicaux d’entre eux, le « Parti absent » (Guy Debord), qui travaillerait à la subversion de l’ordre politique et social.

Evidemment, le « Parti absent » a tendance à être paranoïaque et à analyser le système comme manipulant ces propres critiques, ses propres oppositions. Ce n’est d’ailleurs pas entièrement faux. Mais c’est passer à côté de l’essentiel. Le système ne se réduit jamais à ses manipulations. Le philosophe persan Omar Khayyam écrivait, au tournant des XIe et XIIe siècle : « Pour parler clairement et sans paraboles, Nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel ; On s’amuse avec nous sur l’échiquier de l’Être, Et puis, nous retournons, un par un, dans la boîte du Néant. » (Les Quatrains).

Cet ordre des choses qui parait auto-engendré, naturalisé, c’est que Edward Bernays, le neveu de Freud, appelait le « gouvernement invisible » (Louis Althusser parlait, plus pauvrement des appareils idéologiques d’Etat, ce qui était réducteur). Walter Lippmann et l’école de la « Cité libre » – des libéraux forcenés – théoriseront ce besoin des élites de « prendre en main » la démocratie, de la domestiquer, de la confisquer (j’en dis deux mots dans mon Inventaire de la modernité, paru chez Avatar). Les élites oligarchiques font en sorte que le peuple ne coche que des cases pré-remplies. Fausse gauche ou fausse droite, tel est le choix. (En ce sens, l’élection de Macron, se disant « de droite et de gauche », marque un tournant et clarifie les choses, à condition de comprendre que, sociétalement, il est de gauche, – mais la droite a fait la même politique -, économiquement, il est de droite, – mais la gauche a fait la même politique).

Selon Nicolas Bonnal, « Macron poursuivra en pire la politique de Hollande. Non, il n’est pas du centre, il est d’extrême gauche, la seule vraie aujourd’hui : l’extrême gauche sociétale. Ceux qui ne le comprennent pas ignorent la nouvelle alliance propre à notre temps : celle de la finance internationale ultralibérale avec l’extrême gauche sociétale (LGBT, No Borders, etc.) tandis que, sur le plan économique, la finance s’allie aux assistés de toutes sortes (migrants compris) que la même finance multiplie en licenciant et en encourageant l’immigration. Tout cela au détriment des classes moyennes qu’il s’agit d’écraser encore car elles ont le défaut, pour les mondialistes, d’être porteuses d’un héritage de valeurs qu’ils veulent détruire ». Macron : l’extrême gauche sociétale ? C’est très possible. Mais l’homme est complexe, et parfois imprévisible, et intelligent. A suivre. Il est un peu tôt pour des appréciations définitives.

Restent les faits. Pourquoi Macron l’a-t-il emporté, et surtout, pourquoi si largement (66 %) ? La raison est simple : le système s’est rassemblé, unanime au second tour. Les antisystèmes, quant à eux, étaient profondément divisés.

Conclusion : le système existe, l’antisystème est un leurre

Il permet de gagner des points ? Oui, mais pas de gagner les élections (sauf aux législatives où le FN a bénéficié d’un étonnant sursaut, venu des couches les plus populaires de l’électorat). Macron : homme du système ? « Ce système, je le refuse », déclarait pourtant Emmanuel Macron le 16 novembre 2016. Oui, mais pour proposer un petit pas de côté, il faut être déjà parfaitement adoubé par le système.

Revenons à la cause de l’échec des antisystèmes. Car il y a l’échec de MLP, mais il y aussi celui – relatif – de JLM. Il a certes fait un bon 19 % aux présidentielles, mais n’est arrivé que quatrième. Ce n’est pas le triomphe espéré (et pourtant, Dieu sait si le thème de « La France insoumise » était bon). Ses 11 % aux législatives, un peu au-dessous du FN (mais au-dessus si on ajoute le PCF, parfois allié à LFI), sont honorables, mais, lui aussi, et sa « France insoumise », sont balayés en partie par la vague Macron.

Pourquoi les antisystèmes étaient-ils divisés ? Réponse simple. Parce qu’ils n’étaient d’accord sur rien. Jean-Luc Mélenchon ne veut rien faire pour arrêter ou freiner l’immigration, Marine Le Pen voudrait la stopper ou la limiter à un solde de 10 000 par an. Pas d’accord non plus entre des antisystèmes très antilibéraux et d’autres d’abord anti État.

L’a-t-on oublié ? Le Front national n’était pas d’accord avec lui-même sur la sortie de l’euro. Aujourd’hui, Florian Philippot prétend vouloir absolument un rapprochement avec Nicolas Dupont-Aignan mais celui-ci préfère une monnaie commune (qui ne dépend pas que de nous) en complément d’un retour à une monnaie nationale à la sortie pure et simple de l’euro. Voire, il se satisferait d’un autre fonctionnement de l’euro, restant monnaie unique (il a raison). Mélenchon veut une Constituante (les esprits sont-ils prêts à cela ? J’en doute). De son côté, MLP veut une République référendaire (jusqu’à ne plus prendre ses responsabilités en cas de victoire, où des éléments de son programme seraient soumis au référendum, comme si son improbable élection ne vaudrait pas accord sur son programme).

Redisons-le : il y a un camp du système, il n’y a pas de camp des antisystèmes

Le FN pense que Mélenchon est d’extrême gauche, alors que c’est un social-démocrate (ce qui est déjà bien mieux qu’un social-libéral, mais qu’est-ce que cela peut signifier qu’être « social-démocrate » après la fin du fordisme ? Comment faire ou refaire de la social-démocratie dans notre nouveau contexte ?). De son côté, Jean-Luc Mélenchon croit que Marine Le Pen est d’extrême droite, alors que presque tout la sépare de ce camp idéologique (pour de bonnes raisons et de moins bonnes, comme le fait qu’elle appartienne mentalement à la sphère de la postmodernité. Comme tout le monde, me direz-vous. Bien sûr. Presque comme tout le monde. Mais on n’est pas obligé de s’aligner sur ce qu’il y a de pire).

Quelles marges de manœuvre reste-il alors aux antisystèmes ? Le système – ou le Capital (c’est ici la même chose) – bouge plus vite que les antisystèmes. Quant à la gauche, elle a conclu, selon l’excellente formule d’Isaac Shamir, un mariage de raison avec les libéraux depuis 1983, et ce mariage de raison est devenu un mariage d’amour. Dans cette configuration, la gauche est le nouveau parti conservateur du système. Elle montre le chemin à la droite du système.

En face du parti des gens établis, intégrés, cadres et personnes âgées (Emmanuel Todd a bien montré le poids des retraités dans le sens de la conservation du système de l’argent, non pas parce qu’ils aiment plus l’argent que les autres, mais parce que le chantage à la faillite de l’État et des banques est plus efficace sur eux), on trouve une jeunesse plus critique voire rebelle, qui vote volontiers Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, Mélenchon ayant, du reste, fort bien évolué en politique internationale, avec ses positions pour la sortie de la France de l’OTAN.

Cette jeunesse est, en un sens, conservatrice, non pas du système mais de ce qu’il reste de non-marchandisable dans notre société. Logiquement, ce conservatisme devrait être révolutionnaire puisque, précisément, le système vise à l’extension du domaine de la marchandise.

Esprit polémique, Nicolas Bonnal utilise parfois des raccourcis qui peuvent faire passer à côté de l’essentiel. « Alain de Benoist court après les idéaux du défunt PCF », écrit-il. Il ne court pas après le productivisme du vieux PCF en tout cas. L’idéal d’une France non alignée, d’un monde sorti de la domination de l’argent ? Pourquoi pas ? Moi-même, je ne pense jamais sans sympathie aux communistes authentiques, membres du « Parti », que j’ai connu dans les années 1980 (je pense à toi Pierre Reiner). L’Union du peuple de France ? C’était – et cela reste – un excellent mot d’ordre, renvoyant, du reste, plus à Ferdinand Lassalle qu’à Marx et Engels (Lassalle dont les circonstances de la mort nous rappellent à quel point nos temps se sont dégradés. Un tel parcours de vie est devenu tout simplement inimaginable chez un homme politique).

Nicolas Bonnal décrit les adeptes des réseaux internet « antisystèmes » comme « le troupeau liquide de la société liquide [tout se modifie avant la création de normes et d’habitudes – PLV] décrite par le regretté sociologue israélien Zygmunt Bauman ». (Il n’était pas israélien mais polonais de religion juive et de nationalité britannique !). Nicolas Bonnal note encore : « La flexibilité recherchée partout par le capital reflète l’émergence de la société liquide rêvée par ce même capital cosmopolite et sans racines. Les réductions d’effectifs sont au programme de toutes les bonnes sociétés, de toutes les bonnes corporations. La médiocrité de la condition postmoderne décrite par exemple par Lyotard dans un rapport célèbre (’’chacun est ramené à soi – et chacun sait que ce soi est peu’’) ne prédispose pas à la protestation et la mobilisation de masse, bien plutôt à une soumission globale, celle à laquelle nous assistons maintenant aux quatre coins du globe ».

Nicolas Bonnal montre bien que les antisystèmes font partie du système. Mais, pour cela même, j’ajoute qu’ils sont le grain de sable dans le système. Ils sont ce qui peut le faire dérailler, ou l’obliger à céder la place à autre chose.

Nicolas Bonnal, Le choc Macron. Les antisystèmes sont-ils nuls ? Amazon, 10,55 €
Pierre Le Vigan, collaborateur d’Eléments, est architecte, urbaniste, diplômé en psychopathologie et en histoire ; il est l’auteur de plusieurs livres dont L’Effacement du politique / La philosophie politique et la genèse de l’impuissance de l’Europe, éditions La Barque d’Or, 164 pages.
Illustration : Che Guevara. Être anti-système, c’est déjà être dans le système.

 

 

 

  1. agga
    agga14 septembre 2017

    Pas plus que les “insoumis”, le FN n’a jamais été anti système;
    Ni avec le père, où le FN était très libéral, ni avec la fille, où le FN est timidement anti-europe et timidement plus social, mais stigmatise toujours autant de français contre d’autres français.
    Etre anti-système, c’est d’abord refuser les pièges tendus par le système.
    Par exemple, faire croire que fermer les frontières, c’est ne plus laisser passer ni personne ni marchandise. Comme si c’était ou tout noir, ou tout blanc.
    C’est faire croire qu’être contre l’immigration massive, c’est être contre les maghrébins (pour parler clairement). Alors qu’on peut tout à fait les respecter, et les considérer comme des français à part entière, mais ne pas vouloir d’immigration. Comme si c’était ou tout noir, ou tout blanc.
    C’est faire croire qu’on ne peut plus avoir de Services Publics dignes de ce nom, sans passer au bolchevisme.
    Dans le même genre : faire croire que l’on est obligé de passer par les banques privées pour financer l’emprunt public… alors que pendant la plus large partie de l’histoire de France, et c’est valable pour toutes les nations du monde, celles-ci se sont toujours auto-financées sans passer par l’emprunt privé (conduisant à la dette illégitime).

    Tout ceci, ni Mélenchon (le clown franc maçon du système), ni Marine (l’épouventail du système), ne le propose.
    Pourtant, De Gaulle l’a fait. C’est donc que c’était possible. Et en sortie de guerre (deux) mondiale.

    “Au second tour, cela donne 2/3 pour le système, 1/3 contre. Raz de marée du système.”
    Faux : et les abstentionnistes alors ? Ce n’est pas parce que le système ne les comptabilise pas, qu’il faut faire de même.

    “C’est donc l’échec du projet (celui de Florian Philippot, lui et ses proches tous battus aux législatives) de fédérer le camp du Non au référendum de 2005.”
    Faux. C’est un ensemble de circonstances : le clown mélenchon qui calque sa ligne en grande partie sur celle du FN, le “débat” lamentablement foiré par Marine, le rapprochement avec NPA et le cafouillage suicidaire concernant l’euro qui s’en ai suivit… c’est un peu de tout ça.

    “Un FN « apaisé » n’intéresse personne.”
    Il interesse tellement plus personne qu’un tas de truellistes et de sionnistes s’empressent de le rejoindre, histoire de bien le neutraliser. Le dernier en date (qui a la double étiquette, comme souvent) : Collard. Qui a enfin pris sa carte. mdr

    “Nicolas Bonnal rappelle à quel point Mme Le Pen a sous-estimé son adversaire. A partir du moment où le débat portait sur la connaissance de « dossiers » économiques, encore fallait-il les connaitre, ou ne pas débattre – ce qui eut été conforme aux institutions de la Ve République version 1958 révisée 62.”
    Marine a surtout sous-estimé l’espionnage d’Etat, ce qui fait que Micron savait certainement à l’avance ce qui l’attendait.
    Et le cafouillage dû au rapprochement avec NPA sur la question de l’euro (quelques jours avant le débat hein), a fait le reste…

    “et le peuple. En dernier recours, quitte à « débattre », il fallait orienter le débat sur les questions de civilisation.”
    Vrai, Il fallait orienter sur les question régaliennes, toutes perdues par la France. Se présenter comme l’héritier d’un De Gaulle. Ce qu’elle n’a pas fait. Elle s’est laissé enfermer dans des questions économiques subsidiaires qu’elle ne maitrisait pas (en partie cause cafouillage on l’a déjà vu), et dans une posture agressive grotesque.

    “Veut-on plus de mondialisation ? Stop ou encore ? C’était la question, et c’était une question de civilisation”
    C’est exactement la ligne de Philippot.

    “Le perpétuel jeu du déclassement est du reste un autre nom de la lutte des classes,”
    Rentrer dans cette grotesque entourloupe c’est déjà avoir perdu.
    La seule lutte véritable c’est : patriote, ou mondialiste ?
    Ceci une fois réglé, retour à l’ancien régime. A bas la répoublique (du moins celle qu’on connait), à bas l’évasion fiscale, mandat révocable pour les politiciens, et référendum d’initiative populaire.
    Terminé.
    Les classes ? lol. Si c’était ça le principal problème… La vérité est que le communisme est un des principales obstacle au retour d’une société apaisée. Ce n’est qu’une autre voie pour détruire les peuples, les identités, les nations.

    “On peut ne pas adhérer à leur caractère systématique, mais, néanmoins, être lucide sur le fait que le choc entre Russie et Allemagne, et ce, dès la première guerre mondiale, a fait le jeu des États-Unis et du Royaume-Uni, et, au-delà, d’une certaine fraction du capitalisme ainsi que d’un certain modèle économique (la city contre le modèle rhénan).”
    Merci, ça, c’est lucide.
    Un exemple : les ports des Etats-unis fermés au commerce avec l’Allemagne dans l’entre-deux guerres. Sous contrôle de qui, ces ports ?

    “« Macron poursuivra en pire la politique de Hollande. Non, il n’est pas du centre, il est d’extrême gauche, la seule vraie aujourd’hui : l’extrême gauche sociétale. Ceux qui ne le comprennent pas ignorent la nouvelle alliance propre à notre temps : celle de la finance internationale ultralibérale avec l’extrême gauche sociétale (LGBT, No Borders, etc.) tandis que, sur le plan économique, la finance s’allie aux assistés de toutes sortes (migrants compris) que la même finance multiplie en licenciant et en encourageant l’immigration. Tout cela au détriment des classes moyennes qu’il s’agit d’écraser encore car elles ont le défaut, pour les mondialistes, d’être porteuses d’un héritage de valeurs qu’ils veulent détruire ».”

    Ah enfin, nous y voilà ! J’ai eu peur.

    “Restent les faits. Pourquoi Macron l’a-t-il emporté, et surtout, pourquoi si largement (66 %) ? La raison est simple : le système s’est rassemblé, unanime au second tour. Les antisystèmes, quant à eux, étaient profondément divisés.”

    Ils étaient pire que divisés; ils étaient infiltrés.
    Le FN par les truelles et les sionistes, et les insoumis par … exactement les mêmes, avec des casquettes rouges à la place des bleues…

    ” il se satisferait d’un autre fonctionnement de l’euro, restant monnaie unique (il a raison)”
    C’est surtout un utopiste ; vouloir réformer l’euro, nécessite un accord de tous les pays membres.
    Par conséquent, vouloir réformer l’euro, c’est d’abord le détruire. En sortir.
    Ah il ne veut pas ?
    Bon, là, ça devient du foutage de tronche, ou de la couardise. Au choix.
    En plus, “il a raison”; où est l’argument ? Perso j’ai 3000 ans d’histoire dans laquelle piocher pour prouver le contraire.

    “Le FN pense que Mélenchon est d’extrême gauche, alors que c’est un social-démocrate”
    Mais non; c’est un faschiste-libertaire.
    Il est pro-68 concernant le sociétal, et faschisant au quotidien : agressif, et encourage ses troupes à l’être dans la rue.
    Bref, un trotskiste. Donc, pas du tout démocrate, et encore moins social (puisqu’il fait le jeu des libéraux)

    pourtant vous avez déjà cité :
    “« Macron poursuivra en pire la politique de Hollande. Non, il n’est pas du centre, il est d’extrême gauche, la seule vraie aujourd’hui : l’extrême gauche sociétale. Ceux qui ne le comprennent pas ignorent la nouvelle alliance propre à notre temps : celle de la finance internationale ultralibérale avec l’extrême gauche sociétale (LGBT, No Borders, etc.) tandis que, sur le plan économique, la finance s’allie aux assistés de toutes sortes (migrants compris) que la même finance multiplie en licenciant et en encourageant l’immigration. Tout cela au détriment des classes moyennes qu’il s’agit d’écraser encore car elles ont le défaut, pour les mondialistes, d’être porteuses d’un héritage de valeurs qu’ils veulent détruire ».”

    voilà, c’est simple.

    “Cette jeunesse est, en un sens, conservatrice, non pas du système mais de ce qu’il reste de non-marchandisable dans notre société. Logiquement, ce conservatisme devrait être révolutionnaire puisque, précisément, le système vise à l’extension du domaine de la marchandise.”

    La jeunesse n’est conservatrice de rien, ou si peu.
    D’un côté : de la bonne bière et des concerts à la con, de l’autre du foot et du shit, entre les deux de la télé réalité, et du porno pour saupoudrer le tout.
    C’est ça votre conservatisme ? Au passage tout ceci, c’est marchandisé.
    Inculte, c’est tout. Mais rien n’est fait pour l’élever, bien au contraire.

    “Nicolas Bonnal note encore : « La flexibilité recherchée partout par le capital reflète l’émergence de la société liquide rêvée par ce même capital cosmopolite et sans racines. Les réductions d’effectifs sont au programme de toutes les bonnes sociétés, de toutes les bonnes corporations. La médiocrité de la condition postmoderne décrite par exemple par Lyotard dans un rapport célèbre (’’chacun est ramené à soi – et chacun sait que ce soi est peu’’) ne prédispose pas à la protestation et la mobilisation de masse, bien plutôt à une soumission globale, celle à laquelle nous assistons maintenant aux quatre coins du globe ».”

    Finalement il est bon ce Bonnal.
    Ses citations restent quand même le meilleur de votre article.

    “Nicolas Bonnal montre bien que les antisystèmes font partie du système.”
    C’est peut-être aussi car ceux dont vous parlez partout ici ne sont pas des anti-systèmes. Ils sont juste moutonisés. Le fait de les présenter comme des anti-système tout au long de l’article (et apparemment chez Bonnal également) est inapproprié.

    Je ne leur jette pas la pierre: j’ai voté pour une sous fiente de facteur il y a quelques années. Difficile de faire pire comme attrape-nigaud.
    Difficile dite vous areuh !

  2. Milsabor
    Milsabor15 septembre 2017

    Je note juste une tache aveugle dans l’analyse de N Bonnal et de l’analyse de son analyse par PLV : le poids exercé sur la dernière élection présidentielle par le précédent grec. Le rapport de force entre Tsipras et l’UE a tourné court quand il a avoué son intention de ne pas quitter l’UE. Comme l’a clairement dit J-C Juncker, président de la commission européenne : il n’y a pas d’alternative démocratique aux traités européens. Partant de là l’opposition Système/antiSystème se résume à l’opposition européistes/souverainistes comme condition préliminaire. Or les deux candidats soi-disant antiSystème MLP et JLM se sont tous les deux dégonflés sur cette question juste avant le premier tour des élections en avouant la même lâcheté que Tsipras, perdant toute crédibilité comme force alternative et réduisant leur rôle à celui de figurants de la comédie du spectacle de la démocratie inversée.

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