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Mayotte : un remplacement de population ?

Mayotte Population

Mayotte : un remplacement de population ?

Armand Launay ♦

Que se passe-t-il dans l’Océan indien pour qu’un des deux députés du 101e département français tienne des propos aux accents zemmouriens dans un grand magazine métropolitain ? Ces propos sont rapportés dans un entretien de Daoud Boughezala avec Mansour Kamardine, personnage notable de l’ile de Mayotte, encarté chez Les Républicains et deux fois élu à la députation. Sur le site causeur.fr le député actuel avance que “l’État français laisse faire le remplacement de population.” Par-delà, c’est la souveraineté des Mahorais, et donc de la France, qui est en cause. En effet, l’Union des Comores, pays qui a accédé à l’indépendance en 1974, souhaite le retour de Mayotte dans son giron.

Y a-t-il lieu de parler de “remplacement de population” ?

Les chiffres de l’INSEE sont publics. Que disent-ils ?

«Les mères nées aux Comores mettent au monde 69 % des bébés nés sur le sol mahorais en 2016, soit une progression de 7 points par rapport à 2014.» C’est sans compter 5 % de naissances issues de mères malgaches. «Parmi les départements français, c’est à Mayotte que la proportion de naissances de mères de nationalité étrangère est la plus élevée (74 %), loin devant la Guyane (51 %) et la Seine-Saint-Denis (41 %)». On attend les résultats du recensement en cours pour connaitre précisément la population résidant à Mayotte mais, d’ores-et-déjà, on mesure que les étrangers supplantent la population locale, au moins en nombre de naissances et donc dans la jeunesse. Il y a donc lieu de parler de remplacement de population. Mais d’aucuns diront que ce n’est qu’un problème de papiers et qu’il suffirait de régulariser cette population pour que rayonnent les statistiques.

Un simple problème de visa ?  Une régularisation administrative ?

C’est l’option que semble poursuivre le gouvernement actuel sans être généreux sur les détails.  Durant sa visite à Mayotte, début septembre, la ministre des Outre-mers, Annick Girardin avait évoqué que le visa permettant de résider à Mayotte devrait être plus accessible. L’ancien ambassadeur de France aux Comores, Luc Hallade, parlait de « volonté d’améliorer la circulation légale, et éviter le stationnement de ces populations sur le territoire » .

Il s’agit donc de remettre en cause le visa dit “Balladur” qui autorise depuis 1995 certains étrangers à résider à Mayotte mais à l’exclusion du reste du territoire national. En clair, la modification de cet aspect du visa créerait un appel d’air de la population comorienne résidant à Mayotte vers le reste du territoire national. Cela renforcerait, aussi, l’immigration d’habitants de l’Union des Comores ; une immigration légale, sans risque de noyade dans les tristement célèbres kwassas-kwassas qui font sourire le président Macron. Ce flux migratoire, plus encadré qu’il ne l’est aujourd’hui, ne désengorgerait pas les 275 km² de la petite, mais riche, île de Mayotte. Pis, il risquerait de diluer la souveraineté des Mahorais sur leur propre île par le flot des immigrants, de leurs enfants méconnaissant généralement la culture mahoraise et le choix des Mahorais pour la France.

Plus généralement, il apporterait un flux supplémentaire de migrants à La Réunion, Marseille… sans que l’on ne voie se dessiner un projet pour la France et pour ces migrants. Quant à Mayotte, à court terme, c’est son maintien dans la République qui est sérieusement remis en cause par un remplacement de population. En effet, la nouvelle population n’admet pas nécessairement la souveraineté française et donc mahoraise sur Mayotte. Or, avec le renforcement de ses droits reconnus par la France, elle risque aussi globalement de renforcer ses prétentions sur Mayotte. C’est que montrent déjà les crises sur l’occupation des terrains habitables dont en particulier les décasages de l’année 2016.

Une immigration sans alternative réelle ?

Ces promesses de modification de visa sont le fruit d’une lecture juridique où la réponse est cherchée dans des statistiques et les chiffres. Elle provient aussi de la croyance que les noyades en mer sont une culpabilité française et non une impéritie des autorités comoriennes abandonnant leur peuple à la misère et aux passeurs qui spéculent sur les traversées en mer des candidats à l’émigration.

Le député Mansour Kamardine déplore la faiblesse des moyens militaires présents à Mayotte et pouvant contrôler deux passes offrant une entrée dans le lagon de Mayotte. La phrase ‒ fleurie ‒ du général de Villiers, cet été, à propos de la baisse du budget de l’armée concerne Mayotte au premier chef : où sont les forces de la 6e nation du monde ? Qui contrôle la frontière ?

Le gouvernement semble préférer l’abandon d’une part de souveraineté française. Il semble préférer une baisse apparente des dépenses publiques, celles de l’armée, tout en laissant dans les faits augmenter une population dont les besoins sont forts. Les services publics de Mayotte en pâtissent qui jonglent entre contrôle des budgets et maintien des services.

Pendant ce temps, hier 12 septembre, se tenait à Paris le Haut conseil paritaire (HCP) franco-comorien. Il a rassemblé deux ministres des Affaires étrangères : Jean-Yves Le Drian, pour la France, et Souef Mohamed El-Amine, pour l’Union des Comores. C’est le site comorien habarizacomores.com qui nous l’apprend. Le Conseil a débouché sur une “feuille de route dont un des points forts serait la mise en place d’un cadre propice à une circulation régulière des personnes en toute sécurité”.

Quant aux élus mahorais ? Ils n’étaient pas invités. On comprend la réaction du député Mansour Kamardine, pourtant représentant de la souveraineté du peuple français de Mayotte.

  1. Lilou35
    Lilou3522 septembre 2017

    Il est grand temps de réviser nos lois sur le droit du sol, il est inconcevable que les Français depuis des décennies paient des impôts pour emménager nos routes, nos écoles, nos hôpitaux, entretenir tous nos fonctionnaires, élus et autres personnages de la République, que toutes ces dépenses profitent à des gens qui s’invitent sans notre accord sur notre territoire d’autant que nous ne sommes pas équipé pour les logés, les employer, les éduqués…Les Français vont finir par faire la grève de l’impôt et comment leur donner tord ? Nous parlons trop des droits de l’homme parlons aussi des devoirs de l’homme.

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