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Sentinelle ou la ligne maginot de soldats ciblés

Sentinelle Vigipirate

Sentinelle ou la ligne maginot de soldats ciblés

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le 9 août, la voiture d’un  «déséquilibré » fonçait délibérément sur des militaires de l’opération Sentinelle à Levallois-Perret, alors qu’ils sortaient de l’une de leurs bases de cantonnement dans la région parisienne. Six d’entre eux avaient été blessés.

On n’a jamais autant parlé de l’armée qu’en cet été 2017 avec un 14 juillet enflammé par la démission du chef d’Etat major, le général de Villiers et cet attaque de nos soldats en plein état d’urgence. Comme le soulignait notre collaborateur Jean Ansar, le chef de l’Etat a enfin nommé devant nos ambassadeurs le terrorisme islamiste, pas nos journalistes pour lesquels l’attentat de Levallois-Perret restera un petit incident de l’été comme d’ailleurs avait eu le culot de le dire le préfet  des Hauts-de-Seine dont le premier tweet réduisait l’événement à un simple « incident » avant de parler d’« un acte a priori volontaire ». L’opération Sentinelle ne serait-elle donc pas la nouvelle ligne Maginot française face aux djihadistes ?

Il est effectivement curieux que, pour se défendre, la France n’ait choisi que de placer des soldats en faction devant des édifices dits « sensibles » en les transformant directement comme cibles. En fait, quelle est la vraie nature de ce dispositif  ?  Tous les rapports d’évaluation sur l’Opération Sentinelle se suivent et se ressemblent : ils n’en voient pas la pertinence opérationnelle. Au lendemain des attaques commises du 7 au 9 janvier 2015 à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, des troupes avaient été dépêchées pour patrouiller dans Paris en renfort des policiers et des gendarmes. Ce renfort militaire n’a cessé de s’amplifier, mobilisant toujours davantage de troupes, consommant à l’heure actuelle entre 7 000 et 10 000 hommes.

Aujourd’hui, personne dans les régiments n’échappe à Sentinelle qui fait désormais partie des servitudes de la vie militaire. Quand arrêterons-nous ? La mission est routinière et peu formatrice. Cet été, on a tous croisé dans les gares ou les aéroports ces jeunes recrues marchant 20 kilomètres par jour dans les rues et les couloirs, harnaché d’un équipement d’une vingtaine de kilos. Il faut ajouter à cela les conditions déplorables de leur hébergement, plutôt rudimentaire. Effectivement, Sentinelle ne fait pas du tout rêver les jeunes engagés épris d’aventure spartiate ! 40 à 50 % du temps militaire est consacré désormais aux opérations intérieures, 15 % sur les théâtres extérieurs.

Mais le pire est bien entendu que les soldats de Sentinelle soient devenus des cibles faciles. L’attaque de Levallois-Perret était la sixième du genre dont les plus récentes avaient eu lieu au Carrousel du Louvre et à l’aéroport d’Orly. On s’interroge donc aussi sur la rationalité d’un tel dispositif et de sa conduite. Est-il logique en état d’urgence d’opérer des relèves en pleine rue au petit matin et à heures fixes ? Nous avons nous-mêmes testé sur Vincennes, autre lieu de casernement parisien de l’opération, des itinéraires plus que réguliers de camionnettes « Vigipirate» avec six soldats à bord.

Sentinelle est une ligne Maginot humaine et  de plus faite de gardes statiques. Il faut laisser à la gendarmerie  ce qui lui incombe. Alors Sentinelle ou cible ?

 

  1. lhomme
    lhomme26 septembre 2017

    On apprend qu’un légionnaire s’est suicidé avec son arme de service lors d’une mission Sentinelle dans la vallée de la Roya près de Nice. C’était une patrouille de Sentinelle de quatre militaires. Le légionnaire âgé de 25 ans et originaire de Trévise en Italie s’est détaché de la troupe et on l’a retrouvé avec son arme, son Famas à côté de lui. Il n’y a aucun doute sur la thèse du suicide. Les raisons qui poussent un individu à commettre l’irréparable sont souvent complexes. Cela étant, il s’agit tout de même du quatrième suicide d’un soldat engagé dans l’opération Sentinelle en un plus d’un an. Le premier s’est produit en juin 2016, au 2e sous-sol des Galeries Lafayette, dans le IXe arrondissement de Paris. En décembre de la même année, un militaire hébergé au Val-de-Grâce dans le cadre de l’opération Sentinelle, s’était également suicidé avec son arme de service, tout comme, en août dernier, un jeune soldat du 1er Régiment de Tirailleurs. Dans les colonnes de Nice Matin, le colonel Jean-Pierre Bedu, délégué militaire départemental, a assuré que les « conditions de vie » des soldats engagés dans l’opération Sentinelle sont « bonnes », ce n’est pourtant pas ce que disent leurs femmes même si les conditions d’hébergements de nos militaires dans les Alpes-Maritimes ne sont pas celles de la région parisienne.

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