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Radioactivité : êtes-vous ALARA ou ALAIN ?

Centrale Nucléaire De Belleville Au Crépuscule

Radioactivité : êtes-vous ALARA ou ALAIN ?

bruno comby-portrait

Bruno Comby ♦
Président de l’Association des écologistes pour le nucléaire

 

 

Article traduit de l’anglais et adapté en français par Michel Gay.

Alors qu’en France, le charbon et le gaz ont été presque entièrement abandonnés au profit du nucléaire, les États-Unis continuent d’en brûler d’énormes quantités pour leur production d’électricité, ce qui “n’est pas bon pour la planète“.

En tant qu’acteur international le plus puissant, les États-Unis devraient favoriser le développement du nucléaire dans le monde pour éviter de brûler des énergies fossiles. Ces dernières seraient plus utiles par ailleurs, par exemple dans la production d’acier, d’engrais, de plastiques, ou de médicaments.

Pour ce faire, il faudrait demander au Comité International de Protection Radiologique (CIPR) de :

1) supprimer l’hypothèse mal fondée et non scientifique de la règle dite “relation linéaire sans seuil (RLSS)”, aussi appelé LNT “Linear No Treshold” en anglais,

2) reconnaître les effets bénéfiques sur la santé de faibles doses de radioactivité (effet hormesis), dont profitent les curistes dans la plupart des stations thermales,

3) modifier l’actuel principe de protection contre les radiations ALARA (“As Low As Reasonnably Achievable“, norme de rayonnement aussi faible que raisonnablement possible) afin de le transformer en ALAIN (“As Low As In Nature“, rayonnement aussi faible que dans la nature), car la terre est naturellement radioactive.

un ecologiste pour le nucléaireCe principe ALAIN est essentiel sur le plan théorique pour fonder les bases de la radioprotection dans l’avenir. Il a été énoncé et défini, pour la première fois en 1994, par Bruno Comby, dans son livre “Un écologiste pour le nucléaire” (Editions La Compagnie du Livre, 1995).

Le principe ALARA conduit à un coût aussi élevé que possible jusqu’à rendre le nucléaire inacceptable (conséquence de l’augmentation des règles de protection coûteuses pour respecter l’abaissement des doses autorisées). La radioprotection fondée sur ce principe freine le développement du nucléaire, voire dans certains cas l’élimine, en rendant progressivement non compétitive la plus propre de toutes les énergies.

Si le principe ALAIN était adopté, l’humanité pourrait davantage se passer des énergies fossiles, à moindre coût, et sans nuire à sa sécurité.

Les États-Unis devraient comprendre que travailler avec l’Europe à se passer des énergies fossiles, grâce à l’énergie nucléaire, la seule alternative viable et abordable, est important pour la sécurité mondiale et la survie de nos démocraties.

Ils devraient activement aider le monde à relancer l’énergie nucléaire en soutenant le développement de la nouvelle génération de réacteurs (GEN III), et en ouvrant la voie à la quatrième génération (GEN IV) avec des réacteurs “régénérateurs“, ou même “surgénérateurs“, à l’uranium, puis au thorium.

Si les États-Unis n’effectuent pas ce travail en coopération avec l’Europe de l’Ouest, les deux continents perdront leur suprématie mondiale dans ce domaine. Et ce sera probablement la Chine et la Russie, et peut-être même l’Inde qui, après 2030, seront les maîtres de la production électronucléaire mondiale.

Abandonner le principe ALARA et se tourner vers ALAIN serait une saine première étape pour commencer à remplacer massivement les énergies fossiles par de l’électricité nucléaire.

Le principe ALAIN protège mieux la santé du public que le concept ALARA, car il s’applique aussi bien à la radioactivité naturelle que médicale et artificielle. Le principe ALAIN les englobe, tandis que le principe ALARA ne s’applique qu’à la seule radioactivité artificielle (d’origine industrielle, et parfois médicale, mais séparément) en tolérant les autres sources de radioactivité. “ALARA” néglige ainsi la radioactivité naturelle, pourtant bien plus élevée, qui a potentiellement beaucoup plus d’effets sur la santé (négatifs, nuls, ou positifs).

La radioactivité naturelle représente 90 à 99% des doses auxquelles la plupart des travailleurs du nucléaire sont exposés et 99,9% des doses auxquelles le public est exposé.

La prise en compte (avec ALAIN) de TOUTES les sources d’exposition à la radioactivité est nécessaire pour protéger au mieux la santé des personnes exposées qu’il s’agisse du public ou des travailleurs du nucléaire. Et, à l’inverse, le cas échéant, pour leur permettre de bénéficier des effets protecteurs et bénéfiques de l’hormesis.

Bruno comby - le nuclaire avenir de l'ecologieC’est pourquoi le récent principe ALAIN a pour vocation de remplacer le vieux concept ALARA, partiel, mal fondé, insuffisant, et défini dans les années 1970. Mais les dogmes scientifiques mal fondés (comme ALARA) sont parfois longs à faire évoluer vers des principes plus ouverts, plus modernes, rendant mieux compte de la réalité scientifique (comme ALAIN). La logique finira certainement par faire son chemin (Cf l’histoire de Galilée, ou le principe d’attraction universelle de Newton).

Au-delà de l’avenir de l’industrie nucléaire, c’est la santé publique et celle des travailleurs du nucléaire qui est en jeu. Il est donc essentiel d’élargir les bases de la radioprotection à TOUTE la radioactivité.

Mettre des normes strictes, comme c’est le cas actuellement, sur seulement 0,1 à 10% de la radioactivité industrielle et négliger les 90 à 99,9% restants de la radioactivité naturelle est absurde et insuffisant.

En outre, l’extrémisme qui résulte de la définition même d’ALARA (sans seuil acceptable, en tendant donc vers zéro pour la radioactivité artificielle) conduit non seulement à une pression réglementaire croissante mortelle pour l’industrie, mais aussi à une impasse scientifique en refusant de prendre en compte l’effet hormesis. Ce dernier est compatible avec le principe ALAIN.

Alors, êtes-vous ALARA (“As Low as Reasonably Achievable”), ou ALAIN (“As Low As in Nature”) ?

Illustration en tête d’article : centrale nucléaire de Belleville au crépuscule.
  1. Franck
    Franck9 octobre 2017

    Ce n’est pas nouveau, c’est théoriquement juste, mais hélas difficilement applicable,

    Techniquement : comment évaluer précisément les doses naturelles des uns et des autres (leur passé, leurs traitements, vacances en Bretagne, voyages en avion…..), C’est déjà dur pour le médical. Combien d’entre nous possédons notre carnet radiologique rassemblant les doses passées?

    En terme d’acceptation du public : on ajoute encore une dose artificielle à une dose naturelle que l’on découvre déjà élevée… ! Qui va s’en réjouir?

    Quant aux faibles doses, les résultats ne sont pas probants (inégalité biologique…).

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