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Les Mahorais feront-t-il reculer l’État ?

Mayotte France

Les Mahorais feront-t-il reculer l’État ?

Armand Launay ♦

Emmanuel Macron  avait promis de mettre la France en marche. Le pari est réussi à Mayotte où deux manifestations ont eu lieu le 25 et 28 septembre contre une réforme du gouvernement visant à limiter l’immigration clandestine en… facilitant l’immigration légale !

La réforme du visa dit “Balladur” 

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Une arrivée incessante de kwassa-kwassas

Les manifestations ont visé la réforme facilitant l’obtention du visa qui permet aux ressortissants de l’Union des Comores de résider à Mayotte. Ce visa, adopté en janvier 1995 sous le gouvernement d’Édouard Balladur, comprend des restrictions afin de ne pas inciter une immigration déjà forte et provenant de l’Union des Comores. Ces restrictions reposent principalement sur la preuve de résidence à Mayotte depuis une période significative, l’impossibilité de se rendre ailleurs en France et son coût. Malgré tout, et comme prévu, cette immigration est envahissante depuis 1995, qu’elle soit légale ou clandestine. En cause, principalement, l’arrivée permanente de kwassa-kwassas. Les Mahorais sont même devenus minoritaires chez eux.

La présidence Macron allait-elle protéger les Mahorais ?

Depuis juin 2013, dans les pas de François Hollande, l’Élysée travaille de concert avec le gouvernement de l’Union des Comores à une feuille de route visant à faciliter l’immigration légale, notamment par la gratuité du visa, la libre circulation de personnes déjà présentes à Mayotte. La cinquième réunion de ce comité a eu lieu le 12 septembre dernier.

Or, les élus représentant le peuple mahorais n’étaient ni conviés ni invités. Les seules informations disponibles ont été publiées par les médias de l’Union des Comores. La feuille de route n’était pas accessible aux citoyens. Quand le Journal de Mayotte (JDM) a publié une version de cette feuille de route, le ministère des Outre-mers a communiqué qu’il y avait des “faux malveillants” circulant sur le Net. Pourtant, le document du JDM était authentique. Si ce n’est pas la preuve d’une volonté de masquer le travail en cours, cela y ressemble et justifie bien quelque grogne…

Victoire du peuple mahorais, place de France !

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La route de l’immigration : destination Mayotte

Le peuple Mahorais, différenciant le gouvernement et la France, a érigé le drapeau tricolore aux cris de ka rivenzdé, “on n’en veut pas” [de la réforme du visa] dans les rues de Mamoudzou. Trois élus se sont faits entendre : Mansour Kamardine, un des deux députés mahorais, Younous Omarjee, député européen des îles françaises de l’Océan indien et un des deux sénateurs, fraichement réélu, Thani Mohamed Soilihi.

Lundi 25, ils ont été écoutés par le peuple ‒ de 3000 à 4000 personnes ‒ rassemblé sur la place de la République, “place de France” comme le rappelle justement le chroniqueur Yazidou Maandhui. Les élus ont été portés par le peuple lors de la manifestation du jeudi 28  volontairement tenue en même temps que la réunion d’urgence organisée par le ministère des Outre-mers, avec les élus Mahorais.

À la suite de cette réunion, le peuple mahorais a obtenu une victoire : désormais ses élus seront “associés” aux réunions du Haut comité paritaire entre la France et l’Union des Comores.

Un gouvernement qui campe sur ses positions ?

La mobilisation des citoyens doit se poursuivre car le processus de concertation avec l’Union des Comores n’est nullement abandonné.

Service de l’immigration à la Préfecture de Mayotte

La feuille de route nous renseigne sur le gouvernement qui veut ouvrir les frontières mais pas les raisons de sa politique. Serait-elle honteuse ? Le gouvernement français trouvait acceptable que tout citoyen comorien ayant un passeport en règle depuis au moins 6 mois puisse gagner Mayotte. Pour quels motifs ? Par exemple, la possession d’un billet aller-retour, d’au moins 500 € ou d’un justificatif d’hébergement par une personne en règle et résidant à Mayotte. 500 € est justement la somme moyenne demandée par les passeurs à chaque personne désireuse d’émigrer vers Mayotte. Quant au justificatif d’hébergement en règle, vu les nombreux litiges durant les décasages (expulsions) où la Justice a peiné à différencier les locataires en règle des squatteurs, on peut estimer que la libre circulation des Comoriens prévue était presque totale. Qu’attendait le gouvernement français en retour ? Un contrôle des frontières, une réduction totale de l’immigration illégale par l’Union des Comores et, surtout, les naufrages de caboteurs. Est-ce bien une contrepartie ? Pourquoi le gouvernement français et l’Union européenne, qui versent chaque année des aides au gouvernement de l’Union des Comores, n’ont jamais conditionné ces aides financières à une lutte contre l’immigration clandestine ? Elle est pourtant bien visible en Anjouan où les kwassa-kwassas sont fabriqués et mouillent. Mais, pourquoi l’Union des Comores lutterait-elle contre l’émigration ? Elle constitue une des principales ressources grâce à l’argent envoyé par les centaines de milliers d’émigrés à leurs familles restées au pays (il en reste, oui).

Des craintes mahoraises 

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Mayotte et le droit du sol

Le gouvernement français est favorable à l’immigration comme l’a montré la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France. La situation de Mayotte va au-delà de cette loi en acceptant l’immigration massive et en la favorisant. Qui plus est, le gouvernement n’oppose pas de contrepartie réelle, avouée. Il abandonne une part de souveraineté en ouvrant les frontières, en exposant les Français à la surpopulation, donc les bidonvilles poussant dans de nombreuses communes, à la saturation des services publics, à la pénurie d’eau, la déforestation, la pollution… À force de donner des droits aux dernières personnes venues, le gouvernement réduit les droits de ses citoyens. À force de donner des droits aux dernières personnes venues, on abandonne avec elles la lutte pour leurs droits dans leur propre pays où règnent quelques familles, quelques entreprises. C’est bien le cas de l’Union des Comores où, au lieu de lutter contre l’oligarchie en place, beaucoup de commentateurs accusent les Mahorais de ne pas aimer leurs voisins, eux qui en accueillent tant. Beaucoup de commentateurs préfèrent disculper l’oligarchie comorienne en accusant la France. On peut en accuser le gouvernement, oui, mais seulement parce qu’il entretient l’oligarchie comorienne. Sauver une partie du peuple comorien, si c’est possible, c’est toujours abandonner l’autre partie.

Pourtant, un enjeu géopolitique de taille demeure entre la France et l’Union des Comores. Les dirigeants de ce pays cherchent toujours à annexer Mayotte, pourtant française de droit comme l’a rappelé le juriste mahorais Thomas M’saïdié. Alors, quand Paris leur donne des droits, Paris cède une part de la souveraineté des Mahorais qui ne veulent pas politiquement être comoriens.

Enfin, si les Mzoungou (métropolitains) ont été rares parmi les manifestants, ce lundi et ce jeudi, beaucoup soutiennent leurs compatriotes mahorais et souhaitent que la France soit en marche , non pas pour fuir mais pour protéger les enfants de Marianne. Ra hachiri, “restons vigilants”, telle est la devise de Mayotte la française.

  1. Hipathie
    Hipathie12 octobre 2017

    “Mayotte est française de droit” : ben voyons !
    Mayotte est devenue française au mépris du droit international, par la seule volonté de Monsieur Giscard d’Estaing et de ses successeurs.
    Et les Français de métropole, pourquoi ne leur a-t-on jamais demandé s’ils souhaitaient que Mayotte devienne “française” ? Pour un mariage, n’est-il pas habituel de demander le consentement des deux époux ?

  2. Mort de rire
    Mort de rire13 octobre 2017

    Il faut rappeler que Mayotte a été imposé aux français, il est plus que temps de se débarrasser de ces ex possessions coloniales qui ne nous servent pas à grand chose à part nous encombrer financièrement.

  3. Armand Launay
    Armand Launay17 octobre 2017

    Deux commentaires antagonistes mais peu nouveaux. Dommage.

    Mayotte est française avec le droit international. C’est le résultat du conseil de sécurité de l’ONU et non les résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU qui résument les prises de position des Etats présents durant les assemblées ; des résolutions qui expriment un point de vue ponctuel, sans valeur juridique. Consultez l’avis d’un spécialiste en droit public à ce sujet : http://lejournaldemayotte.com/wp-content/uploads/2017/09/Thomas-M’SAÏDIÉ-Entretien-sur-La-question-de-l’île-comorienne-de-Mayotte.pdf
    Quant au choix commun des deux amoureux que sont la France et Mayotte. Qui a oint l’union de la France et de la Normandie, par exemple ? De la France et du comtat Venaissin ? En revanche, qui a contesté leur bienfondé ? Enfin, considérant la question comptable, qui peut se poser en effet, comment mesurer l’amortissement de chaque région française ? La comptabilité est-elle le critère d’adhésion à une nation ? Si tel est le cas, exit la Catalogne de l’Espagne, l’Alsace de la France et, pourquoi pas, l’égoïsme de l’intérêt général ?

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