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L’Espagne et l’hispanité : le réveil d’un peuple qui se tient debout !

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L’Espagne et l’hispanité : le réveil d’un peuple qui se tient debout !

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

La Catalogne vient de vivre des journées agitées, des journées véritablement révolutionnaires et historiques comme il en existe en réalité très peu dans une vie humaine. Ces journées furent des journées d’action et non plus de paroles et de mots comme si enfin tous les débats indépendantistes, sécessionnistes, séparatistes ou nationalistes qui se sont tenus souvent sur la toile ces dix dernières années devaient enfin s’achever dans la rue par une synthèse définitive.

espagne-unie-catalogneLa Catalogne ne sera pas indépendante et l’Espagne semble sauvée par une mobilisation patriotique sans précédent. Ce sont des milliers de drapeaux espagnols qui se sont en effet répandus ce dimanche dans les rues de Barcelone aux cris de “Viva Espana” contre un soviet d’indépendantistes . Ce que l’on sait moins c’est que toute cette mobilisation le fut par des mouvements pro-hispaniques  non politiquement corrects, des mouvements antisystèmes et proche du GRECE français et de la Nouvelle Droite espagnole comme Denaes (La Fondation pour la Défense de l’Espagne) ou Somatemps (association catalane et espagnole). Grâce à ces deux cercles  le peuple espagnol s’est levé pour ne pas dire soulevé contre une folie séparatiste au service des puissants sans tomber dans le piège de l’apitoiement médiatique sur la répression physique contre les indépendantistes jugée disproportionnée et considéré comme une résurgence du franquisme dans la guardia civil. A Madrid, seuls les quartiers bobos et bourgeois se sont mobilisés pour la Catalogne. Les quartiers populaires n’ont jamais sorti leurs casseroles et veulent comme les gitans de Barcelone tous rester espagnols.

On se rappelle que le jour du référendum illégal de la Généralité de Catalogne, la police prit le contrôle de tous les bureaux de vote à coup de matraques et de balles en caoutchouc sans aucun ménagement pour femmes et vieillards. Les noms de tous ceux qui ont participé au vote avaient été relevés et tous les équipements pour ce référendum avaient été démantelés, le parquet général d’Espagne ordonnant aux procureurs de la Catalogne de  « citer à comparaître en tant que mis en examen » les centaines de maires qui avaient mis leurs locaux à la disposition de l’exécutif catalan pour ce scrutin. Aux yeux ahuris de l’Europe, l’Espagne renouait alors avec ses démons autoritaires. Alors le peuple aurait-il applaudi la répression ?

On murmure que le gouvernement espagnol s’apprêtait à envoyer quatre brigades militaires sur Saragosse dont une division des forces d’action rapide spéciales mais on doute maintenant qu’il ait réellement besoin de le faire tant le succès de la mobilisation d’hier fut importante. La nation resterait-elle donc bien un concept vivant en Europe ? L’ampleur de la réaction populaire pour défendre l’unité espagnole fut telle dimanche soir que les indépendantistes comme le gouvernement lui-même ne firent aucune déclaration : quelque chose en effet dans les deux camps est sérieusement en train de leur échapper mais qu’est-ce donc le retour d’une vieille unité ou la renaissance de vieux concepts enfouis comme l’Hispanité de Ramiro de Maeztu ? En réalité, il y a toujours eu en Espagne quelque chose qui résistait à la modernité et qu’on se surprend par exemple à découvrir à la lecture du Mon Village de Federico Garcia Lorca, l’« union des mains du travail et de la chasteté».

Les Espagnols ont compris que les progressistes visaient en fait l’insécurité légale qui leur permettra d’exploiter et de dépouiller le peuple à base de taxes humanistes ou d’aides immigrationistes. « A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien » écrivait Jaurès même si pour lui cette patrie était imaginaire.

espagne-uniePour l’instant, l’Union Européenne préoccupée se déclare toujours non concernée. La France reste solidaire du gouvernement espagnol et le Parlement Européen demande une médiation, la Suisse proposant sa médiation. Le FMI demande à l’Espagne de mettre fin à l’incertitude mais personne n’ose plus déclarer son opposition à l’envoi en Catalogne de l’armée. Ils ne savent plus mais paniquent. Le gouvernement espagnol n’aura pas besoin en tout cas de soumettre la Catalogne par la force car le peuple espagnol a dit NON et en catalan Ja soc aqui ! ( « je suis là »). Aussi, le gouvernement se doit-il d’appliquer maintenant l’article 155 de la constitution (la tutelle par injonctions directes aux autorités catalanes) en cas de déclaration d’indépendance, voire même l’article 116 c’est-à-dire la proclamation de l’état de siège, seule possibilité constitutionnelle d’ôter les pouvoirs aux autorités catalanes en les transférant à l’autorité militaire et seule solution légale du conflit. Mais il faudrait aussi que l’Espagne  aille plus loin encore et s’affranchisse enfin des carcans de sa constitution démocratique.

Si le parlement catalan proclame l’indépendance de l’État catalan en session plénière,  la Catalogne entrera en sécession immédiatement. Il sera  intéressant de voir qui reconnaîtra officiellement le premier le nouvel État ? Que fera alors la diplomatie française avec une Catalogne devenue sa neuvième frontière ?

On ne comprend  Mariana Rajoy d’avoir refusé d’organiser  un référendum qu’il aurait gagné puisque les indépendantistes ne représentaient en 2014 que 1,7 million de votants sur 7 millions. En tout cas, la crise ouverte par le référendum catalan marque la fin du régime espagnol de 1978 même s’il est fort probable que son agonie officielle sera plus lente. La monarchie des Autonomies a vécu comme un cadavre administratif tissé de normes, de règlements et de tout un appareillage légal dicté  deBruxelles. Même la Conférence épiscopale espagnole avait déclaré, au cœur des événements, ne pas pouvoir choisir entre la patrie espagnole et l’autonomie alors que la droite espagnole de Rajoy totalement discréditée par ses atermoiements s’est déclarée en fait apatride et uniquement intéressée par sa survie au pouvoir tandis que la gauche de gouvernement était absorbée par les trotskistes et les anars néolibéraux.

Est-elle arrivée l’heure espagnole, l’Espagne nouvelle mais quelle Espagne, l’Espagne phalangiste ou carliste, régionaliste, fédérale ou nationaliste ?

espagne-catalogne-manifestationIl est enfin temps de considérer la Catalogne non pas comme un problème local d’ordre public mais un problème national et surtout européen ? N’est-il pas temps en effet de faire enfin de la grande politique à Madrid dans une perspective impériale peut-être mais en tout cas spirituellement européenne sans oublier au passage que les fondements de la démocratie espagnole, si tant est que l’Espagne aurait pu connaître une fédération de régions, se trouve notamment en Catalogne qui a toujours été à l’avant-garde des idées progressistes.

Lorsque l’Espagne et le Portugal entrent dans l’Europe en 1986, le vieux Franco est mort mais ses cendres fument encore au Pays basque, en Euskadi, en Catalogne, Calalunya qui ont connu suffisamment ce qu’est que la répression catho-nationaliste, les geôles et la torture de la police. On aurait donc pu alors espérer que l’Espagne évolue vers davantage de démocratie, prenant en compte l’ouverture de la péninsule ibérique sur le monde méditerranéen et européen.

Hélas et encore une fois, l’entrée dans l’Union européenne a joué un rôle  dommageable en jouant sur les effets du tourisme, en encourageant l’augmentation  du parc immobilier. L’entrée de l’Espagne dans l’UE a fortement déstabilisé  l’économie agricole du Sud de la France qui espérait en contrepartie voir le tourisme compenser les disparitions des productions agricoles. Ce fut un échec en France et le désert rural n’a fait que davantage s’installer dans ce qui est aujourd’hui l’Occitanie et le sud du Massif Central.

Du côté espagnol, on est autour des 20 % de chômage, même si en 2017 le taux a baissé, dû principalement aux emplois très précaires des services et du tourisme. La baisse des chiffres du chômage n’est pas pour autant un progrès : on sait justement que ce tourisme, tel qu’il est conçu, est néfaste, destructeur, génère une spéculation immobilière qui a des effets délétères sur la répartition démographique des villes touristiques.

Bref, encore une fois, l’unionisme européen a failli. Lorsque les gouvernements ne jouent plus leur rôle d’arbitre, régulant comme il le faut les disparités territoriales, assurant la justice nécessaire pour compenser ce que la mauvaise économie a détruit, les risques d’embrasements régionalistes peuvent devenir inévitables. Le mouvement Podemos en Espagne comme toute la gauche française furent toujours muets sur ce type de problèmes, montrant leur immaturité actuelle à comprendre l’Histoire en cours puisqu’ils soutenaient le pire la rapine européenne.

La Catalogne n’est peut-être qu’une étape. Regardons  du côté de l’Italie puisque le 22 octobre prochain s’organise aussi là-bas un référendum, celui sur une plus grande autonomie de la Lombardie et de la Vénétie, permettant selon les desiderata de la Ligue du Nord, une «meilleure gestion» des ressources produites dans ces régions.

L’échec  de l’Union et d’un séparatisme catalan nous amènent à exprimer  une autre manière de concevoir l’organisation de la société européenne comme  Nouvel Empire mais rien n’empêche aussi de le percevoir dans une perspective de Fédération de Régions, ce qui avait d’ailleurs été un temps la vision de certains européens, de réaffirmer les  liens naturels, c’est-à-dire culturels voire même surtout ethniques et raciaux avec l’Espagne ou l’Hispanité traditionnelle.

N’oublions jamais  un principe politique fondamental : le droit des peuples à décider de leur propre sort. En l’occurrence, le peuple catalan existe de même que les autres peuples d’Europe.

  1. Roger
    Roger11 octobre 2017

    Article faussé il n’y a que des “résidents catalans” dans lequel le présumé “peuple catalan ”
    est inclus c’est en gros du 50:/50 difficile de faire une nation avec celà
    la catalogne comme les autres régions appartiennent au reste de l’Espagne
    on est plus au moyen age mais à l’unité de l’Europe

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