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Catalogne : soirée des dupes pour les indépendantistes

Drapeau Espagne

Catalogne : soirée des dupes pour les indépendantistes

Jean Bonnevey ♦

Carles Puigdemont s’est dérobé devant l’obstacle. Il a cédé à la pression. Il se retrouve entre l’enclume et le marteau. Pour les indépendantistes les plus radicaux, il s’est dégonflé. Pour le gouvernement de Madrid, il a malgré tout été trop loin. C’est dire si pour lui l’avenir n’est pas rose.

Il n’aura réussi qu’une seule chose, le réveil du nationalisme espagnol et la remise dans le jeu unitaire de ce qu’il reste des mouvements franquistes.
Face aux pressions de toutes parts, y compris européennes, le président séparatiste de la région, Carles Puigdemont, a promis de transformer la Catalogne en “République” indépendante, tout en défendant une suspension du processus pour trouver une “solution négociée” avec Madrid.
Il a estimé que sa région vivait un “moment historique“, s’appuyant sur la victoire du “oui” à l’indépendance à 90,19% des voix, lors du référendum d’autodétermination –interdit et contesté– du 1er octobre.

Ce scrutin, invérifiable faute de commission électorale, a ouvert la crise politique la plus grave en Espagne depuis son retour à la démocratie en 1977, divisant aussi profondément les habitants cette région riche où vivent 16% des Espagnols. En vertu des résultats, Carles Puigdemont a estimé que la Catalogne devait désormais “devenir un État indépendant sous forme de République“. Les applaudissements ont fusé dans son camp, tandis qu’à l’extérieur, des indépendantistes venus écouter le discours sur un écran géant s’étreignaient.

Mais, quelques minutes plus tard il a proposé au Parlement de suspendre “les effets de la déclaration d’indépendance (…) afin d’entamer un dialogue, sans lequel il est impossible de parvenir à une solution négociée“. Une nouvelle douche froide a suivi pour ceux qui espéraient l’apaisement: l’annonce de la signature, en dehors de l’hémicycle, d’une “déclaration d’indépendance” par tous les élus indépendantistes, majoritaires.

C’est en tout cas par une formulation alambiquée que le président catalan Carles Puidgemont s’est sorti de la chausse-trappe dans laquelle il s’était fourré. «J’assume et je présente les résultats du référendum, de telle sorte que la Catalogne sera un État indépendant sous la forme d’une République», a-t-il déclaré dans un discours devant le parlement régional retransmis en direct, suscitant la joie des partisans de l’indépendance unilatérale. Avant de faire retomber brutalement leur enthousiasme, en ajoutant que le Parlement catalan “propose de suspendre les effets d’une déclaration d’indépendance“, afin de “commencer un dialogue“. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a déjà prévenu qu’il rejetterait ce scénario, que toute déclaration unilatérale d’indépendance serait illégale, qu’elle soit différée ou pas.

Les indépendantistes pur jus ne masquent pas leur déception face à ce qu’ils considèrent comme une trahison. Notamment la CUP, un parti d’extrême gauche séparatiste dont le soutien est indispensable aux indépendantistes pour garder la majorité absolue au parlement régional. Cette coalition risque d’éclater. Tout cela pourrait déboucher sur de nouvelles élections.

Bien conscient que le gouvernement central de Mariano Rajoy n’accepterait jamais une partition, Puigdemont vise surtout à faire de la question catalane un sujet international et si possible une crise européenne, dans l’espoir que Madrid soit obligé de s’asseoir à une table. Face à une avalanche d’entreprises qui déménagent leur siège social hors de Catalogne, et après l’historique manifestation dans les rues de Barcelone, en faveur de l’unité de l’Espagne, le leader séparatiste a souhaité «diminuer la tension».

Il avait perdu la main et il ne l’a pas vraiment reprise. L’avenir de la Catalogne est plus que jamais dans les mains de Madrid, ce n’était surement pas le but recherché.

Illustration en tête d’article : drapeau de l’Espagne, une, grande et libre.
  1. Herodote
    Herodote11 octobre 2017

    Le vrai pb n’est pas l’instauration d’une Catalogne libre ( une situation irréaliste) mais c’est celui celui de l’attitude du centre de l’Europe. C’est à dire celui de la technocratie bruxelloise.
    Est-ce qu’un pays doit garder ces frontières ? Est-ce qu’un pays doit’il garder sa souveraineté politique? Et est-ce qu’un pays doit endiguer la déferlante humanitaire ?
    Réponse dans quelques semaines.

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