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Catalogne, un cas politique original : le suicide assisté

Poule Mouillee

Catalogne, un cas politique original : le suicide assisté

Jorge Sanchez de Castro Calderon , avocat , auteur, essayiste  ♦

Traduit de l’espagnol  par Michel Lhomme.
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Le problème catalan va devenir un cas en sciences-politique, car un exemple de l’une des hypothèses de la théorie de l’action collective: le « jeu de la poule mouillée », jusqu’à récemment le parent pauvre de la famille de la théorie des jeux . En effet, personne n’a encore utilisé le « jeu de la poule mouillée » pour analyser une situation politique ». Eh bien, c’est fait.

Selon moi, il y a en effet deux clés pour pour interpréter la politique contemporaine: l’état cannibale et ce jeu de la poule mouillée.

La politique des autonomies régionales dans leurs relations avec le gouvernement central s’est caractérisée, en effet par une partie ininterrompue de ce jeu diabolique. Pour résumer le jeu, il s’agit en somme d’une course entre deux véhicules où le but est d’arriver au bord d’une falaise, le vainqueur sera celui qui s’arrêtera le plus tard et le perdant, celui qui se retirera en premier. Dans le jeu de la « poule mouillée », les joueurs partent du principe qu’ils n’ont pas peur du gouffre. De fait, ils préfèrent mourir dans le ravin plutôt que d’être vaincu, parce qu’ils considèrent comme plus honorable de perdre la vie dans la défense de leurs objectifs plutôt que de la sauver à tout prix au prix de se trahir.
Celui qui décide de participer à ce jeu gagne toujours: il le fait quand il réalise ce qu’il a voulu, mais il gagne aussi quand il perd, parce qu’il croit qu’il meurt comme un héros.

Dés les élections au Parlement de Catalogne en 2012 soldée par la victoire des nationalistes et des indépendantistes, l’inévitable était prévisible. Il y aurait bien un moment où la communauté autonome poserait l’indépendance dans le style : la sécession ou la mort. Le chantage “indépendantiste” actuel est donc cette dernière phase du jeu de la poule mouillée que pratique les régionalistes depuis des décennies. Il y a encore cinq ans le gouvernement avait la possibilité d’arrêter le jeu ou de le poursuivre, avec le risque en ce cas que tout le monde finisse dans le ravin. Mais il faut bien reconnaître que le gouvernement Rajoy a donné une tournure inattendue au jeu et a trouvé une formule sans précédent pour le contrer: le suicide assisté.

Le gouvernement du suicide assisté

Aussi étrange que cela puisse paraître, la mort est devenue aujourd’hui un bien à protéger (voir l’euthanasie et le suicide assisté ). Et la sécession d’un pays continue d’être un exemple de cette «bonne mort» pour les partisans du «droit de décider» jusqu’alors inconnu. Mais dans le cas qui nous occupe, il s’agit d’une mort bien particulière, de la mort d’une nation.

Or, l’euthanasie et le suicide assisté impliquent deux relations juridiques avec des positions subjectives radicalement différentes. Laissons l’euthanasie de côté et demandons-nous si le concept juridique du suicide assisté peut être appliqué politiquement pour interpréter la façon dont le gouvernement espagnol traite de la sécession catalane en version « jeu de la poule mouillée ».

Dans le suicide assisté, le sujet recherche lui-même la mort qu’il se donnera mais avec l’aide d’un autre qui sera censé lui fournir les moyens dont il aura besoin pour se tuer. Dans cette hypothèse, il n’y a pas de «droits» et de «devoirs» réciproques sinon un «privilège»  ou une «liberté» de mourir pour l’un (le sécessionniste) et d’un «non droit» de l’empêcher pour l’autre (l’État espagnol). Une telle hypothèse ne peut évidemment pas être prévue dans la Magna Carta, dans une Constitution car un texte légal ne peut pas réglementer un «non-droit» ni la liberté de faire ce qui n’est pas interdit (le suicide et la mort). Depuis une quarantaine d’années, certains groupes dirigeants des régions du pays ont considérés qu’ils avaient le privilège de pouvoir se séparer politiquement. Cette liberté ou ce privilège ont toujours été considérés à tour de rôle par les différents gouvernements, non pas comme un droit politique mais comme un «désir» de se suicider. On pensait qu’ils n’avaient pas le «droit» de se séparer, mais la «liberté» de se suicider. C’est la clé qui explique ce qui s’est passé jusqu’à présent et elle explique toute la tactique du gouvernement Rajoy pour résoudre le problème au moment où j’écris.

Quand les « indépendantistes » posent leur « droit de décider » par le jeu de la « poule mouillée » ( « je l’ai ou je te tue ! »), ils ne le font pas en exigeant un droit « politique » dont ils savent bien qu’ils ne le possèdent pas (ils assument totalement le fait que le référendum soit illégal), mais en alléguant un prétendu droit moral. La nouveauté de la situation est que le gouvernement a bloqué le jeu : il reconnaît aux autonomistes la liberté de se suicider et leur en fournit même les moyens afin que de leur propre initiative, ils puissent réussir à s’éliminer une fois pour toutes. Il s’agit donc bien d’un suicide assisté. On parvient ainsi à éviter le conflit par une simple procédure d’accomplissement de ses désirs, c’est-à-dire ici mourir.  C’est seulement à partir de ce point de vue qu’on peut interpréter chaque position du gouvernement espagnol depuis que la Catalogne a décidé de se séparer: gel du budget régional et saisie des comptes, facilités octroyer aux entreprises pour sortir de Catalogne, « mort civile » par destitutions et amendes pour les dirigeants et les fonctionnaires indépendantistes, isolement international et refus de financer la dette. En somme, le gouvernement n’a pas empêché la voiture-suicide qui joue à la poule mouillée depuis des décennies et qui voulait continuer de le faire. Il n’a pas jugé utile d’appliquer jusqu’à présent les articles de légitime défense (155 et 116) qui lui ont été accordés par la Constitution pour neutraliser le jeu de la poule, mais il a mis tous les moyens pour que le suicide soit consommé. Et il se réserve encore tous les outils nécessaires pour protéger ceux qui ne veulent pas se suicider, par exemple, le transfert des policiers de la police catalane à la Police nationale ou des « Mossos » (sécurité catalane) à la Garde Civile, la garantie du maintien des salaires pour les fonctionnaires territoriaux loyaux et le financement des services publics. Nonobstant, je ne sais pas si Rajoy et son gouvernement sont conscients de ce qu’ils font, mais le traitement du problème par le « jeu de la poule mouillée » comme s’il s’agissait d’un suicide assisté suppose une fin théorique et pratique évidente qui place ce jeu redoutable dans un cadre de résolution complètement insoupçonnée qu’on vous laissera cependant ici deviner.

Note sur le jeu de la poule mouillée :
– On comprendra immédiatement ce jeu si l’on se souvient de James Dean dans La fureur de vivre (Rebel Without a Cause) qui se lance avec un autre jeune homme dans une course suicidaire de voitures au bord d’une falaise, séquence mémorable du film de Nicholas Ray (1955). La raison de la dispute était de prouver devant les filles (sans doute ici l’Europe !) qui était le plus courageux et dans le film, le gagnant s’est avéré être celui qui avait ralenti plus tard, le dernier à se jeter hors de la voiture jusqu’au bord de la falaise. Celui qui avait pris la décision d’arrêter fut en effet le perdant, la poule mouillée.
– Petit rappel des règles du jeu : même si les participants espagnols mériteraient ici un article distinct, un bref rappel pour eux tout de même : négocier avec le suicide signifie continuer de vouloir participer à de nouvelles parties du jeu de la poule mouillée. Il convient alors de se rappeler que ce jeu simple les a conduits où ils en sont. Par conséquent, un dialogue poursuivi avec les « rebelles » ne sera plus un suicide assisté mais deviendra alors un suicide partagé, un suicide au carré, un multi-suicide !

Source

*Jorge Sanchez de Castro Calderon, Avocat madrilène, est auteur du livre “El único paraíso es el fiscal” (Isabor, Murcia 2014)

La course des dégonflés dans La Fureur de Vivre de Nicholas Ray :

  1. Roger
    Roger18 octobre 2017

    Comparaison n’est pas raison; mais prenons exemple de France/ Algérie (Dépt Français en 1961)tout d’abord 1 référendum de toute la Nation (8 Janvier 61) pour changer le statut puis un autre (de la seule métropole)pour approuver où non « l’autodétermination « (8 Avril 62) puis enfin une consultation locale pour où contre l’Indépendance (1 Juillet 62) bien sur soumis à controverse en France mais ce fut le parcours suivi ! Traduisez le
    pour la Catalogne après changement indispensable de la constitution Espagnole (adoptée par tous aprés le Franquisme )pour permettre l’autodétermination d’une région !
    Vous n’en sortirez pas !
    A peine 40% de votants 94% de oui et encore trafiqués par les indépendantistes seuls tenant les urnes illégales! et seuls à aller voter sans aucun controle il valait mieux demander un controle multi partis avec une campagne vérité sur la sortie de l’europe et de l’euro mais les juges ne pouvaient violer la constitution qui doit etre d’abord réformée avant un référendum; la majorité de la poblation en catalogne est originaire du sud et ne veut pas perdre la nationalité et le passaporte Espagnol et quant elle va se reveiller se sera une guérre civile avec l’armée Espagnole au Perthus
    Les Catalans restent très partagés sur l’indépendance de leur région: 49,4% sont contre la sécession et 41,1%

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