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Espagne, le retour à la case départ : en finir avec le régime de 1978

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Espagne, le retour à la case départ : en finir avec le régime de 1978

Jésus Sebastian Lorente ♦

Traduit de l’espagnol par Michel Lhomme

Alors que la France dort (mais comme à l’accoutumée, le réveil y sera peut-être plus brutal et sanglant), l’Espagne vit actuellement des journées historiques, presque quasi révolutionnaires en Catalogne.

Dans son entretien au Journal du Dimanche, Jean-Yves le Drian a évoqué une « situation de dislocation dangereuse ». Le bras de fer continue en tout cas entre Madrid et Barcelone mais cette fois-ci ce n’est pas pour le classico ! A l’annonce de la reprise en main de la région (article 155), une foule  nombreuse s’est mobilisée montrant bien que dans la Généralité, les esprits sont divisés en deux et toujours aussi échauffés tandis que deux politiciens indépendantistes sont toujours emprisonnés et que l’arrivée des chars se profilent.

Il faut bien reconnaître qu’en Europe tout cela fait un peu désordre. L’enjeu est de plus en plus constitutionnel. Il l’a en fait toujours été et c’est maintenant tout le système, le régime de 1978 qui est mis en accusation. Face à cette Espagne en processus de démantèlement, nous avons souhaité dans l’ensemble des dépêches et des nombreux papiers que nous recevons, traduire ce texte de Jésus Sébastian Lorente, responsable de Elementos Espagne, des Editions Fides et du site El Manifiesto  parce qu’il exprime le point de vue de ceux qui ne sont pas dupes et ne seront pas les dindons de la farce. ML.

S’il y a quelque chose sur laquelle les authentiques défenseurs de l’Espagne sont tous tombé d’accord et aussi surprenant que cela puisse paraître y compris avec les séparatistes, les terroristes et les gauchistes de Catalogne, c’est qu’une fois pour toutes « il faut en finir avec le régime de 1978 ».

[ La Constitution espagnole de 1978 est la loi fondamentale qui régit de manière organisée et hiérarchisée l’ensemble des institutions de l’État ainsi que les droits et les devoirs des citoyens. Le texte fut développé par la voie du consensus et pour la première fois dans l’histoire espagnole, elle fut approuvée par référendum pendant le processus de ce qu’on a appelé la « transition démocratique espagnole », après la dissolution des institutions organiques du régime dirigé par Francisco Franco. NdT ]

En fait, depuis cette date, une sorte d’alliance de circonstances s’était formée qui avait ouvert l’Espagne à sa dislocation et à sa mutilation future, par le jeu de l’alternance des grands partis de gouvernement (l’un, prétendument de droite, l’autre, hypothétiquement de gauche) et la complicité intéressée et manifeste (si ce n’est même parfois le soutien inconditionnel en échange de quelques prébendes financières) de l’oligarchie nationaliste basque et catalane. Il faut voir l’impunité avec laquelle ces quatre acteurs (version politique des quatre cavaliers de l’Apocalypse) nous ont conduit à quarante ans de tyrannie, de corruption, de chantage de “désespagnolisation“, tandis qu’une prétendue droite se spécialisait en « expertocratie » et en « technocratie » de la gestion des ressources, comme simple filiale d’un gouvernement mondial néolibéral, et que l’hypothétique gauche prenait le contrôle de tous les moyens médiatiques, universitaires, éducatifs et artistiques en pariant sur l’internationalisation des conflits et la protection des « minorités » en même temps qu’elle tissait une alliance contre-nature avec les vieux nationalistes.

La Constitution de 1978, malgré le mythe de son intangibilité, n’est pas intouchable même si on nous a répété à satiété qu’elle ne permettrait seulement que des réformes ou des modifications mineures et ponctuelles. Or ce qui s’impose aujourd’hui, ce n’est pas de la modifier mais de la remplacer. Si nous souhaitons «liquider le régime de 78», ce n’est justement pas, comme le veulent les «traîtres» pour nourrir une fois de plus les démons que son approbation lâcha mais pour revenir en arrière et tout recommencer.

La Constitution de 78 consacrait un modèle d’autonomie territoriale diabolique, simplement conçu comme un compromis pour pacifier des territoires supposés réticents à une nation unitaire. Elle a ainsi ouvert la porte à l’existence de “nationalités” (sic), un concept qui a été immédiatement repris par les rebelles pour breveter leur “différentialisme” (encore sic), alors que la “nationalité” est un concept exclusivement civil de caractère personnel ( la “Nation”, c’est l’Espagne, la “nationalité” ne peut qu’être espagnole, malgré des identités civiles, qui peuvent effectivement être catalane, valencenoise ou de Murcie) mais surtout pas une délimitation territoriale de caractère historique et politique.

Peut-être qu’à ce moment fatidique de 78, il aurait été plus raisonnable de définir un « système fédéral », mais la « mémoire historique » bloqua les grands esprits de nos « pères de la Constitution » (sic). Ils ont alors préféré créer une monstruosité régionale qui ne satisfaisait personne et portait en son sein le germe de la pourriture. En effet, « fédérer » n’impliquait pas forcément de « pacter » une association entre des acteurs nationaux sur un pied d’égalité, ce qui n’était d’ailleurs pas le cas alors, et aurait donc pu être conçu et utilisé à la carte en une sorte d’exercice d’aménagement du territoire, non du pouvoir politique, mais sous forme de gestion administrative, c’est-à-dire comme un mode de «décentralisation» sous contrôle.

Fédérer ne suppose pas transférer automatiquement le pouvoir législatif et exécutif de l’impôt, de l’éducation, de la santé, etc., mais enjoint de déléguer, de partager la mise en exécution des lois de l’État et la gestion des ressources financières du territoire, à une direction politique supérieure, l’Etat fédéral au sommet. Enfin, fédérer, malgré la mauvaise presse qui entoure ce concept est un système flexible qui peut s’adapter à différentes circonstances et éventualités, comme en témoigne la variété des « états fédéraux », tous différents à la fois dans leur exécution et leur matérialisation.

La Fédération aurait donc pu être la solution de l’époque, mais elle ne peut plus  l’être maintenant. A cette époque, il aurait en effet été possible de « fédérer » deux entités locales problématiques (le Pays Basque et la Catalogne), mais on choisit une autre voie, on choisit de « communautariser » à dix-sept, certaines de ses entités régionales constituant d’ailleurs de véritables aberrations historiques sur le papier. Alors qu’il aurait été possible de construire cette fédération, ce ne fut pas possible et il n’est plus possible de le faire maintenant, il n’est plus possible et qu’on se le dise de fédérer l’Espagne, il faut la réunir, la rassembler, réunifier une Espagne aujourd’hui en morceaux, une Espagne cassée, une Espagne brisée, à cause des héritiers du « régime de 78 » et des traîtres qui veulent aujourd’hui l’achever, seulement pour la remplacer par une « confédération internationale des peuples ibériques », une confédération haineuse et revancharde, où régnerait le pire du léninisme, du trotskisme et du stalinisme rassemblés.

Il suffit de voir comment se forge cette alliance de conspiration entre les nationalistes (la bourgeoisie basque et catalane, jalouse de ses prébendes) et les internationalistes (les communistes et les terroristes) pour comprendre ce qui nous attend et quel prix on devra payer. Car oui, tout cela aura un prix: c’est celui de la fin de l’Espagne, de l’achèvement de l’Espagne, de l’Espagne par terre.

Les principaux partis politiques au niveau national nous font maintenant état d’une solution magique: la reconnaissance d’un statut de “nation” à la Catalogne et au Pays Basque, l’octroi d’une autonomie fiscale à la Catalogne ‒les Basques en « profitent » déjà ‒ et la formation donc d’une sorte d’Etat fédéral avec des territoires de premier ordre, de second ordre et même des territoires dans les limbes, et ce qui est pire des citoyens de premier niveau ‒les déloyaux‒ et des citoyens sans niveau ‒les loyaux. En fait, on prime la trahison, on pénalise la fidélité. Nous paierons tous cette fête séparatiste et pas seulement par les sentiments et les passions mais surtout avec nos impôts (ceux des Espagnols bien sûr !). Et, de cette façon, les politiciens professionnels pourront continuer de corrompre et de se vendre au plus offrant, les politiciens nationalistes pourront continuer à piller leurs pauvres villages irrédentistes, faire du chantage au reste des Espagnols et les politiciens d’extrême gauche pourront continuer de conspirer dans l’ombre pour détruire l’Espagne, après l’Europe et demain… le monde.

Et tout ça pour quoi? Pour continuer le même chemin qui a commencé avec le piège de 78

On signe une fausse trêve, un accord piège et on continue ensemble encore quelques années, jusqu’à ce que le dragon hybride (nationaliste et communiste) verse le feu à nouveau et ce sera alors trop tard. Rome n’a pas payé ses traîtres mais nous, nous les subventionnons. Alors terminons-en une bonne fois pour toutes avec le “régime de 78” et tous ses laquais. Finissons-en définitivement avec tous ceux qui veulent liquider « le régime de 78 », euphémisme médiatique qui cache une seule et unique perversion : liquider l’Espagne.

Liquidons-les tous (politiquement bien sûr !) et retournons à l’Espagne. Faisons l’Espagne. Nous vivons un moment historique. Revenons à Covadonga [ bataille de l’été 722, victoire asturienne contre les Omeyades qui marque usuellement le début de la reconquista NdT], relançons la conquête. Et voyons  si cette fois-ci, nous ne pouvons pas faire mieux.

Illustration : Exemplaire original de la Constitution espagnole, au Parlement européen .
  1. MANUEL
    MANUEL26 octobre 2017

    COMME VOUS LE PRECISEZ / La Constitution espagnole de 1978 est la loi fondamentale qui régit de manière organisée et hiérarchisée l’ensemble des institutions de l’État ainsi que les droits et les devoirs des citoyens. Le texte fut développé par la voie du consensus et pour la première fois dans l’histoire espagnole, elle fut APPROUVEE PAR REFERENDUM pendant le processus de ce qu’on a appelé la « transition démocratique espagnole », après la dissolution des institutions organiques du régime dirigé par Francisco Franco..APPROUVEE donc par l’immense majorité de la population de Catalogne ! (revoir les chiffres) donc pas d’autre issue que de faire réformer cette constitution par le peuple Espagnol permettant “l’Autodétermination”(si elle n’est dèja prévue ) d’une région avant de consulter celle ci ! Une telle procédure en Démocratie est indispensable ,Elle fut méme , quoiqu’en disent les pieds Noirs utilisée habilement par De Gaulle pour l’Algérie ! Ex département Français ,le Roi d’Espagne;Rajoy où un autre ni peuvent rien ! surtout avec une expréssion sécéssioniste trés limite de la population résident en Catalogne!

    • MANUEL
      MANUEL26 octobre 2017

      Le président Catalan c dégonflé pas de proclamation de l’indépendance mais aussi pas d’éléctions
      à mon avis peur de les perdre ;il est probable qu’il refuserait si c’etait possible un référendum
      méme sous l’ègidede l’ONU où il tisque de s’en sortir selon les sondages avec à peine 40%de OUI
      dommage qu’actuellement la constitution ne le permette pas !
      et il joue là dessus depuis toujours ce falso !

      • RAMON
        RAMON27 octobre 2017

        : Cette option est la seule qui puisse’ contenter’ le gouvernement Espagnol de Rajoy”. ‘il ne s’agit que du respect d’une Constitution, librement acceptée et particulièrement libérale. A côté la nôtre fait presque figure de régime dictatorial avec un président aux pouvoirs personnels quasi absolu
        lorsque les conditions ont réunies et encore interventions militaires absolues sans avis du parlement
        pas le cas en Espagne!

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