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Prospérité aux pieds d’argile et démographie catastrophique du Japon

Population Japon 2016 1

Prospérité aux pieds d’argile et démographie catastrophique du Japon

Marc Rousset, économiste, auteur, essayiste ♦

Shinzō Abe a l’intelligence de ne pas vouloir d’immigration sur son sol…

Le nationaliste conservateur Shinzō Abe (安倍 晋三) vient de gagner les élections et s’apprête à réviser la Constitution pacifiste du Japon. Mais plus que la Corée du Nord ou la Chine, la véritable menace à court terme est un krach économique et financier, et à plus long terme l’écroulement démographique du Japon.

Depuis les années 90 et l’éclatement d’une première bulle financière, aucun Premier ministre japonais n’a réussi à rétablir l’équilibre du budget, même en excluant le service de la dette publique. Shinzō Abe a, en fait, pratiqué la démagogie en relançant les dépenses publiques, en pratiquant l’assouplissement quantitatif monétaire de la banque centrale par l’achat de titres financiers, technique qui a été inventée par le Japon et non pas par la Fed américaine, et sans procéder à des réformes structurelles, comme il s’y était engagé avec ses miraculeuses « Abenomics ».

Pour gagner les élections, ses partisans ont eu le culot de faire valoir que l’indice Nikkei était au plus haut depuis vingt et un ans et que, par conséquent, l’avenir des retraites était garanti. De plus, suite à la chute du yen provoqué par la politique monétaire, le déficit commercial s’est transformé en excédent et les entreprises japonaises ont vu leurs bénéfices exprimés en yens augmenter. L’inflation, nonobstant la hausse de la TVA en 2014, est proche de 0 % et la croissance moyenne de l’ordre de 1 %.

Mais le Japon, comme la Fed et la BCE, est pris au piège des taux zéro. Le revers de la médaille, c’est que la Banque du Japon, par ses achats d’obligations, détient aujourd’hui le chiffre ahurissant de la moitié de la dette publique nippone. Et le pot aux roses, c’est lorsque l’on apprend que la banque centrale du pays est aujourd’hui le premier investisseur à la Bourse de Tokyo ! Quant à la croissance des bénéfices des entreprises, elle n’est bien évidemment que nominale et artificielle.

La croissance de 1,5 % dont se glorifie Shinzō Abe depuis un an et demi, avec un taux de chômage de 2,8 %, a été provoquée essentiellement par la dette publique japonaise, qui représente le chiffre apocalyptique de 250 % du PIB, et par la faible reprise passagère de l’économie mondiale. La seule bonne nouvelle, c’est que la dette japonaise est essentiellement détenue par des agents économiques japonais, que la dette privée des entreprises et des ménages au Japon n’est que de 130 % du PIB, contre 150 % aux États-Unis et 175 % dans la zone euro.

Shinzō Abe a l’intelligence de ne pas vouloir d’immigration sur son sol et les rares immigrés ont comme vocation, à terme, de quitter le Japon, mais le nationaliste nippon aurait pu au moins mettre en place une politique nataliste car, en 2040, les plus de 65 ans représenteront 35 % d’une population en diminution constante. De plus, dans un Japon où l’on gardait, il y a encore trente ans, un emploi à vie, 40 % des emplois sont aujourd’hui précaires.

Malgré le recul démographique, avec une population de 127 millions d’habitants, le Japon a réussi le tour de force d’augmenter sa population active de 1,1 million de personnes en faisant travailler les femmes nécessiteuses et les personnes âgées dans des emplois précaires et le plus souvent subalternes. L’âge légal de la retraite est toujours de 65 ans au Japon, mais le taux d’emploi des Japonaises de plus de 65 ans est de 33,3 %, celui des hommes de 65-69 ans de 49 % et celui des hommes de 70-74 ans de 33 % !

 

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard26 octobre 2017

    Excellent article…
    mais le tout est de savoir si les îles japonaises (en gros : une superficie des 3/5e de la France) ont besoin de 127 millions d’habitants (pour mémoire, à la fin des années 1970, alors que l’économie nippone était la 2e de la planète, la population était de 117 millions)

    Les vieux vont représenter une forte minorité de la population… mais un beau jour, on s’apercevra que dans un monde absurde comme est le nôtre, l’expérience d’un homme de 65-70 ans qui a travaillé entre 40 et 50 ans peut être utilisée, au moins pour tempérer les fantaisies carnivores des 30-40 ans et agir avec moins d’emportement dans tous les secteurs d’activité

    Certes, il serait bon de multiplier les adolescents travailleurs et disciplinés, mais il vaut peut-être mieux cultiver la qualité que la quantité : nos banlieues sont pleines à craquer d’adolescents exotiques qui ne sont, pour la plupart, bons qu’à détruire, incendier, piller voire violer

    Alors, la principale chose à retenir de ce très bon article est le refus des Nippons de s’exposer à une immigration de basse qualité pour maintenir artificiellement une forte consommation intérieure.
    Tant pis pour les super-bénéfices de la grande distribution. Tant mieux pour la Nation nippone.

    • Manu Makron
      Manu Makron27 octobre 2017

      Bon article, avec des chiffres et très bon commentaire ! A quoi bon augmenter indéfiniment la population ? Une centaine de million de Japonais suffisent à la prospérité du monde tandis que l’on peut se demander à quoi servent les peuples qui se reproduisent comme des lapins et menacent les autres…

  2. petitjean
    petitjean27 octobre 2017

    “Small is beautiful !”

    pourquoi le Japon devrait-il augmenter sa population , sur un aussi petit territoire ?
    les Japonais détiennent au moins la moitié de leur dette, n’est-ce pas une excellente chose plutôt que de dépendre d’organismes étrangers ?
    Cette dette serait plus du double de leur PIB ?
    Parlons donc de la dette française, détenue pour l’essentiel par des organismes étrangers, dette “officielle” d’ailleurs minimisée, alors qu’elle doit être au moins du double du PIB français
    Le Japon refuse à raison l’immigration. Constatons ce que nous coûte la nôtre, sur le plan strictement financier, des dizaines de milliards chaque année

    Curieux cet article !…………………………..

  3. MONTENAY
    MONTENAY28 octobre 2017

    Je suis en gros d’accord, mais une politique nataliste si elle est certes nécessaire, ne remplace pas l’immigration. En effet elle a peut-être, mais pas forcément, des effets 20 à 25 ans plus tard et commence par être une charge, alors qu’une immigration arrive tout de suite pour le nombre désiré et peut être sélectionnée (ce n’est pas le cas chez nous). On peut penser par exemple aux Philippins voisins, catholiques, disponibles par millions, relativement qualifiés et anglophones (pas nippophones certes, mais c’est mieux que rien au Japon : signalétique, connaissance de l’anglais écrit répandue … et parfois de l’oral)

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