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Sénatoriales 2017 : qui a compris le sursaut ?

Senat Vu Depuis Le Bureau Du President De La Chambre Haute

Sénatoriales 2017 : qui a compris le sursaut ?

Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Ce qui se passe en Espagne n’est plus ni moins que la fin des nations, absolument nécessaire à la formation du nouveau Léviathan, un gouvernement européen  qui sera beaucoup plus terrifiant  que le « monstre froid » de Nietzsche.

En France, la sécession des régions n’est pas possible puisque, contrairement à l’Espagne, la France est depuis la révolution un état centralisé. Les provinces et leurs parlements ont été abolis, les systèmes juridiques (sauf en Alsace) ont été unifiés, et les découpages administratifs  sont régulièrement modifiés. S’il reste quelques problèmes périphériques, c’est seulement en raison de quelques réalités géographiques ( le caractère insulaire de la Corse ou péninsulaire de la Bretagne), mais plus aucun pays, comté, duché, principauté ou enclave étrangère d’avant la révolution ne peut prétendre à une autonomie.

Les langues, dialectes et parlers ont été méthodiquement effacés par les hussards de la république et l’idéologie nationaliste a été imposée par la conscription obligatoire. A quelques rares exceptions, les peuples de France ont été totalement fondus, dissous en une nation unique, la fameuse république une et indivisible.

Pour résumer, les peuples de France ont été éradiqués au sens premier du terme et toute sédition y est impossible et de plus interdite. Mais alors où trouver le peuple de France ? Où résiste-t-il ?

Les communes, derniers remparts des provinces de France

La déconvenue des Français à l’égard de la politique est tel que le maintien de la droite sénatoriale et la régression des candidats d’En Marche aux sénatoriales ont suscité très peu de commentaires sauf des commentaires politicards sur le suicide d’une droite qualifiée depuis Guy Mollet de « la plus bête du monde ».

Il n’empêche que les sénatoriales 2017 ont été comme le dernier baroud d’honneur des maires de France, espèce politique en voie de disparition. En juillet dernier, Macron ne s’y était pas trompé en exposant ouvertement devant les Sénateurs son plan pour « conjuguer la République, la mondialisation et la diversité des territoires » lors de la Première Conférence des Territoires.

D’ici 2022, ce sont treize milliards d’économies qui vont être exigées des collectivités locales soit trois milliards de plus de prévu par rapport au programme présidentiel. De plus en supprimant la taxe d’habitation , l’État souhaite euthanasier directement les communes dont la dite taxe est l’une des principales mannes financières. Selon le chiffrage du Ministère des Comptes publics, celle-ci rapporterait en effet chaque année au « bloc communal » quelque 8,5 milliards d’euros sur un total d’une vingtaine de milliards. François Baroin (LR) successivement président de l’Association des maires de France, Dominique Bussereau (LR), président de l’Assemblée des Départements de France  se sont opposés fermement à une telle mesure même si Macron s’est engagé  à compenser le manque à gagner à « l’euro près ».

Dominique Busserau qui fut ancien secrétaire d’Etat au budget en 2004 a même ajouté qu’il connaissait suffisamment bien Bercy pour ne pas croire à la sincérité budgétaire du Ministère ce qui va d’ailleurs dans le sens des accusations de la Cour des Comptes à l’endroit du gouvernement socialiste qui aurait présenté un budget entaché d’«insincérités » en 2016.

La victoire droitière aux sénatoriales tient en grande partie à cette résistance au démembrement des communes issue de la base qui a conduit son président Gérard Larcher et d’autres élus à réclamer une loi de finances pluriannuelle consacrée aux collectivités.

S’il faut dissoudre  les États-nations , il importe soit de régionaliser, soit de briser les communes. En France, nous l’avons dit le régionalisme n’est pas nécessaire, les régions étant déjà à l’agonie  et qui plus est achevées par les ultimes appellations orwelliennes des cartes régionales (Hauts de France, Grand Est, Nouvelle Aquitaine…). Ce sont donc les communes qu’il faut dissoudre et rapidement. Il faut donc les éradiquer, les araser en réduisant voire en supprimant à l’avenir les élus locaux, en dilapidant tous les échelons inutiles, les corps intermédiaires pour servir la démocratie procédurale.

Le programme 2017 de François Fillon à ce propos  était clair : il parlait de supprimer les départements et de réduire les communes par 6. Pourquoi un tel acharnement ? Tout simplement parce qu’il reste en France 35 000 communes, fruit d’un héritage millénaire, marqueurs géographiques et culturels de l’histoire de notre pays, symboles singuliers de notre particularité identitaire. Chacune de ses communes par l’origine de son nom (celtique viking, latine), son blason, son église, son cimetière, autrefois sa fanfare renvoie au terroir, au « pays », à la richesse patrimoniale d’une France qui s’est construite à travers la communalité, une communalité intégrative qui a permis la fusion gallo-romaine, l’absorption des invasions germaniques et même l’intégration des émigrés européens du dix-neuvième. La commune est le berceau, le foyer de l’âme française. La faire disparaître c’est ainsi vouloir creuser son tombeau, c’est mourir.

La crise profonde que connaisse aujourd’hui les petites villes de France, la fin des centres ville  dont l’avenir est ruiné par la métropolisation marchande, poursuit la même logique que le sécessionnisme espagnol : faire disparaître la nation. Ici par une rationalité économique froide qu’on se charge d’appliquer, les communes doivent fusionner dans des entités  comme on regroupe dans le privé les entreprises en fusions-acquisitions. A coups de coupes budgétaires, de suppression de taxes, les communes doivent mourir. Après avoir organisé depuis quarante ans la désertification rurale et la mort du paysan , il faudra donc réduire le nombre de communes, les anéantir comme si par là, on souhaitait voir disparaître la France périphérique.

De fait, que restera-t-il de la citoyenneté politique si on fait disparaître 475 000 maires et conseillers municipaux dont 80% sont en plus bénévoles ?

Le paradoxe français était justement d’être un pays totalement jacobin mais jouissant d’une forte décentralisation communale. Cet équilibre est maintenant rompu et c’est ce que, sans doute inconsciemment, dans un dernier baroud d’honneur de fin de dîner, ont compris les grands électeurs du Sénat. La mort lente des petite villes de France, des villes de taille moyenne est programmée administrativement parlant pour tout simplement les vider de leurs commerces, de leurs lieux de distraction, de la vie tout simplement avec ses amants à la Simenon et ses peines à la Chabrol. Mais c’est qu’ainsi, on s’attaque à tout un pan millénaire de l’histoire de France appelée de toute façon à ne devenir que mondiale.

Recomposera-t-on alors les cités ? Peut-être si justement une nouvelle dissidence s’empare des villages abandonnés pour les reconstruire en pôle de résistance . De fait, la reconquête de la France ne pourra pas faire l’impasse sur le cœur vital de son identité : les communes libres. Elle seront forcément les places fortes de demain, le siège de la dissidente intelligente hors-parti, les forteresses de l’avant-garde rebelle.

Illustration : sénat vu depuis le bureau du président de la chambre haute.
  1. Garagix
    Garagix28 octobre 2017

    Cet article est parfaitement illustré par le dernier (sans jeu de mots…) d’Astérix qui vient de paraître, mais amputé de sa fameuse et emblématique avant première page, mentionnant sa marque de fabrique :

    “un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours et à l’envahisseur…”

    GARAGIX

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