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Guyane, Cayenne : une avant-garde du Mouvement indépendantiste ?

Guyane Drapeau

Guyane, Cayenne : une avant-garde du Mouvement indépendantiste ?

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue

Le déplacement du président Emmanuel Macron en Guyane , accompagné de la ministre des Outre-mer Annick Girardin a été très mouvementé. Ce sont plusieurs heures d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants qui ont  éclaté en Guyane au premier jour de la visite du président Emmanuel Macron dans ce territoire français d’Amérique du sud, secoué il y a six mois, en pleine campagne électorale, par un mouvement social de grande ampleur.

Le climat reste donc plus que tendu en Guyane. “Les Grands frères” ont mené une opération spectaculaire en faisant fermer les offices d’immigration (Ofii et Ofpra) à Cayenne. Ils ont également demandé aux commerçants du centre-ville de baisser leurs rideau jusqu’au lendemain midi soit durant tout le voyage de Macron : « il faut que le président comprenne que si l’on veut, on peut gérer le pays nous-mêmes. Il a pas envie de ça, on a pas envie de ça non plus. Soit on trouve les solutions ensemble, soit on le fait nous-mêmes ».

La base du mouvement continue de dénoncer des années de sous-investissement de l’État dans ce vaste territoire, en proie à un fort taux de chômage, à une insécurité chronique et à une immigration incontrôlée. Initialement réunis dans le calme, les manifestants demandaient pourtant simplement le respect de la parole donnée et de l’accord signé avec l’ancien gouvernement et notamment le versement des sommes du plan d’urgence soit 1,1 milliard d’euros dans un premier temps.

Une marche à l’appel du collectif Pou Lagwiyann Dékolé (”Pour que la Guyane décolle”) avait rassemblé sans incident plus d’un millier de personnes. Les manifestants s’étaient ensuite rassemblés devant la préfecture de Cayenne pour réclamer un rendez-vous avec le chef de l’État. Les incidents ont éclaté par la suite. Cinq personnes ont été interpellées, a indiqué dans la nuit le procureur Eric Vaillant. Un gendarme mobile et un policier ont été légèrement blessés, selon un premier bilan.

Le déplacement de Guyane constitue le premier voyage outre-mer du président Macron élu , hormis un déplacement en urgence aux Antilles à la mi-septembre après l’ouragan Irma. Emmanuel Macron a répété cette phrase déjà prononcée à Pamandzi sur l’île de Mayotte lors de la campagne électorale, une phrase qui semble résumer  toute sa pensée ultra-marine : « Je ne suis pas venu en “Père Noël”, ni pour “faire des promesses” », tout en rassurant  la population par des tweets  que les engagements du gouvernement précédent seraient tenus.

La Guyane cumule difficultés et retards: immigration clandestine massive, insécurité croissante, communes enclavées, services de santé défaillants, système scolaire inadapté avec une pénurie d’enseignants totale faute d’attractivité, taux de chômage très élevé (23%). Emmanuel Macron a visité le centre spatial de Kourou, vitrine de l’économie guyanaise mais aussi symbole d’inégalités sociales alors que d’autres communes n’ont ni électricité ni eau courante. “Le social se meurt, la délinquance demeure“, pouvait-on lire sur les banderoles des manifestants . En fait, malgré l’accord de Guyane du 21 avril, rien n’a véritablement changé sur le terrain en ce qui concerne l’éducation et surtout la sécurité au point que le directeur de la gendarmerie a avoué récemment devant une commission parlementaire que la seule solution en Guyane serait d’y envoyer la troupe.

L’intérieur du territoire guyanais est le théâtre violent de l’orpaillage clandestin, qui accroît l’insécurité et provoque des problèmes de pollution au mercure des cours d’eau. Davy Rimane, membre du collectif guyanais, a rappelé que le candidat Macron avait déclaré une fois élu : “Je respecterai les accords de Guyane et j’irai même plus loin“. Les Guyanais ont bien retenu la phrase.

En fait, vu de métropole, le conflit social guyanais est vu comme un conflit classique mais il ne l’est pas. En effet, il est encore difficile de qualifier ce mouvement. On peut considérer que le mouvement guyanais est prophétique et pourrait même constituer le modèle à venir des luttes populaires . Dans le mouvement guyanais, les syndicats officiels ont en effet tout fait pour stopper, freiner, arrêter le mouvement, en se démarquant des méthodes employées qu’ils ont même parfois qualifiées de « méthodes de bandits ».

Dans un territoire comme la Guyane où le pillage des ressources naturelles est un pillage d’ampleur, la réaction des syndicats officiels est apparu indécente pour beaucoup. Que font en effet les syndicats français depuis des mois ? Se démarquer du populisme, briser la résistance populaire partout où cela est possible : ce sont les premiers  à cacher – et c’est le cas en Guyane – les conséquences d’un phénomène migratoire incontrôlé, suscité par l’État mais non administré, pesant sur les services publics aux moyens insuffisants et ayant un impact sociologique et culturel négatif.

La contestation contre les ordonnances de la loi travail d’Emmanuel Macron a été ainsi un grand flop politique parce que les syndicats le voulaient et ne souhaitaient pas du tout un grand mouvement social de rentrée et simplement se contenter de protestations symboliques en vue de leurs élections professionnelles. Par définition, s’il y avait ordonnances, il n’y avait pas de lois et donc pas de débat. Et rien à discuter.

Les manifestations syndicales furent ainsi le grand enfumage de la rentrée sociale. Les responsables syndicaux avaient déjà accepté le principe de négociations bilatérales mais surtout de changer la nature du travail dans le secteur privé, en supprimant le salariat. Ce qui s’est exactement fait.

En savoir plus sur la Guyane : 

Lire l’Accord de Cayenne du 21 avril 2017

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  1. Jean Guiart
    Jean Guiart4 novembre 2017

    Les Russes, il y a deux jours,ont révélé que Manafort, connu depuis cinq ans pour ses activités en faveur du président ukrainien Janukovic avait été, de nombreuses années auparavant, l’homme de la CIA en Angola, ce qui explique le gaspillage financier de l’Unita et l’ignorance militaire crasse de ses dirigeants, devant des initiatives russes ressemblant fort avec l’image donnée en Syrie aujourd”hui : intervention aérienne prudente et efficace, pas de troupes russes au sol, mais des troupes cubaines qui en sortiraient aguerries, ce qui protégera Cuba par la suite, en tout cas bien armées (les bombardements russes étaient soigneusement équilibrés par rapport à l’importance réelle des objectifs (pas un avion de plus qu’il n’était nécessaire). Il serait intéressant de posséder la liste des sociétés américaines qui ont alors,en Angola,bénéficié de l’argent gaspillé de la CIA.

  2. VINET
    VINET8 novembre 2017

    L’illustration de votre article ne me semble pas pertinente. Il s’agit du drapeau du Guyana (ex-territoire britannique dont la capitale est Georgetown). Le lien suivant vous permettra de faire un choix judicieux mais nécessitant un choix politique.

    http://crwflags.com/fotw/flags/gf.html

    • la rédaction
      la rédaction8 novembre 2017

      Effectivement. Le problème s’tait posé lors d’un précédent article. Nous avions mis sur site le véritable drapeau de la Guyane.
      Merci d’avoir signalé cette erreur.

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