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Argentine : face à Mauricio Macri, la fin de Cristina Kirchner ?

Elections Argentines

Argentine : face à Mauricio Macri, la fin de Cristina Kirchner ?

Michel Lhomme
Philosophe, politologue.

L’Argentine a voté. Ce 22 octobre, les élections législatives ont rénové la moitié de la Chambre des Députés et un tiers du Sénat argentin. Lors de ses élections, le président argentin, Mauricio Macri, a renforcé son pouvoir en remportant les législatives dans la grande majorité des vingt-trois provinces du pays et surtout à Buenos Aires.

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Provinces d’Argentine

Le lendemain, tous les journaux ne titraient pas tant d’ailleurs sur la victoire de Macri que sur la cuisante défaite de l’ancienne présidente péroniste Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), arrivée en deuxième position derrière le candidat du parti au pouvoir, Esteban Bullrich, dans la province de Buenos Aires, la plus peuplée du pays, qui représente 40 % de l’électorat national.

Ces élections semblent donc marquer la fin de l’hégémonie du péronisme renforcée par la mise en accusation pour corruption de l’un des anciens piliers du régime. Accusé de détournement de fonds, le tout-puissant Julio De Vido vient d’être abandonné par ses anciens alliés et il est le premier ministre kirchnériste à être arrêté. C’est en Argentine un véritable coup de théâtre judiciaire car Julio de Vido était l’homme fort des Kirchner.

Mauricio Macri a, en tout cas, réussi que son parti soit présent dans tous les districts du pays. Son parti, Cambiemos est même devenu la seule force politique organisée du pays face à un péronisme vieilli et profondément divisé. Dans toutes les primaires de l’été, Macri remporta une victoire électorale y compris dans des régions qui lui étaient auparavant hostiles alors que sur le terrain, dans les rues argentines, les critiques à son égard contre une politique profondément antisociale fusent de toutes parts. Paradoxe argentin ?

Le climat politique du pays est en effet alourdi par la disparition dans le Sud du pays, il y a plus d’un an, du militant indigéniste Santiago Maldonado, lors d’une action de défense du peuple Mapuche. On ne sait toujours rien de cette disparition, thème toujours très sensible depuis la dictature. Coup de théâtre à trois jours du scrutin, un cadavre aurait été découvert qui pourrait être le sien. Dans une première version la Gendarmerie était compromise puis le Ministre de l’Intérieur nia toute implication. Des preuves sont apparues lors du procès et le gouvernement a donc du changer de fusil d’épaule parlant ces derniers temps d’une dérive de certains policiers. La lenteur et les vices de procédure de la Justice ont été régulièrement dénoncés.

Ce 1er septembre, date de la disparition de Maldonado eut lieu une grande marche populaire dans Buenos Aires soldée par de nombreux actes de violence. Les tensions sociales demeurent donc très vives autour de Maldonado. Le gouvernement a accusé les kirchneristes de fomenter des troubles, ce qui n’est pas tout à fait faux, le kirchnérisme ayant trouvé dans l’affaire Maldonado un nouveau argument électoral de poids.

La politique dure de Mauricio Macri, un choc libéral comme le fit en son temps Fujimori au Pérou, commencerait par porter ses fruits malgré les chômeurs, l’augmentation du coût de la vie, la baisse du pouvoir d’achat et l’augmentation des loyers impayés. Certains secteurs de l’économie semblent en effet en expansion et les chiffres macro-économiques de 2017 sont meilleurs que ceux de 2016 sauf que pour l’instant, rien ne se fait encore sentir dans la bourse des argentins les plus vulnérables.

En fait, en Argentine, on peut dire que comme dans bon nombre de pays d’Amérique latine comme le Brésil, la politique a paralysé totalement depuis des années toute la vie économique du pays, la plongeant dans une corruption sans nom. Après le 22 octobre, tout l’avenir du péronisme reposera sur la situation judiciaire de Cristina Kirchner accusée de corruption aggravée car sans elle, on ne voit pas le péronisme pouvoir se relever après sa débâcle de 2015. Réélue tout de même au Sénat, elle reste bien vivace et présente dans le cœur des Argentins du peuple et les primaires d’août l’ont prouvé même si grand nombre de ses partisans, à la tête du parti, ne la supportent plus.

Actuellement, Cristina Kirschner se retrouverait sans doute au second tour d’une élection présidentielle anticipée mais en aucun cas, elle ne pourrait l’emporter face à Mauricio Macri. Cette réapparition de Kirchner sur la scène politique argentine étonne l’observateur étranger. Si elle revient au Sénat, la politique locale risque d’être à nouveau très animée car Kirchner est une excellente oratrice, une sorte de Mélenchon féminine. Macri en a aussi besoin car c’est sur la corruption de l’ancien régime qu’il s’appuie pour afficher son sérieux et sa probité gouvernementale. Une Kirchner passant son temps au tribunal à se défendre pour ensuite rejoindre les travées des Assemblées parlementaires pour critiquer le régime en place, c’est aussi une bonne image électorale pour Macri.

L’Argentine semble cependant ne plus avancer, être comme paralysé. Par quoi ?

Par deux faits : la politisation de la Justice et la judiciarisation du Politique. Du coup, il n’y a plus aucun vrai débat politique et surtout une absence totale de projets. L’intérêt général, la recherche du bien commun et de l’unité du peuple argentin sont perdus. Triste spectacle en réalité. 

 

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