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La Catalogne entre deux feux : romantisme politique et réalisme mercantile

Espagne Unie Catalogne

La Catalogne entre deux feux : romantisme politique et réalisme mercantile

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue 

La Catalogne s’est réveillée sous tutelle de l’État espagnol au lendemain d’une déclaration d’indépendance historique fêtée par une partie des Catalans mais aussitôt contestée par Madrid et rejetée par l’Union européenne.

Le premier peuple à reconnaître la Catalogne fut la Corse par l’intermédiaire de Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse qui a salué cette nouvelle république catalane, soulignant au passage que les Corses avaient beaucoup de retard sur la Catalogne” et précisant que l’accord avec les nationalistes en cours “ne prévoit pas de processus d’indépendance pour les dix ans à venir”.

En attendant les nouvelles élections régionales, convoquées par Madrid pour le 21 décembre, la nuit barcelonaise du 27 au 28 octobre était dominée par les indépendantistes et leurs feux d’artifice, sur la place Sant Jaume à Barcelone. Le samedi 28 octobre, à Madrid, ce fut au tour des partisans du maintien de la Catalogne dans l’Espagne de manifester. L’Espagne est morcelée et disloquée. Elle en a pris un sacré coup. Le soir du 27 octobre, quelques heures seulement après la proclamation de « la République catalane comme État indépendant et souverain », le gouvernement espagnol a commencé à mettre en application tout un arsenal de mesures exceptionnelles, préparées depuis des semaines. Le président séparatiste catalan Carles Puigdemont et son gouvernement ont été destitués, le Parlement catalan, dominé par les indépendantistes, dissous dans l’attente de son renouvellement, lors d’un scrutin prévu le 21 décembre, le directeur de la police catalane a été limogé. Washington, Londres, Berlin, Ottawa ou encore Paris ont immédiatement fait savoir qu’ils soutenaient l’unité de l’Espagne. Néanmoins, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a appelé Madrid à choisir «la force de l’argument plutôt que l’argument de la force» (sic).

Avec la question catalane, n’étions-nous pas tombés dans ce que Carl Schmitt appelait dans les années 20, le romantisme politique ?

Car il est forcément très romantique, le goût des peuples à disposer d’eux-mêmes alors que la motivation politique des indépendantistes était toute autre à savoir le choix de l’interdépendance. La Catalogne fonde sa richesse sur ses échanges avec son environnement espagnol et européen. Passer d’un marché européen de 500 millions d’euros à un marché de 7 millions de personnes, pas sûr que cela soit finalement du goût des adeptes de la Catalogne indépendante. Les entrepreneurs, banques en tête, ont commencé de fuir Barcelone et sa région. La Caixa a mis en place sa dernière assemblée générale en date à l’extérieur de la Catalogne, acte symbolique visant à signifier à tous le danger économique de l’indépendance.

Le romantisme passé, la catalogne risque donc bien de ne pas être en réalité indépendantiste malgré l’endoctrinement des programmes d’histoire catalans qui depuis des années expliquent aux élèves comme en ♫4cosse ou ailleurs qu’ils appartiennent à un peuple opprimé depuis la nuit des temps.

En tout cas, la question catalane va maintenant changer de donne. Quitter l’Espagne, cela impliquera aussi de quitter l’Europe c’est-à-dire la zone euro et le free market . Ce sera forcément ériger de nouvelles frontières avec de nouveaux douaniers, payer des taxes sur les marchandises exportées, voyager sous contrôle. L’illusion romantique est confortable mais la déception se fera sentir dans les prochains jours dans les risques d’une campagne électorale violente.

 

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