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Métamag au cinéma : 3 films à voir avec les enfants et les ados. La tendresse de la responsabilité

Cinemas

Métamag au cinéma : 3 films à voir avec les enfants et les ados. La tendresse de la responsabilité

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

Moi,moche et méchant 3

Le cap a été franchi pour Gru, son frère jumeau et ses Minions. Moi, moche et méchant confirme son statut de plus grosse franchise d’animation à l’international avec un milliard de dollars en poche pour son troisième volet.

Cette production devient ainsi le troisième film de l’année 2017 à cumuler cette recette dans le monde entier, après La Belle et la Bête et Fast & Furious 8. La suite numéro 4 est déjà en chantier. Elle devrait sortir dans les salles dans le courant de l’année 2020. Cocorico, Moi, moche et méchant est une saga franco-américaine, initiative de Chris Renaud et Pierre Coffin du studio Mac Guff. Chris Renaud a cédé sa place à Kyle Balda pour le numéro 2 en 2015 et à Eric Guillon  pour ce nouveau film de 2017. En 2011, le studio Mac Guff a été racheté par Illumination, la branche animation d’Universal. En France, Moi, moche et méchant 3 reste numéro un du box-office, en attendant sans doute d’être surpassé par Star Wars, les derniers Jedi au mois de décembre.

Ce troisième opus des Minions est meilleur que le second mais il ne renoue toujours pas avec l’excellence du premier. Certes, on y retrouve un humour décalé et un comique de situation un peu moins enfantin au service d’une intrigue assez bien trouvée, la rencontre de deux frères jumeaux aux caractères opposés, Gru et Dru. Mais le vol du plus gros diamant du monde qui se prête à de nombreuses scènes rocambolesques par l’utilisation de gadgets ultra sophistiqués contre l’insaisissable Balthazar Bratt peine un peu.  L’animation demeure exceptionnelle que ce soit dans la prison des Minions, dans la forteresse ou sur l’île de Freedonia qui ressemble à l’île de Crète ou de Malte : les graphismes sont excellents.

Le film pourtant ne convainc pas car il ne laisse aucun répit émotif au spectateur. Faut-il alors vraiment donner une suite ? Les producteurs ne se posent pas la question : le film marche très fort sans compter tout le marketing annexe qui l’accompagne. Le film est cependant capable d’autodérision quand par exemple une figurine géante du méchant détruit les lettres de Hollywood sur la colline de Los Angeles insinuant que les franchises et le merchandising sont en train de tuer l’industrie du cinéma, autocritique spectaculaire dans le troisième volet d’une entreprise, dont la seule raison d’être paraît désormais celle de produire des figurines en plastique.

Spider-Man : Homecoming

Spider-Man: Homecoming est la nouvelle version de Jon Watts du super héros Marvell. Ici, les méchants continuent d’être poursuivis à base de toile collante mais le film est plutôt une bonne surprise car il n’y a pas dans cette nouvelle production une dérive dans les sempiternels effets spéciaux. Un certain soin a été apporté à la personnalité toute juvénile du lycéen Peter Parker, Spiderman en formation qui devient du coup pour un adolescent qui regarderait le film quelqu’un d’attachant, d’impulsif, un modèle au service du Bien. Pas mal !

Déjà présenté dans Captain America: Civil War, ce Spider-Apprenti a un côté grand rite d’initiation dans le style européen, celui de toujours vouloir dépasser nos limites. Pour se faire, l’acteur Tom Holland déborde de naturel et de simplicité, y compris dans sa vie au lycée et dans l’organisation de la super boom de fin d’année. Le film de super héros est en fait ici décliné dans sa version teen movie (lycée, amourette, bal de promo… la totale d’ailleurs dans le genre). Spiderman a 15 ans et il est le possible nouveau avenger qui ne maîtrise pas encore ses pouvoirs et son nouveau costume beaucoup trop sophistiqué. De fait, on notera que dans ce dernier Spiderman, le super héros américain devient plus technologique et l’on se prend quasiment du coup à douter des super héros de notre jeunesse si même ces derniers vont maintenant avoir besoin de la réalité augmentée pour asseoir leur puissance !

Le Grand Méchant Renard et autres contes

Rien de commun avec les superproductions précédentes. Le Grand Méchant Renard et autres contes est à l’origine une bande-dessinée de Benjamin Renner, parue en 2015 chez Delcourt. Elle résulte de tout un univers que l’auteur avait l’habitude d’imaginer sous forme de petites BD qu’il offrait à sa famille, depuis l’âge de 10-12 ans. Trois histoires composent le film présentées comme trois petites pièces de théâtre avec un Renard qui est pris pour une poule par les poussins qu’il avait décidé d’élever, un lapin qui fait la cigogne et un canard qui veut remplacer le Père Noël. À la manière de contes anthropomorphes tels que les Fables de La Fontaine et Les Contes du Chat perché du trop oublié Marcel Aymé, Benjamin Renner traite par ce biais des problématiques humaines de manière légère et ludique, à travers des animaux hauts en couleur : “Dans mes histoires aussi, on sent que le petit cochon va être un personnage joyeux et débonnaire, le canard un râleur, et le lapin un être fantasque et un peu irresponsable“, précise-t-il.

le grand méchant renardAvec Le Grand Méchant Renard et autres contes de Patrick Imbert et Benjamin Renner on est quelque peu séduit et l’on se retrouve dans la salle obscure surpris des réactions des enfants qui adorent ce concentré de fraîcheur, de drôlerie et de poésie, l’animation du dessin renvoyant ici à la délicatesse de l’aquarelle ou plutôt du pastel. L’humour demeure caustique et décalé, critique à l’égard de la société contemporaine, ce que permet une ferme des animaux inspiré sans doute d’Orwell. Les répliques des animaux sont fines et travaillées avec un humour fin et accessible qui ravira l’enfant mais aussi le parent qui l’accompagne.

C’est mignon mais peut-être  trop classique et pas assez créatif dans le dessin. En somme, Le grand méchant renard et autres contes se présente comme un dessin animé simple, modeste, charmant mais parfois mal calibré. La réunion des trois contes ne convainc pas toujours comme si le réalisateur avait assemblé trois moyens métrages pour pouvoir sortir à la campagne tout en restant au cinéma sans compter (le film au départ avait été conçu pour une série télé) que la petite leçon écologique sous-jacente peut nous agacer, le titre du film n’ayant pas vraiment à notre avis été respecté.

Par contre, nous conseillerons vivement la bande dessinée qui est adorable  et surtout de revoir Ernest et Célestine réalisée par la même équipe et assurément l’un des plus beaux films d’animations francophones de ces dernières années qui fût d’ailleurs nommé aux Oscars et obtint le Cesar 2013 du film d’animation. Le Grand méchant renard et autres contes délivre en tout cas notre progéniture du rythme d’action des deux films cités plus haut et leur montre ce que peut être aussi la tendresse dans la responsabilité : la cigogne qui doit livrer son bébé à un cochon, le renard qui finit par élever des poussins.

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