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Roi du Maroc-Journalistes français : 1 à 0

Maroc Journaliste

Roi du Maroc-Journalistes français : 1 à 0

Jean Ansar ♦
Journaliste, essayiste

Deux donneurs de leçon de l’investigation en difficultés judiciaires

La république des journalistes, chiens de garde de l’idéologie médiatique ne cesse hélas de gagner du terrain. L’investigation, si formidable en elle-même, est trop souvent détournée en inquisition contre ceux qui pensent mal. Quand les donneurs de leçons auto proclamés se trouvent face à leur hypocrisie, il faut le souligner pour avertir l’opinion sur certaines pratiques qui discréditent les journalistes et les médias.

Catherine Graciet, 42 ans, et Eric Laurent, 69 ans, sont mis en examen pour chantage et extorsion de fonds. Ils sont soupçonnés d’avoir voulu soutirer trois millions d’euros au roi du Maroc en 2015, en échange de l’abandon d’un livre censé contenir des révélations gênantes pour Rabat. La plus haute juridiction française, saisie par Catherine Graciet et Eric Laurent, a validé deux enregistrements clandestins à l’origine de leur mise en examen, dont ils contestaient la légalité. Il n’y a plus possibilité d’appel de cette décision.

Les avocats des deux journalistes, qui reconnaissent un accord financier mais réfutent tout chantage, demandaient l’annulation des deux derniers enregistrements au motif qu’ils sont « illégaux » car réalisés par l’émissaire marocain, alors même qu’une enquête était déjà ouverte.

Saisie une première fois, la Cour de cassation avait estimé en septembre 2016 que ces enregistrements avaient été menés avec la « participation indirecte » des enquêteurs français « sans le consentement des intéressés », ce qui portait « atteinte aux principes du procès équitable et de la loyauté des preuves ». Mais en février 2017, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Reims avait jugé ces enregistrements recevables. Les journalistes en cause avaient formé un nouveau pourvoi. Ils ont perdu.

Les  journalistes avaient été interpellés le 27 août 2015, en possession de 80 000 euros en liquide, au sortir d’une réunion avec un émissaire du Maroc enregistrée à leur insu par ce dernier. Eric Laurent avait déjà été enregistré lors de deux rencontres précédentes avec l’émissaire, l’avocat Hicham Naciri. Hicham Naciri est le troisième protagoniste, le moins connu, de l’affaire de soupçon de chantage contre Mohammed VI qui a éclaté le 27 août.  C’est un coup de maître ! Le plus beau de la carrière d’Hicham », commente un de ses confrères casablancais qui préfère garder l’anonymat.

Goûtant peu les médias, Hicham Naciri, veuf et père de deux enfants, est pourtant une star du milieu. En mars dernier, l’hebdomadaire Jeune Afrique le considérait comme l’une des « 20 personnalités qui feront le Maroc de demain » en soulignant qu’il est « aussi l’avocat attitré du Palais et des hommes de pouvoir ». Inscrit aux barreaux de Paris et de Casablanca, il a remis deux enveloppes à Catherine Graciet et à Eric Laurent, contenant chacune 40 000 euros en espèces. Me Naciri a aussi empoché sa copie du contrat manuscrit de renonciation à publier le livre que préparaient les deux journalistes, une copie remise aux autorités françaises car ce rendez-vous était sous surveillance policière.

Les deux journalistes sont arrêtés, la main dans le sac.

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