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Irak et Syrie: paysage de désolation après coalition et islamisme

Attentat à Lattaquié Syrie

Irak et Syrie: paysage de désolation après coalition et islamisme

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue 

Tôt ou tard, les Occidentaux paieront. La France paiera car il ne faut pas oublier qu’elle fut dans l’affaire syrienne sous Hollande et sous Fabius la plus belliciste des nations membres de la coalition.

Elle envoya en Syrie pour abattre Bachar el Assad  ses forces spéciales mais aussi des officiers formateurs dont on retrouva quelques uns cachés avec d’autres gradés de l’Otan dans un blocaus lors de la libération d’Alep et que Moscou sut traiter avec grand doigté. La France fit même pire puisqu’elle laissa ses gosses de banlieue partir se battre là-bas feignant ensuite de les voir se radicaliser. Or, aujourd’hui, la Syrie et l’Irak ne sont que ruines et immeubles effondrés, villes fantômes, paysages de désolation .

Depuis l’Antiquité, le Proche-Orient a connu régulièrement des cycles de destruction et de dévastation provoqués par l’invasion de tribus étrangères, de hordes barbares, de dissolution des frontières d’empires, de violences interethniques et religieuses sur un espace densément peuplé.

En 1258, un témoin de l’époque décrivit la destruction de Bagdad comme la « descente d’une nuée d’aigles affamés sur une bande de pigeons ou comme des loups enragés attaquant un troupeau de moutons ». Dans l’ancienne capitale abbasside, les eaux du Tigre devinrent rouges du sang des massacrés puis dit-on à l’époque, noires, de la couleur de l’encre des livres jetés à l’eau par les hordes du chef mongol Hulagu Khan, neveu de Gengis Khan.

Jusqu’en 1914, un tiers de la population de Bagdad était juive. A partir de 1948, 120 000 juifs irakiens fuiront vers l’État d’Israël. Toutes leurs propriétés seront confisquées et les synagogues transformées en mosquées.Ce ne sera pas le dernier nettoyage ethnique de la région. En 2003, l’invasion de l’Irak ouvrira la porte à ce que nous avons aujourd’hui devant nous et ce au nom hypocrite des droits de l’homme, de la guerre humanitaire de la coalition occidentale  et qui cette fois-ci, dans la plus grande des contradictions de l’Occident s’en prendra indirectement aux Chrétiens d’Orient.

En effet en 2003. il y avait entre 1,2 et 1,5 millions de Chrétiens en Irak soit à peu près 4% de la population. Il en reste aujourd’hui un peu plus de 300 000 soit 0,9 %, c’est dire une véritable hécatombe pour une église fondée, selon la légende, par l’apôtre Thomas sur le chemin de l’Inde. Sur les maisons des Chrétiens, les insurgés sunnites puis ensuite les djihadistes commencèrent à peindre la lettre arabe N, nun pour « nazaréen », pour obliger leurs habitants à se convertir à l’Islam, à payer la dîme – le jizya– ou abandonner les villes et les villages ce qui fut le cas en particulier dans la province de Ninive.

C’est d’ailleurs ce que firent la majorité des Chrétiens, fuyant avec les Yazidies (un peuple préislamique héritier des religions mystiques et païennes de Babylone) au Kurdistan irakien, en Europe ou en Amérique du Nord. En Syrie, sur les 50.000 chrétiens, 70% de rite gréco-orthodoxes, qui vivaient à Homs et à Alep en 2011, il ne reste quasiment plus personne. Aujourd’hui, il y a plus de gens qui parlent l’araméen (la langue du Christ) à Détroit qu’à Bagdad ou à Damas.

Depuis la chute de Raqqa, la capitale djihadiste et de Mossoul, la seconde ville la plus peuplée d’Irak, certains commencent tout juste à se rendre compte de l’ampleur des destructions provoquées par le dernier conflit. Selon l’ONU, la moitié de la vieille ville de Mossoul et un tiers de celle d’Alep sont en ruines. Des centaines de minarets, de monastères, de musées et de monuments ont été arasés par les bombardements. Selon l’Unesco, 22 des sites classés patrimoine de l’Humanité sur 38 sont en périls dans la région du Proche-Orient. Seule l’Europe de l’après Seconde Guerre mondiale, le Berlin de 45 offre aux yeux le panorama d’une telle désolation. On se souvient début 2015 de Daesh filmant le saccage du Musée de Mossoul et de la décapitation spectaculaire quelques mois plus tard, dans l’ancienne ville romaine de Palmyre en Syrie centrale d’un archéologue syrien de 84 ans, Khaled al Asad, qui avait dédié toute sa vie à protéger ses ruines.

Des réfugiés irakiens et syriens commencent à rentrer chez eux mais ils ne rencontrent que places défoncées, maisons effondrées, rues et avenues fantômes. Les images prises par satellites ou par les drones de Raqqa et de Mossoul sont édifiantes. On y voit des kilomètres et des kilomètres d’immeubles défoncés, de rues creusées de cratères, de marchés réduits en décombres, destructions opérées par Daesh mais aussi par les bombardements intensifs de la coalition, bombardements qui durèrent près de cinq mois sans interruption et loin des caméras occidentales.

A Mossoul, Daesh a fait voler en éclats quinze sanctuaires religieux mais les combats pour reprendre la ville en ont détruit 38 autres. A Alep, l’Église de Siméon le Stylite avec son pilier où le moine se serait tenu debout pendant près de quarante ans fut pulvérisée par un bombardement russe. Il n’en reste plus rien. Des quartiers entiers ont été rayés de la carte, des dizaines de mosquées centenaires dont celle de Al Nuri construite au XIIème siècle et célèbre pour son minaret médiéval ont été détruites. Nous évoquons ici les destructions matérielles mais il y a quelques jours, on apprenait que 741 civils  furent exécutés par Daesh lors des combats de la ville.

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